[STRICTEMENT PERSONNEL] Un monde qui marche au « pas de loi »
1914. Prospère, riche, puissante, démographiquement féconde, techniquement en avance, l’Europe règne sur le monde, par le prestige de sa culture, le raffinement de sa civilisation... et la force de ses armées. C’est alors que, comme pris d’une folie collective, contagieuse, à la fois criminelle et suicidaire, comme s’ils étaient las d’avoir tenu pendant près d’un demi-siècle le spectre de la guerre à distance du Vieux Continent, les peuples européens se jettent les uns sur les autres et s’entr'égorgent les uns les autres, un peu plus de quatre ans durant.
Novembre 1918. Le clairon de l’armistice sur tous les fronts. L’heure est venue de payer l’addition. L’Histoire présente la note, et celle-ci est lourde. Vingt millions de morts. « Je n’avais pas voulu cela », geint le Kaiser. Ce ne sont pas tant les irresponsables responsables d’un carnage qu’en effet, ils n’avaient pas mesuré, que les générations à venir qui en paieront le prix et le solde.
En attendant, le même cri, la même supplication montent de toutes parts, et d’abord de la bouche même de ceux qui ont combattu, et survécu. « Nie wieder Krieg ! » « Plus jamais ça ! », « Guerre à la guerre ! », « Arrière les canons ! Arrière les mitrailleuses ! » En France, l’éloquent et lyrique Aristide Briand, en Allemagne le réaliste Stresemann se feront les échos de ces voix qui, pour quelque temps, quelques années seulement, seront massivement majoritaires.
De la SDN à l'ONU, mêmes combats...
La Société des nations (la SDN) tente de répondre à l’appel de l’humanité. L’idée est de substituer la négociation à la confrontation, l’apaisement à l’affrontement, la réconciliation à la rancœur et à la haine, de remplacer le droit fondé sur la force par la seule force du droit. Grande illusion ! L’ambition était haute. Plus dure sera la chute.
Que pouvait une structure essentiellement fondée sur le postulat de la bonne volonté des hommes, représentative d’une minorité éclairée, sans budget, sans moyens, face à la remontée des haines, à l’apparition des idéologies et des régimes totalitaires, à la reprise de la folle course aux armements ? Dès le départ, du reste, le ver était dans le fruit, dès lors que les États-Unis, cette grande lueur à l’Ouest, s’étaient retirés du jeu. Dès le début des années trente, le Japon s’était retiré de l’organisation en même temps qu’il s’en prenait à la Chine. Puis l’Italie, à son tour, envahissait l’Abyssinie et quittait la SDN, avant que l’Allemagne ne remilitarise la Rhénanie , absorbe l’Autriche, mette la main sur la Tchécoslovaquie et anéantisse enfin la Pologne, de concert avec l’URSS. Morte prématurément, la SDN ne fut officiellement enterrée qu’en 1946, dans l’indifférence générale.
C’est qu’entre-temps - on ne le sait que trop -, on avait remis ça. En mieux. En pire. Cinquante millions de morts au tapis, en majorité des civils. Et l’arme absolue, la bombe atomique, l’Apocalypse nucléaire, en prime. Effacée, la prétendue « Grande Guerre ». Dépassée, la Der des ders. Ridiculisée. De la gnognotte, au regard de la Seconde Guerre mondiale. A fortiori de la Troisième, encore à venir, mais qui, selon les meilleurs spécialistes de la chose, pourrait bien être la dernière et, cette fois, pour de vrai !
1945. À l’issue, et compte tenu des horreurs, des ravages, des dégâts du conflit qui vient de s’achever, sous le label d’un supposé camp du Bien, incluant l’URSS, heureux vainqueur de l’empire du Mal et sous le signe renouvelé du « plus jamais ça », l’Organisation des nations unies voit le jour et bénéficie, dès sa naissance, d’une Charte, de structures, de moyens financiers incomparables à ceux de sa fugace et malheureuse devancière. Le Conseil de sécurité y ressemble à l’embryon d’un pouvoir exécutif planétaire qui pourrait disposer, en cas de besoin, d’un bras armé, force d’interposition et, le cas échéant, d’intervention, qui se réduira progressivement aux très symboliques et très marginaux Casques bleus, témoins plus qu’acteurs des tragédies du monde. Quant à l’Assemblée générale de l’ONU, qui rassemble progressivement la totalité des pays de la planète, elle fait figure de Parlement où les représentants du bloc de l’Est côtoient ceux de l’Occident, où les pays colonisés, au fur et à mesure de leur émancipation, viennent siéger à égalité et aux côtés de leurs anciens colonisateurs...
L'Assemblée générale de l'ONU, une scène de théâtre
2025. Pour avoir été plus lente que celle de feu la SDN, la diminution d’influence, la décadence et, pour finir, la dégénérescence de l’institution et des diverses instances internationales supranationale apparaissent aujourd’hui aussi inexorables, aussi lamentables et, finalement, aussi irrémédiables. De quoi servent les innombrables leçons que nous prodigue l’Histoire si on est incapable de les comprendre, de les retenir et de les appliquer ? Paralysé par les dissensions, et d’abord par le droit de veto dont disposent ses cinq membres permanents, le Conseil de sécurité a peu à peu cessé de jouer le rôle que lui assignait la Charte de l’institution. Incapable de prévenir, de contrôler et de maîtriser les principaux conflits qui ont éclaté depuis quatre-vingts ans - guerre de Corée et ses cinq millions de morts, guerre d’Indochine, puis du Vietnam et ses trois millions de morts, invasion du Koweït par l’Irak, puis double invasion et destruction de l’Irak par la coalition constituée sous l’autorité des États-Unis, guerre en Ukraine, guerre au Moyen-Orient -, le Conseil de sécurité n’est plus, depuis longtemps, qu’une fiction et l’Assemblée générale une scène de théâtre où des cabotins viennent faire leur numéro avant que leurs vains discours ne débouchent sur des applaudissements suivis de votes sans conséquence.
La session en cours de l’ONU nous démontre avec éclat que celle-ci n’est plus qu’un paillasson sur lequel les grands de ce monde, ou supposés tels, viennent s’essuyer les pieds. Quoi que l’on pense de la fiabilité, de la légitimité, de l’opportunité de l’élévation de l’Ukraine au rang d’État souverain et de la politique provocatrice de l’OTAN à l’encontre de la Russie, il est incontestable qu’en février 2022, Vladimir Poutine a violé les traités qu’avait signés son pays et les frontières qu’il avait reconnues. Si odieux, si monstrueux qu’ait été le massacre perpétré par un mouvement terroriste le 7 octobre 2022, il ne donnait pas à Israël, fort de sa supériorité militaire et du soutien inconditionnel des États-Unis, le droit de revenir sur les accords qu’il avait conclus et de dénier au peuple palestinien le droit à l’existence et aux frontières que lui ont reconnues plus de cent cinquante États. Si détestable, si inhumain, si criminel que soit le régime des mollahs, de quel droit les États-Unis et l’État hébreu peuvent-ils s’autoriser de lui interdire de se doter de l’armement nucléaire dont ils disposent eux-mêmes, comme si, juges et parties, ils étaient seuls habilités à décider qu’entre leurs mains, l’arme nucléaire est légitime et potentiellement utilisable, et qu’elle doit être interdite aux méchants. De quel droit ? Eh bien, comme depuis toujours, du droit du plus fort, dont la déraison, nul ne l’ignore, est par essence meilleure que la raison du plus faible.
Aujourd’hui comme hier, fût-ce sous les dehors les plus policés et parfois les plus hypocrites, la seule loi universellement reconnue et appliquée reste la loi de la jungle, autrement dit l’absence de toute loi. Et c’est ainsi que l’espèce à laquelle nous appartenons, vous et moi, chers lecteurs, semble s’orienter invinciblement, pour la troisième fois en un peu plus d’un siècle, sous la conduite de dirigeants irresponsables, bergers indignes de peuples moutonniers, vers une conflagration générale à côté de laquelle les deux incendies précédents passeront dans l’Histoire - s’il reste une Histoire - pour de modestes feux de paille.
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54 commentaires
Je ne comprends pas pourquoi Monsieur Jamet continue à écrire pour Boulevard Voltaire !
Son raisonnement biaisé sur tous les sujets se heurte chaque fois plus durement au réel !
Je vais dorénavant gagner du temps en évitant de lire sa prose.
Je me permets de rectifier une erreur historique faite par M. Jamet. En mars 1936 Hitler n’ a pas « réoccupé la Ruhr » (ça, c’ était la France en en 1923), il a remilitarisé la Rhénanie, et c’ est à ce moment que la France, faute de la moindre réaction, a par avance perdu la guerre à venir. Errare humanum est!
Souhaiteriez-vous, Mr Jamet, que l’arme nucléaire tombe un jour entre les mains de « méchants » comme les terroristes du Hamas, dont le but déclaré et revendiqué est d’anéantir Israël ?
Commençons donc déjà par interdire l’accès à l’ONU aux pays terroristes « donc désunis » et à l’appui de critères significatifs, ce qui évitera à Monsieur Jamet de dénier à Israël l’existence d’un peuple soumis volontairement au Hamas et une majorité de palestiniens, les pays arabes de l’ONU et alliés du Hamas ne reconnaissant pas Israël…
J’invite par ailleurs Monsieur JAMET à se rendre dans la rue qui appartient maintenant à LFI et ses drapeaux palestiniens au risque de se prendre un coup de couteau, sans que la police ne s’aperçoive de rien, bizarrement et contrairement au drapeau français qui présume maintenant de fascisme virtuel mais médiatiquement instrumentalisé.
Commençons enfin par balayer devant notre porte avec « exécution immédiate », si je puis dire, avant d’estimer le droit des Mollahs!
Ne l’oublions pas la disparition d’Israël précédera de peu celle de l’Europe.
C’est écrit et les Frères Musulmans, aidés en cela par les islamistes, arriveront à leur fin.
Ben non, pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord.
Ca fait longtemps que le peuple réclame une révolution contre la justice et notamment les juges!
Il est révélateur, voire consternant de constater qu’au bout de trois années de conflit en Ukraine , l’auteur de cet article tient la même idéologie ( méchant Russe qui envahit un pays souverain) alors qu’il suffit de quêter des informations même occidentales , voire ukainiennes, pour savoir que la Russie ne fit qu’appliquer le devoir de Responsabilité protégée ou R2P cf Document final du Sommet mondial de New York de 20025 et encore les multiples interventions du Colonel Jacques Baud sur Espoir et Dignité » entre autres. Il est patent
que ce logiciel aveugle qui consiste à ne pas écouter l’autre et à ne pas chercher à s’informer autrement, contribue efficacement à provoquer conflits, ingérences donc guerres car par définition l’autre est le méchant.Eh bien non, la Russie n’ pas » violé » les frontières de L’Ukraine en février 2022, la Russie a appliqué le R2P tout simplement , protéger les populations russophones du Donbass, puisque de 2014 à février 2022 plus de 12000 habitants du Donbass furent tués et bombardés, en majorité des civils, par l’armée ukainienne,la même armée s’apprêtant à envahir Donbass et Crimée pour fin février 2022, donc stop aujourd’hui, arrêtons d’employer un discours mensonger qui attise la guerre
Je ne le souhaite pas. Comme dans le mariage, avant le divorce il y a pléthores de façons pour arriver à un consensus. Il ne faut que de la volonté, à petites doses et beaucoup d’abnégations. Mais au bout, c’est une ouverture certaine vers de meilleurs lendemains. Pour celle-ci, il fait reconnaître encore et encore s’être trompé, avoir autant d’humilité que de certitude à vouloir gagner ce combat pour la paix.
Un grand merci à Mr Yves Heulnot-Poh pour sa réaction ci dessous (à 10h33) qui exprime totalement la mienne. Bonne journée.
Gisèle Marçu
Les accords de Minsk n’ont été signés que pour gagner du temps et permettre le réarmement, de préparer la suite… Ceux qui les ont signés n’ont jamais eu l’intention de les faire respecter…J’ai des Amis russes qui sont désolés de cette situation, de la rupture avec la France…
« Cinquante millions de morts au tapis, en majorité des civils. » C’est vrai, mais ce n’est pas à cause de la bombe atomique, bien que spectaculaire et terrorisante à souhait. C’est simplement dû au fait que les Alliés, Anglais et Américains complices, ont inauguré une nouvelle stratégie : placer d’autorité les populations civiles au rang d’objectifs stratégiques. C’était la première fois dans l’Histoire et ça a eu un succès fou, de Dresde à Hiroshima, sans oublier les Français massacrés à Brest, Royan ou ailleurs, et tout ça sans bombe atomique. En fait, celle-ci n’a été lancée par deux fois que pour justifier ces carnages passés, en démontrant que les bombardements aériens étaient capables à eux seuls de provoquer la reddition de l’ennemi.
Les Américains ont utilisé la bombe atomique sur Hiroshima le 6 Août 1945…La guerre était FINIE. Un règlement de compte qui n’aurait jamais dû avoir lieu… Crime contre l’humanité.
Je ne suis pas d’accord avec vous. La guerre avec l’Allemagne et ses alliés occidentaux était terminée, mais celle avec le Japon ne l’étais pas. Les soldats japonais était fanatisés et refusaient d’arrêter le combat (souvenez-vous des fameux Kamikazes qui se jetaient avec leur avion sur les navires dans le pacifique). Tout aussi atroces qu’aient été les dégâts sur Hiroshima et Nagasaki, c’était sans doute la seule façon de forcer le Japon à capituler.
Il fallait justifier les dépenses colossales du programme Manhattan et tester en vraie grandeur. Les japonais craignaient un envahissement par les soviétiques qui leurs auraient fait payer au prix fort les agissements en Mandchourie.
Le politique est avant tout un humain. Un humain qui transpire sa personnalité plus ou moins jugulée. S’il était seul dans sa caverne, ce serait sans conséquences. Mais il s’exprime face à l’autre lequel se présente parfois, souvent, en opposition. Il en sera toujours ainsi.
Prochaine guerre conséquente à prévoir. Peut-être une nécessité de régulation du nombre, ce fameux nombre qui devient progressivement, planétairement insupportable. Un besoin qui devient une nécessité naturelle, une loi naturelle.
Ce conflit sera-t-il sanglant ? Tout autant que celui de la deuxième guerre mondiale ? Peut-être pas. Nos politiques ringards, toujours en retard d’un train, le voit sous drones développés en quantité. Je le vois numérique, numérique. Celui qui sera en capacité de maitriser le numérique dans tous ses états détiendra la toute puissance d’intervention. Le numérique par ses produits, les machines et leurs composants. Le numérique par son pouvoir de déstabilisation, de désorganisation au plan mondial, en puissance sans évènements sanglants mais actions paralysantes. Le numérique capable d’agir sur le plus petit instrument nuisible, exemple le canon, comme sur le pôle de commandement. Actions en nombre, à distance, sur de grands et forts potentiels.
Nos politiques voient certains dérangements numériques (hôpitaux, entreprises perturbées) comme des agressions. J’y vois des essais de déstabilisation. Comment agir, avec quels outils, les tester. Le comprenons-nous? Réagissons-nous intelligemment ?
C’est ainsi que je vois la prochaine guerre mondiale. Bien sûr, certains coups de poings terrestres seront encore nécessaires mais ils ne viendront qu’en compléments, en « coup de poignard ». Le nucléaire ne sera jamais, jamais utilisé à grande échelle. L’envoyeur serait le premier à en subir les effets.
Pas de loi ou pas de l’oie
Les deux, mon général!
Article relevant certes d’une connaissance approfondie mais qui , de mon point de vue , est entaché d’une certaine partialité . Sauf à avoir mal lu , je ne trouve pas trace , face à la décision de Poutine d’envahir l’Ukraine , de la responsabilité des européens et de l’Otan qui n’ont aucunement pris l’engagement de tenir l’Ukraine à l’écart ainsi que le revendiquait la Russie soucieuse de ses frontières. On peut certes épiloguer après le début des combats mais le fait est que si l’Otan et l’Europe s’étaient engagés le conflit n’aurait pas eu lieu.
D’autre part , et sur un tout autre sujet , il n’est pas acceptable de parler d’Israël ainsi . Sa supériorité militaire n’est pas une cause de sa réaction contre les attaques du Hamas , seulement une conséquence. L’Etat d’Israël a le droit de se défendre tout autant que d’exprimer sa volonté de détruire ceux qui veulent sa disparition . Penser autrement ne revient il pas à donner raison aux auteurs du pogrom ?
Enfin quant à la position des Israéliens sur le sujet de la bombe atomique , il me semble qu’elle ne relève que du simple bon sens . Pourquoi donner à des guerriers des armes pour vous détruire ? N’est ce pas donner du venin à la vipère qui veut vous piquer ?
S’il vous plait Monsieur Jamet , ne décevez pas vos lecteurs , ils en perdraient leur fidélité .
Vous avez parfaitement raison. Il ne faut pas oublier le traité de Minsk dont Merkel et Hollande avaient la charge de faire respecter, ce qui n’a jamais été fait. Depuis le début de la guerre avec l’Ukraine, l’Europe et certains de ses dirigeants n’ont à aucun moment parlé de paix. Pour ce qui est de laisser le régime des Mollahs se doter de l’arme nucléaire, c’est signer son arrêt de mort. Ce n’est même plus de l’inconscience mais du suicide.
Vous oubliez la Grande Bretagne dans le non respect du traité de Minsk. Laquelle G.B a et fait tout pour envenimer le conflit.
L’Ukraine s’est commise avec les USA , fils biden , les ukrainiens ne payaient pas le gaz russe.
Ces mêmes ukrainiens qui n’ont pas laissé une autonomie a la Crimée russophone.
Ces ukrainiens en ne respectant pas les accords de minsk.
Se sont mis les russes a dos
Bravo! Tout est dit! L’histoire de la Russie est très complexe. Beaucoup d’Ukrainiens voudraient bien revenir dans le « giron » de la Russie…Trop long à développer…