[STRICTEMENT PERSONNEL] Les mystères de Tripoli
Au regard de l’allure à laquelle la Justice, parfois, poursuit le crime, il n’est pas étonnant qu’elle peine à le rattraper. L’affaire Boulin, prématurément morte et plus vite enterrée que l’infortuné ministre, officiellement noyé dans trente centimètres d’eau, est exemplaire des langueurs étranges dont est atteinte, dans certains cas, la divinité que l’on représente couramment sous les traits d’une femme implacable, le glaive à la main mais les yeux bandés et, donc, la démarche hésitante.
Vingt ans après… ou presque
C’est pour des faits remontant à sa campagne victorieuse de 2007 que trois mousquetaires – je veux dire la présidente d’une chambre correctionnelle du tribunal de Paris et ses deux assesseurs – ont condamné Nicolas Sarkozy et ses acolytes à de lourdes peines accompagnées d’attendus infamants – « association de malfaiteurs en bande organisée » – et assorties, en ce qui concerne le principal accusé, d’une exécution provisoire, c’est-à-dire de sa mise en détention immédiate alors que, de toute évidence, l’intéressé ne songeait nullement à se dérober à la Justice et que, l’eût-il souhaité, il n’était pas en situation de récidiver. Compte tenu de tout l’éventail d’appels et de recours prévisibles (cour d’appel, Cour de cassation, Cour européenne de justice, etc.), l’affaire sera-t-elle définitivement close avant la fin du siècle en cours ?
Ce n’est pas tous les jours que des magistrats lambda – de simples « petits pois », comme les avait imprudemment qualifiés, un jour, celui que les hasards de la vie ont mis à leur merci – ont l’occasion de juger un ancien président de la République - ancien, donc inoffensif. On ne doute pas que les trois juges, un instant caressés par les projecteurs de l’actualité, aient fêté le soir même en famille le trophée qu’ils rapportaient à la maison, tel le procureur de La Tête des autres, chef-d’œuvre de Marcel Aymé, tout fier d’avoir obtenu, au terme d’un brillant réquisitoire, celle de l’accusé - en l’occurrence innocent.
Frais de campagne d'une campagne présidentielle
J’ai dit ici même, la semaine dernière, en quoi ce jugement me paraissait contestable dans son principe même. Je le rappelle. Si, confrontés aux frais d’une campagne présidentielle et incapables d’y faire face avec leurs moyens personnels ou ceux de leurs partisans, des hommes aussi différents que François Mitterrand, Jacques Chirac, Édouard Balladur, Nicolas Sarkozy, entre 1981 et 2007, ont été amenés à tricher avec la loi et à employer, servis par des complices dévoués, des chemins interdits et des procédés illicites, c’est que le système institutionnel qui est le nôtre ne répond pas de façon satisfaisante à la question qui lui est posée, naguère tous les sept ans, désormais tous les cinq ans, en principe. Il est encore temps d’y réfléchir et d’y remédier, d’autant plus que l’actuel titulaire du poste confirme son intention, tomberait-il plus bas que le socle des 11 % à quoi se réduit sa cote de « popularité », de s’y accrocher jusqu’au bout et au-delà de l’usure de son mandat.
Deux options seraient théoriquement concevables. Celle d’une hypothétique Banque de la démocratie qui permettrait à tous les candidats de bénéficier de chances identiques. Pourquoi pas ? Reste à définir les critères et à inventer le mécanisme d’un tel système. Une autre possibilité, bien différente, consisterait à transposer chez nous le modèle américain. Les budgets de campagne des différents postes soumis à élection, outre-Atlantique, sont incomparables, incommensurables, aux sommes que requiert chez nous une campagne présidentielle. Il n’existe là-bas aucune limite, aucune autre obligation que celle de la transparence.
À ce sujet — [STRICTEMENT PERSONNEL] C’est Nicolas qui paie
Revenons de ce côté de l’océan. Soyons simples et clairs. Il est incontestable que Nicolas Sarkozy a été condamné sans que la preuve de sa culpabilité n'ait été apportée, malgré des années d’une instruction menée sans parti pris en sa faveur mais sur la base d’un faisceau de présomptions accablant, tout comme au même moment un certain Cédric Jubillar, et comme aurait pu l’être n’importe quel quidam sur la base d’un dossier solide. Il est certain que les juges devant lesquels a comparu l’ancien Président ne lui étaient pas acquis et qu’ils ont appliqué la loi dans toute sa rigueur, avec la volonté de le blesser, de l’avilir, de le briser, ce qui a permis au prévenu de faire preuve de sa pugnacité, de son caractère fait d’audace et de culot, de dignité dans l’épreuve, et de susciter dans un premier temps un retour de sympathie logiquement lié à l’excès de la peine qui lui était infligée et, surtout, de ses modalités.
Il n’empêche que, sur le fond, on ne peut dans cette affaire dénoncer une ingérence comparable à celle d’une Justice qui, en deux occasions récentes, non seulement n’a pas hésité à s’immiscer dans le cours normal de processus démocratiques mais a barré, en toute connaissance de cause, la route de l’Élysée à François Fillon, comme elle pourrait rendre inéligible Marine Le Pen au moment où celle-ci recueille 36 % des intentions de vote et où une majorité de Français (54 %), pour la première fois, n’excluent pas de voter pour le Rassemblement national. Autant que l’on sache, la carrière de Nicolas Sarkozy est pour l’essentiel derrière lui.
Les secrets d’État de Kadhafi
Disons les choses comme elles sont et pourquoi le cours de la Justice ne peut laisser toute personne de bonne foi que dans un sentiment d’insatisfaction, et d’hésitation, entre le trop et le trop peu. Si l’accusation n’a pas pu apporter la preuve d’un financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, ni celui-ci ni ses collaborateurs les plus proches, entraînés à sa suite dans le maëlstrom judiciaire, n’ont pu donner la moindre explication plausible à leur séjour en Libye (non, ce n’était ni pour acheter des figues, ni pour contempler des ruine romaines) ou la moindre explication cohérente à leur rencontre avec Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et auteur de l’attentat terroriste qui coûta la vie à plus de deux cents passagers d’un DC-10, dont 54 Français, à l’abandon ultérieur des poursuites contre cet assassin, à l’accueil extravagant réservé par la suite au despote libyen et à son harem ou à l’étonnante et fugace lune de miel entre le régime du dictateur et la République française.
Passe encore, dira-t-on, et tout ceci ne peut-il s’expliquer et se justifier par des intérêts diplomatiques, politiques et commerciaux. Soit. Mais comment expliquer le refroidissement progressif des relations entre les deux hommes et les deux pays ? Comment expliquer que la France de Nicolas Sarkozy et la Grande-Bretagne de Tony Blair aient cru devoir, au nom de l’humanité, qui n’a jamais suffi à déclencher la moindre action militaire au Rwanda, au Congo, au Soudan, voler au secours d’une prétendue révolution démocratique contre le tyran ? Saura-t-on, un jour, dans quelles circonstances, sur l’ordre de qui, par qui exactement, pour quelles raisons, par exemple pour éliminer un maître chanteur et les preuves qu’il détenait, Kadhafi a été assassiné, emportant avec lui des secrets d’État.
Voilà, n’est-ce pas, des questions qui dépassent nettement le cadre d’un tribunal correctionnel et du financement d’une élection. Voilà des questions qui relèveraient plutôt d’une Haute Cour de justice ou de la Cour pénale internationale dont la République française reconnaît la légitimité. Nicolas Sarkozy s’est replongé, nous a-t-on dit, dans Le Comte de Monte-Cristo, histoire d’une erreur judiciaire et d’une vengeance. Les mystères de Tripoli ne seraient pas moins passionnants. Ils restent à écrire. Et à juger.
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46 commentaires
Justement on ne sait pas et il s’agit donc ici d’insinuations malfaisantes de la part de M. Jamet, à la limite de la calomnie… Et cela pour ne nous apprendre rien que nous ne sachions déjà.
Le juges pourront dire ce qu’ils voudront, que Sarkozy soit coupable ou non, ils ont été incapables, malgré 12 ans d’ans d’enquête, d’en fourniture la moindre preuve. Ils ont fait fi d’un principe de base de la justice : le doute doit bénéficier a l’accusé. Ils ont même fait pire : ils etaient si peu sûrs que leur verdict serait confirmé en cour d’appel qu’ils ont assorti leur jugement d’une exécution provisoirequi n’a aucune justification, pour être sûr que l’ancien président ferait de la prison, même si ce n’est que pour 2 mois. Ils ont donné là l’image d’une petite vengeance mesquine et, pour beaucoup de Français, ils n’ont pas grandi la « Justice »…
Absolument !
@ François 47
D’accord avec vous. Dans cette affaire la justice s’est déshonorée, comme elle a pu se déshonorer dans l’affaire Dreyfus. En se déshonorant ainsi la justice française a couvert de honte le prétendu » pays des Droits de l’Homme « , bafouant la présomption d’innocence et les principes du droit.
Mais la justice a l’habitude puisqu’elle se déshonore tous les jours un peu plus avec délectation semble t’il ou peut-être par bêtise. Le réveil (le sien) risque d’être difficile…
je ne comprends pas pourquoi, le peuple ne peut pas connaitre le nom des juges qui officient. Pourtant la Justice est rendue « au nom du peuple » ! Il devrait donc savoir QUI le fait. Il y a , dans cet anonymat, quelque chose de suspect !
Je ne comprends pas que vous puissiez avoir autant de compassion pour Sarkosy qui est de la pire espèces. Pas de preuves, qu’attendez vous? Le mafieux n’etalent pas leur vie. D’ailleurs il a été jugé pour …en bande organisée. Arrêtez de le soutenir c’est lui qui a salit la fonction , la République et outragé les Français, c’est ça la honte
@ patgic
La haine fait perdre le sens du discernement et du raisonnement, y compris à une » justice » politisée à l’extrême, qui s’est déshonorée dans cette affaire.
je ne vois pas en quoi je soutiens Sarko. Relisez mes précédents commentaires et vous verrez !… Par contre, je trouve suspect que le peuple (dont je fais partie) ne puisse connaître le nom des juges qui agisse (soi-disant) en son nom….. Très suspect !…
Les Français jugent l’affaire selon 2 repères bien différents. Du repère juridique, les avis négatifs priment clairement : 3 personnes probablement politisées dans un prétoire, l’absence de preuves établies etc… ne peuvent que militer en faveur du prévenu.
Du repère moral, il n’en reste pas moins qu’en cette époque de crimes impunis, voire la dernière illustration avec le casse du Louvre, beaucoup comme moi se laissent aller, effectivement, à la joie de voir , comment dire sans employer certains vocables, un indiscutable responsable des malheurs de la France, qu’il a d’ailleurs dit moins aimer que la Hongrie ou New York, enfin, enfin , derrière les barreaux! Ah, moral ai-je dit???
Vous vous réjouissez donc d’une joie mauvaise de le voir enfermé…
@ Gayant
On n’envoie pas en prison un présumé innocent pour ce qu’il n’a pas fait, au prétexte qu’il aurait dû y aller pour d’autres raisons ( qui restent encore à prouver). J’espère que vous n’êtes pas magistrat, car je plains certains prévenus….!
Et depuis la mort de Khadafi, les esclavagistes-passeurs ont la belle vie et font de juteuses affaires ! Merci, Sarko, d’avoir causé cette immigration massive.
Vous posez des questions qui dépassent l’entendement démocratique. Les secrets d ‘État ont des principes bien au-dessus des règles de droit ou de justice. Si le citoyen lambda savait, ses dernières illusions tomberaient en morceaux. On ne gouverne pas un pays comme on gère sa maison. Que de crimes on commet en ton nom, par la force des choses et par le Bien qu’on croit poursuivre ! Tous ces secrets ensevelis dans des tombes bien plombées. » La tête des autres » …et le passe- muraille. Si tous les murs parlaient nos oreilles ne pourraient supporter la vérité.
On appelle ça « la raison d’Etat » et de tous temps les dirigeants ont bâtit leur conduite sur cette « raison » qui leur évitait des explications. Qu’ils aient du sang sur les mains ou non ..
Donc que monsieur Sarkozy soit tout blanc ou qu’il ait un peu participé aux événements fera l’objet de son prochain « appel » en justice, en attendant l’enfermer avec les criminels et les voyous reste une très malencontreuse décision .
La lecture des commentaires démontrent qu’il y a encore des français qui réflechissent et comprennent, c’est rassurant !
M. JAMET vous en avez dit trop ou pas assez ! vite votre prochain « billet »
Dominique Jamet dans un exercice de » en même temps » ! Premier acte, Nicolas Sarkozy a été condamné sans que la moindre preuve ait été apportée. Ce qui est parfaitement exact. Deuxième acte : l’ère du soupçon ! Mais que sont ils aller faire, lui et ses collaborateurs les plus proches à Tripoli ? N’y aurait il pas là dessous matière à penser à un possible arrangement avec le dictateur ? Et le doute surgit, renforcé par des attitudes, des décisions ultérieures allant jusqu’à l’élimination du tyran. Il n’y a pas de fumée sans feu dit-on, aurait pu être la conclusion du billet, dont on achève la lecture en pensant que Sarkozy n’a pas les mains aussi propres qu’il le prétend. Le doute s’est installé, à croire M Jamet !
Monsieur Jamet a toujours bien pris soin d’avoir « un pied dehors et un pied dedans », et encore cette fois, dans un même article affirmer une chose et son contraire… Comme la chauve-souris de la fable, selon le cas : « je suis souris, voyez mes poils, je suis oiseau, voyez mes ailes »…
Qui juge les juges ? C’est la seule activité qui est parée d’une totale immunité . De simple autorité dans la constitution de 1958 ils se sont auto-proclamés pouvoir , et donc pouvoir suprême . « Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir » Montesquieu , aucun pouvoir ne peut arrêter le pouvoir des juges .
Ils ont donc la liberté en guide suprême , au fait quel Dieu servent-ils ? , d’éliminer des candidats qui ne leur conviennent pas à l’élection présidentielle (Fillon , Le Pen) .
Il leur suffit de tordre le droit , comme le leur recommande depuis 1974 la harangue de Baudot : « la loi s’interpréte elle dira ce que vous voulez qu’elle dise, Sans en changer un iota , on peut , avec les plus solides « attendus » du monde , donner raison à l’un ou à l’autre , acquitter ou condamner au maximum de la loi . Par conséquent que la loi ne vous serve pas d’alibi … soyez partiaux … ayez un préjugé favorable … «
Parfaitement d’accord. Ne pas réussir à prouver sa culpabilité, ne signifie pas qu’il est innocent pour autant. Khadafi était un de nos meilleurs remparts contre la submersion migratoire islamiste qui a découlé de sa chute. Il n’y a eu aucune justification fondée d’une guerre là-bas. Idem pour la Syrie et Hollande (1,2 millions d’euros par jour pour les bombardement, de mémoire…)
La condition humaine ne les intéresse pas autant pour la Corée du Nord, la Birmanie, le Pakistan…
Qu’ils ne nous prennent pas pour des c… Ils agissent contre les intérêts de la France, pour leurs intérêts propres à l’étranger, et ne nous défendent pas contre l’ennemi intérieur. Ils méritent la prison pour cela !
Monsieur Jamet, je suis dérouté par votre commentaire !
Vous considérez que si des hommes comme Mitterrand, Chirac, Balladur ou Sarkozy ont été amenés à tricher avec la loi, c’est parce que la loi est mal faite.
Je vous rappelle que la loi est faite par ces mêmes personnes et que votre indulgence envers elles est largement suspecte surtout pour vous qui écrivez dans un média comme BV qui défend l’ordre et l’autorité, à juste titre à mon humble avis.
Rien ne justifie que des candidats à l’élection présidentielle se comportent comme de vulgaires délinquants, on se demande bien d’ailleurs à quoi peuvent bien servir de telles sommes d’argent quand on voit l’état dans lequel ceux que vous considérez comme des victimes ont mis notre pays !
Bravo, il y a aussi Beregovoy, De Grossouvre,Jean Edern Hallier, Roger Patrice Pelat.
Merci de les rappeler à notre souvenir.
>>> celui que les hasards de la vie ont mis à leur merci <<<
N'exagérez quand même pas !
A moins que la vente de notre or à ceux-là mêmes qui ont supprimé l'étalon-or, et qui de ce fait, nous ont payé notre or en monnaie de singe, ne constitue qu'un "hasard de la vie" !!!
Pour ne citer que cela !
Vous posez des « questions » dans cet article qui sont « rigolotes » ! …
Et surtout vous donnez des « trucs » pour essayer d’argumenter …
Un détail sur la potentielle dangerosité d’une flaque d’eau pourra vous faire « avoir une vision des dangers de la nature » :
avoir le nez et la bouche dans une flaque d’eau peut provoquer la mort ! … IL n’y a pas « besoin » qu’elle soit de 30 cm de profondeur ! …
Au sujet de la « neutralisation » de Kadhafi, la « vérité » est elle utile pour « comprendre » que seul ce qu’il y avait à prendre dans les forages présentait « un motif valable » pour les « mondialistes » ! …