[STRICTEMENT PERSONNEL] Le fardeau de l’homme blond

Pourquoi Donald Trump ne ploierait-il pas, lui aussi, sous le fardeau de l’homme blond ?
IL20240409190919-jamet-dominique-929x522

L’idée, l’audace et par-dessus tout le spectaculaire succès de l’opération militaire menée à Caracas, début janvier, sur l’ordre de leur commandant en chef, par les forces spéciales américaines, seraient-ils montés à la tête de Donald Trump et de son entourage ? En dépit de son teint coloré, de la vigueur et de l’imprévisibilité de certains de ses propos, de ses comportements et de ses décisions, de ses foucades et de ses palinodies, il est de notoriété publique que le quarante-septième président des États-Unis ne boit pas. On peut cependant s’abreuver d’eau fraîche, de Coca-Cola, et, sensible aux fumées de l’encens, grisé par la victoire, se laisser gagner par la double ivresse du pouvoir et de sa propre force.

Un menu gargantuesque

Quoi qu’il en soit, le programme annoncé par la Maison-Blanche dans les jours qui suivirent le raid sur le Venezuela, l’enlèvement de Nicolás Maduro et son remplacement par le numéro 2 de son régime illégitime, n’a pas laissé d’étonner… et d’impressionner. Le menu gargantuesque affiché par le président Trump, le vice-président Vance et le secrétaire d’État Rubio ne comporte-t-il pas une intervention en Colombie, le renversement de la dictature castriste qui pèse sur Cuba, la mise au pas du Mexique, l’annexion du Groenland, sans compter, reporté sine die, mais toujours inscrit sur l’agenda présidentiel, le règlement du conflit ukrainien ? Tout cela pour commencer, sans préjudice, bien entendu, d’un éventuel affrontement avec la Chine, non seulement sur tous les marchés de la planète, mais autour de l’indépendance de Taïwan, et en attendant d’autres surprises du chef.

La douche froide

Dans ces conditions, le soulèvement général du peuple iranien contre les ayatollahs, les mollahs, les pasdarans et autres bassidjis qui, depuis bientôt un demi-siècle, l’exploitent, l’oppriment et le répriment sous la quadruple invocation de l’obscurantisme, de l’incapacité, de la corruption et de la terreur, ne pouvait que bénéficier de l’aide active et déterminante de la première puissance du monde. Et cela, d’autant plus que, dans un premier temps, après que des foules désarmées eurent, à travers tout le pays, démontré au péril et au prix de leur liberté, de leur sang, de leur vie, l’impopularité du régime et affronté une répression féroce, Donald Trump n’avait pas hésité à encourager l’insurrection, à lui conseiller de s’en prendre aux institutions iraniennes et à lui promettre son aide, tandis que, depuis le territoire des États-Unis, le sexagénaire chaton (c’est le fils du défunt chah que je veux dire) se disait prêt à incarner l’alternance au despotisme des hommes au turban noir.

D’un bout à l’autre du monde, l’ensemble des peuples, aussi bien ceux qui jouissent plus ou moins de la liberté que ceux qui en sont privés, attendaient avec confiance et impatience l’immixtion libératrice de la grande démocratie d’outre-Atlantique, conformément au meilleur de ses traditions et au vœu d’un grand peuple réduit en esclavage par ceux-là mêmes qui prétendaient, en 1979, l’affranchir de la tyrannie pour mieux le réduire en esclavage. À la surprise et à la déception générales, c’est une douche froide qui est tombée de Mar-a-Lago, capitale officieuse de la présidence trumpiste ou, faut-il dire, trumpeuse.

Même le géant Atlas demandait parfois à souffler

Peut-on croire Donald Trump lorsque il avalise les apaisements fallacieux que lui ont prodigués les autorités iraniennes aux mains encore dégoulinantes du sang de leurs compatriotes, autrement dit de leurs sujets qui sont aussi leurs victimes ? Évidemment, non. Contre toute attente et contre toute morale, le président américain a cédé aux pressions et aux objurgations de ses alliés, partenaires, amis et faux amis arabes, émiratis et turcs. En réalité, indifférent à toute considération humanitaire, il ne voyait pas les avantages pécuniaires, économiques, diplomatiques qu’il tirerait d’une intervention contre une puissance plus redoutable que le Venezuela, susceptible d’unir derrière elle une partie de la communauté des fidèles de l’islam. Sans doute aussi s’est-il avisé que, fût-on le seigneur presque tout-puissant de la plus grande puissance de la planète, on ne peut mener simultanément toutes les actions que l’on médite, que l’on envisage, que l’on a entamées ou que l’on se devrait de conduire. Même le géant Atlas - à qui incombait, selon la mythologie grecque, la charge de la Terre - demandait parfois à souffler. Pourquoi Donald Trump ne ploierait-il pas, lui aussi, sous le fardeau de l’homme blond, voire peroxygéné, donc sous le poids des responsabilités, des engagements et des risques qui y sont liés ? Il semble bien, en l’occurrence, qu’il ait écouté la voix de la sagesse, donc de la prudence, donc de l’égoïsme, donc de la lâcheté, qui lui murmurait : « Qui trop embrase mal éteint ! »

La pierre tombale du vaste cimetière à ciel ouvert qu’est devenu l’Iran, ces derniers jours, un moment soulevée, est donc retombée et ensevelit avec l’espoir d’une vie libre la quatrième révolte d’un grand peuple contre ses tyrans. Chez nous, comme dans les quelques États où le droit l’emporte sur la force, quand la police tue, comme disent les Insoumis, c’est une bavure comme telle poursuivie et sanctionnée. À Téhéran, quand la police tue, c’est en exécution des consignes et avec les félicitations des bourreaux. Comme ce fut le cas de la Pologne, tout au long du XIXe siècle, ou de la Hongrie en 1956, le monde, et d’abord la première puissance du monde, préférera-t-il à leurs victimes les assassins ? Malheureux Iraniens !

Picture of Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

19 commentaires

  1. Mr JAMET votre connaissance est bien plus grande que la mienne, mais tout gueux que je suis, je vous invite à réécrire votre article sur le même sujet, dans une huitaine de jours, ….le temps que les porte avions US aient atteint une destination stratégique. A bientôt !

  2. Une « révolution » nécessite des conditions pour aboutir: Un chef charismatique qui incarne l’opposition générale, des moyens financiers, une assistance technique ( communications, armement, …) soit l’étranger, soit les forces armmés du pays lui-même qui se retournent! On en est loin en Iran.

  3. Un acte d’accusation qui n’en a pas l’air. Merci, camarade Dominique!
    Trump a trahi le Peuple Iranien.
    Il a aussi trahi « l’homme blond », dites vous, et un peu au delà, que des blonds, non.. des roux des châtains et des bruns ?
    Il a trahi tous les Citoyens occidentaux, et d’autres lieux, qui attendaient une riposte à la hauteur des dizaines de milliers de crimes commis en une semaine par le chef gardien de la révolution islamique.
    Et puis rien!
    Trump a plié sous le poids de ses opposants US, dans son propre camp… Téhéran et ses 15 mille morts de janvier, c’est loin de Washington.
    Et Trump a plié, c’est encore plus grave, sous la menace du Qatar, de l’arabie saoudite, des émirat arabes … et de l’égypte, qui veulent, comme l’iran la destruction d’Israël.
    Le qatar- ami -de -macron peut continuer à financer le hamas, le hezbollah, les houtis et autres terrorristes, Trump s’en lave les mains! Vraiment?
    On rêve que cette trahison ne soit qu’un rêve… en attendant les premières bombes sur le terrier de rat de l’ayatholla en chef suprême de sa dictature théocratique et de ses tueurs.

  4. Étonnant Harro sur Trump , car il n’envoie pas de bombes sur l iran. Et 10 avant Bravo Barack Obama qui lui n’a pas envoyé de bombes sur la syrie ( ligne rouge franchi.)..

  5. Et on en profite pour attaquer Trump sournoisement, comme tous les autres journalistes, au moins en France !

  6. « …l’immixtion libératricre de la « grande démocratie d’outre-atllantique »….
    On peut le dire, M. Jamet ! De cette mégalomanie Trumpiste qui se met à imiter le sinistre Hitler -pas moins- l’un dans sa mortifère chasse aux juifs, l’autre dans sa chasse effrénée aux migrants -illégaux ou pas, parents ou pas, délinquants… ou pas !, qui met le feu au monde en allant empocher sans honte ni scrupules les dividendes à milliards sur ses comptes familiaux perso tel un Maduro, qu’on élimine pour mieux aller piller son peuple ?
    Élu sur des promesses d’America First, synonyme pour les c*cus américains de désengagement mondial, « isolationnisme », faiseur de paix et de croissance intérieure, on voit le résultat d’un an de dérive mégalomane… Il lui en reste 3 avant de céder le témoin à ses faucons du back-stage…

  7. Trois puissances sont en passe de se partager le monde,les USA, la Chine et la Russie. Et l’Europe me direz vous. l’Europe a raté le coche, elle n’a pas compris l’enjeu du Groenland pas compris qu’il fallait tuer l’islamisme dans son oeuf. Naïveté qu’elle est, peuplée de Bisounours consuméristes elle a cru faire du monde un grand marché sans frontières où tout le monde s’aime. Elle s’est trompée ou certains membres l’ont trompé suivez mon regard vers Berlin, et la France bêtement y a cru et s’est entièrement perdue. Pas encore complètement si on suit notre actualité politique déplorable. Hasta la muerte.

    • Analyse lucide, sur les « 3 empires » qui portent tous leur effort principal sur un réarmement massif. La mosaïque européenne, elle, calibre… les pommes, les concombres, veut limiter la fabrication et l’exportation d’armes aux revenus exédentaires. La France redistribue et subventionne à outrance, de la reprise des chaussettes, ourlets de pantalons à la galette des rois sans gluten !
      Les USA viennent de classer terroriste la pieuvre des Frères Musulmans, la Russie tue ses islamistes, la Chine les réduit en esclavage. L’UE à l’idéologie immigrationniste indécrottable va demeurer le seul refuge mondial au djihad islamiste moyenâgeux qui s’apprête à devoir quitter sa capitale mondiale iranienne pour… Neuphle-le-Château ?…

  8. C’est le rêve de jamet: Voir Trump à terre. Pauvre Jamet, évitez de palabrer sur ce que vous ne connaissez pas.

  9. L’appréciation d’un français modelé par un état d’esprit européen qui ne tient pas compte de celui des américains, des conquérants par nature, c’est dans leurs ADN.

    Un D. Trump peut-être plus diplomate que ne laissent penser ses exubérances, ses attitudes qui nous paraissent décousues. Il prend peut-être en considération les avis de la Russie, de la Chine qu’il aura préalablement consultés avant décisions. Un Iran quelque peu sous protectorat de ces puissances. Tout en ayant en souvenir les otages américains qu’il a eu bien du mal à extraire de ce pays, l’Iran, aux caprices certains. L’Iran n’est pas le Vénézuéla. En Iran, on n’hésite pas à sacrifier sa vie pour le guide suprême, des kamikazes. Observez le nombre de morts dans les manifestations de cette population. Les français sont-ils autant vaillants ?

  10. Comme le dirait Boileau :  » j’appelle un shah un shah et khamenei un fripon « . Néanmoins qui trop embrase éteint quand même…à son de trompe mais en données réelles. Depuis Donald le monde est meilleur. Maduro à l’ombre, Gaza réduit et l’Iran des mollahs qui mouillent. Ce coup de froid sur le Groenland doit-il nous inquiéter ? Tôt ou tard le consortium poutino-chinois en aurait pris la main en sous-main, comme d’hab, à la barbe des Danois, dont j’aime le réalisme. Devant Trump, nous avons Macron, dites-moi qui est le nain de jardin. L’Europe est un bluff qui nous coûte une illusion de dingue. Les fous ne sont pas ceux qui ont les cheveux peroxygenes mais la raie qui hésite entre les deux oreilles. Pauvres de nous qui parlons, heureux sont ceux qui agissent.

  11. Attention, il ne faut pas croire que s’opposer à Trump rendra les Européens populaires aux USA. Les démocrated oublieront Trump et se souviendront que les Européens se sont opposés aux USA. Leur mémoire est courte et leur culture limitée.

  12. Manifestement Trump est beaucoup plus intéressé par le Groenland que par l’Iran.; de quoi ouvrir les yeux de ceux qui croyaient qu’il pouvait se soucier du sort des populations si cela ne sert pas son intérêt immédiat. Autre preuve en est son abandon du peuple vénézuélien à la dictature bolivarienne, du moment qu’il peut dealer avec elle pour que les compagnies américaines puissent exploiter son pétrole.

    • Encore heureux qu’il soit plus intéressé par le Groenland qui est devant sa porte que par l’Iran qui est à l’autre bout du monde ! C’est une preuve de sagesse. Et puis les Iraniens n’ont qu’à se libérer eux-mêmes s’ils ne sont pas contents… Nous ne leur avons pas demandé de faire notre Révolution Française à notre place que je sache !

  13. Vite un article sur les « années macron » ! …
    Y aura t-il autant de lucidité factuelle ou une énième aude au « Mozart de la Finance » ? …
    Pour les USA, quels que soient les « Dés » ou les « Réps » ils veulent TOUS arnaquer les autres peuples pour favoriser leurs intérêts ! …
    La FRANCE et l’UE ne « travaillent » que POUR les autres ou pour détruire les autres pays de l’UE à part l’Allemagne ! …
    A FUE RA ! …

  14. Cependant, les mollahs ont indiqué qu’ils ne pendraient pas, ce qui montre que Trump obtient des résultats par la menace ; la menace US porte. Mais nous sommes, de par chez nous, tellement peu habitués à de l’action, tout confits dans la mollesse de nos dirigeants tous plus veules les uns que les autres qu’on finirait presque par penser qu’ils sont la normalité et que Trump est un « excité », ce qu’une bonne grosse partie de la presse, et pas seulement celle de Gauche, voudrait nous faire accroire, souvent avec forces ricanements. De la géopolitique de Trump, des menaces chinoises et russes l’on se fiche quand c’est lui qui en parle. Seule la parole de Macron est d’or: après l’Ukraine, tremblons, la guerre à nos portes, des sacrifices humains et financiers seront nécessaires pour empêcher Poutine de dîner d’une paëlla à Madrid. Ainsi, tout à sa détestation viscérale de Trump, Macron veut être écouté de par le monde: mais quand Trump parle et agit on écoute et on regarde. Quand Macron présente ses vœux, on éteint la télé et les conversations continuent.

  15. Monsieur Trump n’est pas un politicien , c’est un entrepreneur , il a été élu PDG de l’entreprise USA , et comme tout bon entrepreneur, il cherche a développer son entreprise , il achèterait bien la grande entreprise Canada sa voisine qui a la même culture , il a des vues aussi sur une petite PME polaire le Groenland , et au sud des PME l’intéressent aussi , Cuba , Panama et d’autres .

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

J’ai dénombré dix coups portés à la tête de Quentin Deranque par des antifas
Jean Bexon sur Sud Radio

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois