Six « bougés » du ministre Laurent Nuñez : une leçon de macronisme appliqué

Les OQTF algériens ? « Il faudra qu’il y ait à un moment un bougé là-dessus, car il y a un engorgement ».
Capture d'écran X
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Le préfet de police devenu ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, était, ce 22 octobre, l'invité de Sonia Mabrouk, sur CNews et Europe 1 : il a livré un festival de mots et d’idées macronistes particulièrement réjouissants. À bout de souffle, bousculé, refusé, au plus bas dans les sondages, le macronisme s'offre avec Lecornu l'illusion d'une deuxième vie, une Renaissance menacée façon république de Salò. Laurent Nuñez l'a illustré en cinq numéros savoureux.

Premier numéro, la précision qui va du simple au triple. Le 20 octobre, sur LCI, Laurent Nuñez précisait que les étrangers en situation irrégulière en France seraient entre « 200.000 et 300.000 ». Un chiffre grossièrement diminué, comme le montrait, hier, sur BV, notre journaliste Clémence de Longraye.

Deux jours plus tard, le même Nuñez, cuisiné cette fois par Sonia Mabrouk pour CNews et Europe 1, met de l’eau dans son vin et revoit la jauge à la hausse. Avec l’habillage macroniste qui convient : « Je suis très transparent sur les chiffres, je ne les ai jamais cachés dans les postes que j’ai occupés », affirme-t-il très sérieusement. On a en effet vu cela la veille…

Doxa migratoire

Sonia Mabrouk cite l’INSEE, qui évoque un nouveau record d’immigration avec 434.000 arrivées en seulement un an, le double des chiffres « nuñeziens ». Mais voilà, pour Nuñez, « ce sont des estimations car, par définition, on ne connaît pas le nombre d’étrangers en situation irrégulière ». Bon. On a su, pourtant, attraper et punir les Français durant le Covid-19 pour un tour du pâté de maisons non autorisé… Il a des pudeurs, Laurent Nuñez. Des délicatesses macroniennes, surtout sur l’immigration. Il ne veut pas le donner, ce chiffre, dit-il, pour ne pas nourrir de polémique. Il faut bien avouer tout de même, contraint et forcé. Alors, Nuñez se met à table. « Si on travaille sur l’AME, le chiffre d’étrangers illégaux dans notre pays est de 700.000, finit-il par dire. C’est une estimation. La fourchette de 600.000 à 700.000 me paraît assez cohérente, mais le chiffre de 700.000 l’est tout autant. » Donc, 200.000, c’était pour rire. Nuñez savait et n'a rien dit. Heureusement que BV avait rétabli la vérité.

Deuxième numéro, les fameuses causes de l’immigration. Pourquoi diable tant d’illégaux bravent-ils nos lois et la souveraineté de notre pays ? Là encore, la pudeur, l’émotion brident la parole du ministre. « Il y a un défi migratoire évident, un contexte climatique, une crise économique », explique Nuñez. Mais l'attractivité de l’AME et des subsides généreusement distribués n'y sont pour rien : la doxa migratoire dominante. Et, donc ? « Il faut qu’on travaille avec l’UE pour mieux contrôler nos frontières et qu’on soit plus efficace sur le territoire national. » On n’est pas sortis des ronces, comme dit Georges Michel !

32 ans pour le retour des 700.000 immigrés illégaux

Troisième numéro, la peur des mots Le ministre Nuñez refuse la « submersion » de François Bayrou. Il saute sur son siège : « Attention, quand on convoque des mots de cette nature. » Un sensible, notre nouveau ministre, un cajolant. « Pardon, mais on est aussi quand même une société qui a été construite sur la diversité et je ne veux pas que ces mots soient blessants, brutaux et nous divisent encore plus que nous le sommes déjà… » On aimerait constater autant de délicatesse vis-à-vis des Français victimes de l’immigration et des OQTF… Le ministre insiste : « Cela peut être blessant à l’endroit de certains de nos compatriotes qui sont d’origine étrangère ou d’étrangers en situation régulière et qui sont parfaitement intégrés. Ils pourraient se sentir visés par un certain nombre de propos. » Des propos « qu’il ne tient pas, du coup »

Quatrième numéro, le jonglage avec les chiffres. Car Nuñez est satisfait. « Quand on évoque ces questions, c’est toujours pour dire qu’il y a un laxisme et que les pouvoirs publics ne font rien. C’est faux. On a des dispositifs de contrôle aux frontières qui ont été renforcés, on interpelle énormément d’étrangers en situation irrégulière et on reconduit énormément d’étrangers… » Ah bon ? En 2024, la France a procédé à moins de 21.600 éloignements d’étrangers, selon... le ministère de l’Intérieur lui-même. Un chiffre en hausse, mais à ce rythme, il faudra… 32 ans pour que les 700.000 illégaux regagnent leurs pays. En admettant que les entrées cessent totalement…

« Le système d’alerte a parfaitement fonctionné »

Lancé comme un frelon, Laurent Nuñez méritait de finir par un cinquième numéro, celui du bandeau sur les yeux dans une salle cambriolée du Louvre. « Le système d’alerte a parfaitement fonctionné, explique-t-il. Dès que la fenêtre a été attaquée, il s’est mis en place, les policiers ont été prévenus. Trois minutes après, ils étaient sur place. Donc, il y avait tout un système qui n’a pas été mis en défaut… » Et on en entend qui râlent, dans le fond ? Allons... « C’est un échec, voilà, admet tout de même le ministre, ça ne doit pas arriver ». On est rassurés.

Un dernier numéro pour la route, sur l’Algérie. On doit trembler, de l’autre côté de la Méditerranée. « 40 % des étrangers en situation irrégulière en France sont aujourd’hui des Algériens et nous mettons dans les centres de rétention administrative ceux qui sont les plus dangereux. Donc, il faudra qu’il y ait, à un moment, un bougé, là-dessus, car il y a un engorgement. » Traduire : un nouvel aplatissement en règle face au pouvoir algérien. Vous le sentez bien, vous, le « bougé » ?

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

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