Selon une étude britannique, les premiers croisés étaient majoritairement français

Un fait largement méconnu que rappellent parfois les discours djihadistes qualifiant encore les Français de « croisés ».
Capture d'écran Kingdom of Heaven
Capture d'écran Kingdom of Heaven

Depuis plusieurs décennies, l’historiographie des croisades s’attache à dépasser les seuls récits militaires ou théologiques afin de mieux comprendre les hommes et les femmes qui ont pris part à ces expéditions médiévales. C’est dans cette perspective qu’une étude, oubliée mais d’envergure, menée en 2015 par l’université de Leeds avec le soutien de la British Academy et de la Royal Holloway University of London, a abouti à la création d’une base de données consacrée aux croisés partis en Terre sainte entre le concile de Clermont en 1095 et la fin de la deuxième croisade en 1149. Accessible librement en ligne, ce travail met ainsi en lumière une particularité remarquable : l’écrasante majorité des croisés identifiés sont originaires de territoires correspondant à notre actuelle France.

 

Une base de données au service de l’Histoire

Intitulée A Database of Crusaders to the Holy Land, 1095-1149, cette base de données recense plusieurs centaines d’individus identifiés à partir d’une bibliographie abondante et rigoureusement vérifiée. Chaque notice rassemble les informations connues sur un croisé : son nom, son origine géographique, son statut social, ses liens familiaux, sa participation à une expédition précise ainsi que, lorsque les sources le permettent, certains éléments biographiques détaillés. Ce travail concerne majoritairement des membres de la noblesse et du clergé, dont le rang permettait l’apparition dans des chartes, des chroniques ou des archives précises. Les hommes et femmes du peuple, pourtant nombreux à avoir pris part aux croisades, demeurent en grande partie absents, leurs noms ayant été malheureusement perdus dans les limbes de l’Histoire.

Lancé en 2007 par les professeurs Jonathan Riley-Smith et Jonathan Phillips, ce projet fut achevé en 2015 avec la collaboration d’historiens et de spécialistes reconnus, tels que Alan V. Murray et Guy Perry. Bien que cette base reste encore peu connue du grand public, sa valeur scientifique demeure intacte. Elle rappelle avec force aux Européens, et en particulier aux Français, l’ancienneté et la profondeur historique de leur engagement dans l’aventure des croisades.

 

La prépondérance de croisés français

L’un des apports majeurs de cette étude réside dans la démonstration chiffrée de la place centrale des Français dans les croisades. En effet, les territoires correspondant à la France médiévale fournissent la majorité des chevaliers et seigneurs identifiés, qu’ils soient issus du Bassin parisien, du Limousin, du Poitou, de la Champagne ou de la Provence. Cette surreprésentation s’explique par le rôle majeur de la noblesse franque dans la première croisade, mais aussi par le rôle décisif du pape Urbain II, issu de la noblesse de Champagne, à travers son appel lancé en novembre 1095 lors du concile de Clermont. La base de données rend cette réalité pleinement visible en permettant une analyse géographique fine des origines des croisés, soulignant l’ampleur de l’engagement français dans les premières expéditions vers la Terre sainte.

 

Les premières croisades

La période couverte par le recensement débute avec l’appel de Clermont en 1095, acte fondateur de la première croisade, laquelle conduit à la prise de Jérusalem en juillet 1099 et à la création des États latins d’Orient. Les décennies suivantes sont marquées par des expéditions secondaires et par l’enracinement fragile des principautés franques en Terre sainte. La deuxième croisade, prêchée en 1146 après la chute du comté d’Édesse, mobilise de nouveau une large noblesse occidentale, en particulier française, mais se solde par un échec militaire en 1149. Cette date marque alors la fin de la période couverte par la base de données, correspondant en même temps à l’apogée territorial des croisades en Terre sainte, mais aussi au début de leur long déclin.

 

Des profils méconnus

Parmi les croisés de notre actuel territoire français, nous retrouvons bien sûr des figures célèbres, telles que le roi Louis VII et son épouse Aliénor d’Aquitaine. Toutefois, la base révèle également de nombreuses personnalités aujourd’hui méconnues, dont les parcours attestent que les croisades constituaient un phénomène ouvert à des profils variés, guerriers ou non, et qu’elles pouvaient offrir une forme d’élévation sociale à des individus marginalisés en Europe.

Ainsi, Adhémar de Monteil, évêque du Puy, répondit immédiatement à l’appel d’Urbain II en 1095. Nommé légat pontifical, il joua alors un rôle central dans la première croisade avant d’être blessé en territoire byzantin, puis de mourir à Antioche le 1er août 1098.
Autre exemple significatif, Guillaume de Normandie, fils illégitime du duc Robert Courteheuse et petit-fils de Guillaume le Conquérant, partit en croisade aux côtés de son père. Privé d’héritage en Europe du fait de sa bâtardise, il trouva en Orient une reconnaissance que son statut lui refusait en Occident. Au service de Baudouin Ier, premier roi de Jérusalem, il devint ainsi seigneur de Tortose en 1106, dans le comté de Tripoli, avant de mourir en 1111.

 

Une mémoire historique toujours active

Cette étude prosopographique révèle bien plus qu’un simple inventaire de noms : elle met en lumière le rôle fondateur joué par des Français dans les débuts des croisades, un héritage qui dépasse le cadre strictement médiéval. En effet, le fait que les Français soient encore désignés comme des « croisés » par les mouvements djihadistes contemporains ne relève pas du hasard : il s’inscrit dans une mémoire longue où la France apparaît comme l’un des cœurs historiques de la chrétienté. Cette base de données rappelle que les croisades constituent un événement majeur de l’Histoire chrétienne et européenne, et qu’à ce titre, elles font partie intégrante de l’Histoire et de l’identité françaises, qu’on le veuille ou non.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Ce n’est pas un scoop… J’ai toujours pensé, je ne sais pas à partir de quoi, que les croisés étaient surtout français. Anglais, on connaît Richard Cœur de Lion.
    Quant aux islamiques,iils n’ont qu’un ddroit :sse taire

  2. Quelle pathétique et tragique soumission a leurs envahisseurs : ce n’est pas nous, c’est les français ! Nous on est gentils !

    Répugnant de couardise.

  3. Je ne suis pas un universitaire, mais en classe j’ai appris que c’était les seigneurs du Royaume de France qui participaires à cette croisade, il y en eut deux, si mes souvenirs ne me trahissent pas, la deuxième, fut un echec.

  4. Elle font aussi partie de l’histoire africaine et asiatique Jérusalem étant en Asie et Saint Louis étant mort en Afrique. Pas étonnant que certains, originaire de ces continents, veulent en faire aussi une part intégrante de leur identité. Pour savoir qui tu es, regarde sur qui tu tapes ?

  5. Ultimes précisions : 1) au XIe siècle notre pays était encore nommé la Gaule (jusqu’au XIVe siècle) et ses rois étaient Rex francorum. 2) C’est Raymond IV comte de Rouergue et de Toulouse, devenu comte de Tripoli, qui reconquiert la ville et le château de Tortose (Tartous) en Syrie, en février 1102.

  6. Merci M. de Mascureau mais on ne commença à parler de Croisés qu’un demi-siècle après la libération des Lieux Saints. Les chefs et la majorité des Pèlerins étaient des Occitans de langue et de culture occitane : Raymond IV comte de Rouergue et de Toulouse, et Adhémar de Monteil, issu du Vivarais et évêque du Puy. Puis très vite les Allemands mirent la main sur Jérusalem et en particulier le très criminel Baldwin, frère de Gottfried Von Bouillon, Herzog von Niederlothringen. Quant à la France stricto sensu elle n’était présente que par le frère du roi excommunié (Philippe 1er), le lamentable Hugues de Vermandois suivi d’une petite garde et qui désertèrent à Antioche !

  7. Encore un abus de langage : au XIème siècle, il y a des picards, des occitans, des bourguignons, des « provençaux »…mais pas de Français.

  8. Les français, les premiers à se porter aux secours des Chrétiens martyrisés par les Seldjoukides alors qu’ils allaient se recueillir sur les lieux Saints. Et aujourd’hui 345 millions de Chrétiens sont menacés.

  9. Mise à part la croisade populaire de Pierre l’Ermite qui avait échoué, René Grousset parlait de 4 armées distinctes, 2 normandes, celle du fils de Guillaume le Conquérant Robert Courteheuse et celle de Bohémond de Sicile, puis celle de Raymond de Toulouse et celle de Godefroy de Bouillon qui aurait été le 3e chrétien à prendre pied sur les remparts de Jerusalem.
    Pourquoi plus de Français dans les premiers croisés ? C’est logique, parce que la France était le géant démographique de l’Europe médiévale et que l’appel à la Croisade eut lieu à Clermont-Ferrand en 1095, donc le mouvement initial eut lieu en France. En plus, bien des Normands d’Angleterre avaient encore des fiefs en France, la conquète ayant eu lieu 30 ans auparavant, et se considéraient plus normands qu’anglais.

  10. C’est très probable vu qu’à l’époque, les arabes ou les musulmans appelaient les croisés  » Ifrindja » pluriel de « Ifrendji » et qui était très probablement une mauvaise prononciation du mot « Firensi » qui veut dire Français.
    De nos jours, on appelle les croisades: « El houroub el salibia » du « Salib » qui veut dire croix.

  11. Et ne pas oublier, la 1ère croisade pou répondre à 4,5 sicèle d’agressions musulmanes…
    Après la prise en main de l’Arabie partiellement juive et chrétienne, conquête de l’Egypte et de toute l’Afrique du Nord chrétienne dont les pays du Maghreb après la mort de la Kahina 705 ou 706, la péninsule Ibérique (711-1492), le sud de la France (719-759), puis la région des Maures et Estérel (890-973), des attaques sur les côtes comme Marseille en 838 (Habitants n’ayant pas fui, massacré ou déportés en esclavage à Alicante). Pour précise que la piraterie barbaresque a démarré bien avant les Ottomans à Alger.
    Siège de Rome en 856, le pape a ordonné de construire des fortifications le long du Tibre installer une chaine en travers -pas de ponts comme le conseillait François.
    Au début du 11ème siècle : massacre des pèlerins, l’église du Saint Sépulcre détruite !!!
    Et après, on va nous sortir que les croisades n’étaient pas fondées…

  12. C’est sûr qu’en Terre Occitane il y avait beaucoup de Français. Habitant Muret ( 31600 ) j’ai appris la Bataille de Muret dans ses plus petits détails, puisqu’elle a été représentée les 12 et 13 Septembre 1986. Nous étions des milliers de Français, Espagnols, etc… à partager le souvenir de la Bataille dans notre ville.

    • La bataille de Muret appartient aux nombreux faits cachés par l’histoire que l’on nous a appris à l’école.
      Pour en revenir au sujet, de nombreux Occitans, qui n’étaient pas encore Français, étaient présents en Terre Sainte notamment lors de la prise de Jérusalem.

    • C’était avant …. Espérons que les français réfléchiront avant de mettre leur bulletin dans l’urne en 2027…

Commentaires fermés.

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