[SANTÉ] Fin de vie : un peu de dignité !
Avec la vie, il y a plusieurs façons d’en finir naturellement. Parfois, comme le chantait Brassens, la mort nous fait « au coin d'un bois, le coup du père François », par exemple avec un infarctus massif au retour d'un footing ou sur un cours de tennis. Quand ça arrive chez les autres, c’est l’occasion de nous souvenir que nous ne connaissons « ni le jour ni l'heure ». Mais la vie peut également nous quitter progressivement sur des années ou même des dizaines d'années : « J'ferai la tombe buissonnière, J'quitterai la vie à reculons », chantait encore Brassens.
Dans ce deuxième cas, nous partons par petits morceaux ; l'un aura les neurones en vadrouille, l'autre les articulations qui grincent, un troisième la tuyauterie qui se bouche, chaque pathologie n’excluant pas les autres. Mais les grandes fonctions vitales peuvent être conservées longtemps et, alors, nous avons toutes les chances - ce mot n'est peut-être pas le plus adapté - de rentrer progressivement dans ce que l'on appelle la dépendance. Il y a des pathologies qui ne tuent pas mais qui, quand elles s'accumulent, participent au déclin global de la personne et peuvent nous faire perdre la faculté de mener une vie autonome et indépendante. C'est la dernière ligne droite, qui peut d'ailleurs être assez longue. C’est aussi l’avant-dernière demeure, soit à domicile quand c’est possible, soit en institution quand il n'est plus vraiment raisonnable pour des raisons techniques, financières ou autres de rester à la maison.
Palliatif et changement de civilisation
Tout en n’en portant pas le nom, la gestion de cette perte progressive de l'autonomie s'apparente à une forme de soin palliatif, même s'il ne s'agit pas de la prise en charge d'une pathologie terminale rapidement évolutive. Le palliatif, c'est quand on renonce au cure, c'est-à-dire à l’espoir de guérison, pour s’installer dans la gestion du care, du « prendre soin ». Et c'est là qu’a commencé déjà à se greffer un changement de civilisation.
Pendant longtemps, avant l’éclosion de l’État-providence, la piété filiale imposait aux jeunes générations de prendre en charge ceux qu'on appelle aujourd'hui les aînés ; on les nomme peut-être mieux qu’autrefois, mais on s'en occupe moins bien. J'habite dans une région rurale où, récemment encore, on voyait des fermes familiales avec trois générations dans la même maison, les grands-parents s'occupant des petits-enfants quand les parents étaient aux champs. Dans cette même région, le modèle a changé, aujourd’hui : deux parents qui travaillent, deux enfants, un pavillon de trois chambres et deux voitures ! Mais plus de place pour les vieux, alors direction l'hospice ! Non, pardon : l'EHPAD ! Sans remettre en cause la compétence et le dévouement des intervenants, je ne suis pas certain que le confort remplace avantageusement le bonheur. Et il y a toujours eu des cas extrêmes qui ne pouvaient pas échapper à l'hébergement en institution, mais l'affection des siens et un certain sentiment d’utilité sociale valent quand même mieux que le dernier modèle de déambulateur.
De quelle dignité parlons-nous ? Celle de la solution finale ou la vraie ?
Et cette dignité que l'on nous sert à toutes les sauces, c'est bien en son nom qu'on veut aujourd'hui éliminer ceux dont la vie ne vaut plus rien, « lebensunwertes Leben » (vie indigne d'être vécue), disaient les nazis. Mais la vraie dignité ontologique, qui n'a rien à voir avec l'état de l'enveloppe charnelle qui se dégrade, n'est pas une qualité que l'on acquiert ou que l'on perd en fonction de la capacité à contrôler sa liste de courses, sa voiture, ses sphincters ou plus généralement sa vie. Elle n’est pas une dignité de façade qui s’effrite quand arrive la décrépitude.
La réponse appropriée à la souffrance repose sur l’accompagnement, la solidarité, la charité permettant d’honorer la vraie dignité de la personne dans sa fragilité. Et comme on ne reviendra pas au modèle archaïque évoqué plus haut, il faut prévoir d’un point de vue pratique, pour les personnes âgées qui restent à domicile ou qui sont en EHPAD, en plus des aides matérielles, la venue régulière de visiteurs pour rompre l’isolement, maintenir un lien social et apporter un soutien spirituel. Voilà la meilleure façon de prendre en compte la dignité des personnes âgées fragiles et dépendantes, mais certainement pas la « solution finale » et « fraternelle » qu'on nous promet et qui aboutit à une véritable révolution civilisationnelle. Même mielleusement camouflée sous le doux vocable d’aide médicale à mourir, la fraternité proposée par Emmanuel Macron n'est rien d’autre que celle de Caïn pour Abel. Elle n'est pas ma préférée ! J'ai un faible pour celle proposée par le Pr Lejeune : « La qualité d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres. »
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts
































79 commentaires
Ah, le bon vieux temps où, des petits enfants aux arrière-grands parents, tout le monde vivait sous le même toit ! Sauf qu’à l’époque, quand les plus âgés étaient atteints d’une pathologie un peu grave, ils s’alitaient… pour ne plus se relever, et ils étaient le plus souvent emportés en quelques mois.
Maintenant, avec les mêmes pathologies, on vous bourre de médicaments, on vous branche à un respirateur, on vous met sous perfusion… et lorsque, après quelques jours où quelques années, vous dites que vous voudriez en finir, on vous envoie le psy de service et on traite d’assassins ceux qui, cédant à vous supplications, oseraient vous aider à mourir.
L’enjeu n’est pas là , parce que les médecins qui sont en soins palliatifs savent mesurer la souffrance des personnes qui leurs sont confiées , et savent parfois mettre un terme à des souffrances, pour des maladies incurables, à moins que vous remettiez en cause la formation et l’expériences des soignants qui sont à même de savoir plus que vous et moi ce qu’il faut faire en pareil cas.
L’enjeu de ceux qui veulent légiférer serait d’institutionnaliser l’euthanasie et de systèmatiser la chose alors que cela relève de compétences et expériences acquises .
A partir d’une loi qui s’imposerait à tous les intervenants autour des soins palliatifs, on pourrait imaginer que cela pourrait être exploiter pour faire des économies de soins et donc de personnels de soins . Dont les médecins et que la spécialité en soins palliatifs ne serait plus porteuse et donc les élèves médecins pourraient se détourner de cette filière pour rendre à la fin obsolète cette spécialisation . Et après ?? On peut très bien imaginer que l’on rentrerait dans une logique économique du toujours moins de soins partout .Surtout que le secteur santé fait l’objet d’un grand audit commandé par les sociétés d’assurances et mutuelles qui interviennent de plus en plus pour pallier aux manques dû au déficit de la sécurité sociale .
Là aussi , on pourrait se demander pourquoi , on accueille autant de gens en France qui viennent se faire soigner au frais de la princesse qui est devenue pauvresse , malgré que les cotisations soient toujours aussi élevées ? Sinon pour justifier le place de plus en plus importante des assurances au détriment de la solidarité . Mais la solidarité, qui était, jusque là , La chasse gardée de la gauche fait apparaitre depuis quelque temps son absence se plus en plus visible sur le sujet . Normal, puisque la gauche est d’avantage à la chasse aux voix qu’elle ne peut trouver chez les travailleurs mais plutôt parmi les gens issus de l’immigration depuis qu’elle privilégie le sociétal sur le social .
Très bel article , Monsieur , mais vous oubliez une chose , pour le comprendre il faut du coeur ce que Macron n’a pas . Je vous suggère de lui envoyer à titre personnel un exemplaire du serment d’Hippocrate. Peut-être comprendra -t-il le message .
J’en doute car le je le crois sans foi ni loi.
Robert Badinter a fait abolir la peine de mort dans les années 80 et aujourd’hui, ses amis la rétablisse de façon plus sournoise.
Mais voilà, Monsieur est au Panthéon. Celui qui prône l’euthanasie aujourd’hui, le rejoindra certainement dans une cinquantaine d’années, ben voyons……………….
Le monde parfait se dessine avec l’euthanasie , plus de blessés, plus de malades , plus d’handicapés mentaux ni moteur, plus de de dépenses inutiles pour soigner ces salopard de vieux un monde parfait .
…et si on écoute la gaucho braun pivet……………..pas de succession, tout pour l’état !
donc d’autres « recettes » à dilapider dans l’immigration………
C’est facile d’être contre l’aide à mourir quand on est en bonne santé, moi,je suis atteint de la maladie de Charcot et n’ ai plus que ma main gauche d’à peu près valide. Je souhaite à ceux qui sont contre (comme les gros sénateurs) d’être dans mon cas et on en repariera ! Abréger les souffrances est aussi un acte noble.%
Moi, je suis atteint de la maladie de Charcot et je suis pour l’aide à mourir !Attendez de l’avoir et vous verrez, on en reparlera !!!!!!!!!!
votre demande est sincère. Mais n’est-elle pas celle d’une présence affectueuse?
Non, c’est bien moi qui réponds, enfin tant qu’il me reste un peu de ma main gauche ! Ma femme s’occupe de moi admirablement, mais elle n’en peut plus ! Il faut goûter à une maladie telle que Charcot pour pouvoir en parler, le reste n’est que pipo !!!
Quel bel article! MERCI!
Il est certain Gillic que personne est à votre place et endure vos souffrances. Personnellement, je suis pour que chacun ait le choix de sa fin de vie. Mais il est vrai aussi que ce sera la porte à certains abus. Il m a été donné de le voir par rapport à une personne âgée. Alors, si on fait le choix de l euthanasie il faudra que ce soit bien encadré pour être protégé et que personne puisse interférer pour quelque raison. Ne parlons pas non plus de dignité ou d indignité suivant le choix que nous faisons car on n a pas le droit de juger la personne en souffrance.
Dans toute décision il y a des abus potentiels
Bon courage!
Merci !
Imaginez les futurs abus ? avec un notaire et un médecin frauduleux dans sa poche car malheureusement avec de l’argent on peut acheter certaines personnes, Hop !! le pépé ou la mémé d’un EPHAD un peu fortuné disparaitra !! Des soins palliatifs rien d’autre , seul Dieu peut décider de la mort !! Le mariage pour tous, la PMA rembourséepar la sécu pour les femmes lesbiennes et bien continuons !! Le duo Hollande/ Macron quel beau résultat !! pour la civilisation humaine !!
non a l,indignite …non a la piqure finale et a toutes ses derives ..non aux idees des cerveaux malades
Chers amis de BdV, vous avez la chance de disposer d’un média qui vous permet de lutter contre l’interdiction du suicide assisté sans même vous donner la peine de répondre à ceux qui vous demandent au nom de quoi vous vous opposez à cette liberté individuelle qui ne nuit à personne. Bravo.
pour se suicider, il n’y a pas besoin de déléfuer voire imposer à un tiers de le faire pour vous
quand on a l’idée, on le fait
et si on n’a pas le courage, on ne le fait pas
l’euthanasie ne porte que sur la question du courage que chacun n’a pas
pour ceux qui, effectivement, n’ont plus le physique pour le décider et le faire, la question peut se poser mais c’est très restreint et on veut nous vendre une généralité pour quelques cas délicats et douloureux
c’est NON
À Brigantin et à Gillic
La liste de ceux qui n’ont pas lu la proposition de loi s’allonge avec vous.
Retenez votre plume :vous ètes hors sujet.
Voilà une manière de renflouer les caisses de retraite et de la sécurité sociale : se débarrasser des anciens ! Comment une société humaine, dite civilisée, peut-elle en arriver à de telles extrémités ?
Moi, je suis pour et le reste. Les soins palliatifs n’y règleront rien. Le problème principal est la perte d’autonomie. A partir du moment où on ne peut plus se torcher soi-même autant disparaitre…. sans pour cela être obligé de se foutre sous un train ou de se jeter du haut de la tour Montparnasse.
Quelle prose!…
On a tous eu des personnes souffrantes dans nos familles. Des proches que nous aimons. Ça nous fait mal de les voir souffrir. C’est dur à vivre. Abréger leurs vie c’est bien pour eux ou pour nous ? Respectons ces malades, ces vieillards, ces handicapés, adoucissons au maximum leurs souffrances. Développons les soins palliatifs, ils existent. Pourquoi cette Loi pour tuer ?
À Pierre C (son message de 6 heures 07).
Il serait bon de lire le texte et de ne pas se contenter de se référer à ce que disent les chaînes d’information toutes tendances confondues.
Un réflexe citoyen sur des sujets aussi graves nécessite une volonté de s’approprier la connaissance des projets de normes envisagés par le législateur, à demander des explications nécessaires sur l’application des politiques publiques et si nécessaire, à exiger un référendum.
C’est de cette manière que l’on est constructif et que l’on contribue au bien commun.
Nos états d’âme n’ont aucun intérêt.
A Limousin (message du 29 janvier de 8h01)
Sans doute êtes-vous juriste de formation, et lire sans s’y perdre les 19 articles de cette proposition de loi n’est pas à la portée du premier venu. Sinon, faire son droit ne servirait pas à grand-chose. Vos réponses mériteraient, je pense, que vous nous fassiez une brève recension des pièges, des contradictions peut-être, que comporte cette proposition de loi. Mes états d’âme me perdent, j’en ai bien conscience.
BV diabolise sans arrêt le droit de mourir dans la dignité, ce n’est qu’un dossier à charge, car BV n’est pas impartial et ne donne la parole qu’au camp du contre !! oser faire le parallèle avec la solution finale est indigne et une véraitable insulte ! honteux !! vous allez continuer dans l’escalade ??? Je serai assez curieux de voir le comportement de ces gens qui sont de fervents contre, le jour, ce que je ne souhaite à personne où ils seront vitimes d’une pathogie en phase terminale avec des souffrances 24h/24 inimaginables lorsque l’on est en forme correcte, quand même les « soins » pallliatifs sont inopérents et ça arrive plus souvent qu’on essaie de nous le faire croire ! ils seront sans doute tentés de demander que l’on abrège des souffrances aussi intolérables qu’inutiles ! stop c’est avant tout un choix personnel, je respecte celui des contres qu’ils fassent de même pour les pour !
À drop 50.
Non, BV ne diabolise pas mais il a lu la proposition de loi, ce que vous n’avez pas fait.
Retenez votre plume !
@ Limousin c’est là tout votre argumentation et je vous répondrai, vous n’avez jamais travaillé en milieu hospitalier , ni rencontrer des personnes en fin de vie n’ayant plus rien à espérer que des souffrances intenables dont je crains vous ne pouvez en rien l’ imaginer, il faut l’avoir vécu . Je vous invite donc à retremper votre plume dans l’encrier et réfléchir à vos écrits !
Que ceux qui n’ont jamais eu ce ce genre de tragédie chez eux, se taisent. Je parle en connaissance de cause…
Vont ils y arriver ?
Il y a un mot que je n’entends jamais pour accompagner les malades en fin de vie est le mot « Amour » !
La médecine a fait d’énormes progrès en matière d’anti-douleurs d’où l’importance du développement des centres de soins palliatifs
L’entourage des proches du malade a une importance capitale, il n’est donc pas question seulement de dignité mais aussi d’AMOUR . « Maman, reste encore avec nous » !
vous avez raison, mais si l’Amour ne considère pas la souffrance insupportable de la personne, cet Amour n’est plus que de l’égoïsme – Il me semble que chaque individu à le droit de décider pour lui même ( du moins tant qu’il est en capacité de le faire)le choix devrait être proposé et non imposé.
Certes, mais aussi maman « reste avec nous » malgré des douleurs insupportables qui ne laissent aucune trève de nuit comme de jour , ou quand l’amour devient une forme d’égoïsme !!