Sansal critiqué pour son départ de Gallimard : « J’ai besoin de me sentir épaulé »

Le départ de l’auteur franco-algérien vers une maison d'édition détenue par Bolloré suscite une vague de réactions.
Capture d'écran La Nouvelle Revue Politique
Capture d'écran La Nouvelle Revue Politique

C’est une nouvelle qui est arrivée dans le monde littéraire comme un boulet de canon. L’annonce surprise du départ de l’écrivain Boualem Sansal de sa maison d’édition historique Gallimard pour rejoindre Grasset, du groupe Hachette appartenant à Vincent Bolloré, est sur toutes les lèvres du monde éditorial. Depuis, les commentaires se multiplient et certains n’ont pas tardé à dénoncer l’« ingratitude » dont aurait fait preuve, par cette décision, l’auteur franco-algérien.

Un départ qui crée la surprise

Antoine Gallimard, le PDG de la vieille maison d’édition, a ainsi exprimé « sa tristesse et sa déception » face à cette nouvelle révélée, jeudi soir, par Le Monde, avant que l’annonce ne soit officialisée vendredi matin par Arnaud Lagardère.

Une déception qui semble partagée par plusieurs voix du secteur, si l’on en croit les témoignages anonymes recueillis par Le Parisien. « Coup de poignard », « honteux », « triste histoire », « choquant »... Les qualificatifs ne manquent pas à l’égard de celui qui s’apprête à publier un ouvrage consacré à son année de détention dans les geôles algériennes, après son arrestation en novembre 2024 par le régime d’Abdelmadjid Tebboune.

Sansal, entre ombre et lumière

Cette année de prison avait permis de mettre au clair les positions de chacun. D’un côté, ceux qui détournaient le regard alors qu’un ressortissant français était emprisonné pour avoir critiqué son pays d’origine. De l’autre, les proches et soutiens de l’écrivain qui s’étaient mobilisés pour défendre celui qui était devenu, au fil des mois, un symbole de la liberté d’expression.

Où se situait Gallimard, dans cette séquence ? La maison d’édition, prétendent nombre de commentateurs, avait pris part au soutien envers son auteur octogénaire, atteint d’un cancer, pendant sa détention dans le nord de l’Algérie.

Elle avait notamment organisé, arguent-ils, une soirée de soutien à l’Institut du monde arabe trois mois après son interpellation et participé à la recherche d’avocats pour assurer sa défense. Une Société de soutien international à Boualem Sansal avait également été créée, en parallèle - au détriment ? - du Comité de soutien présidé par Noëlle Lenoir. Autant d’éléments qui amènent aujourd’hui certains à s’interroger : pourquoi quitter, après vingt-sept ans, l’éditeur qui avait publié en 1999 le premier ouvrage de l’auteur ?

Chacun y va désormais de ses spéculations. Certains suggèrent qu’il aurait été la cible « naïve » d’un lobbying efficace de Grasset, dont l’influence au sein de l’Académie française est parfois soulignée, l’écrivain y ayant obtenu un siège en janvier dernier.

Un besoin d’aller de l’avant

Mais la réponse se trouve peut-être très simplement dans les mots de l’intéressé lui-même. Interrogé, vendredi 13 mars après-midi, par CNews, à l'occasion des 200 ans de Hachette, Boualem Sansal a expliqué vouloir ouvrir une nouvelle étape après l’épreuve qu’il vient de traverser.

« Je dois me libérer moi-même, je dois réapprendre la liberté dans un nouveau contexte, mais je dois aussi me battre », a déclaré l’auteur. Rappelant avoir été « agressé par un gouvernement, par un régime », il a affirmé vouloir désormais « demander des comptes » à l’Algérie, allant jusqu’à envisager un recours devant la Justice internationale. « J’irai jusqu’au bout, et j’ai besoin de me sentir épaulé parce que, jusque-là, j’avais l’impression que tout le monde me poussait à accepter la situation. Non, je ne l’accepte pas. »

« L’écrivain n’a trahi personne »

Faut-il voir dans ces propos une allusion à sa décision éditoriale ? Rien n’est explicitement dit, mais pour plusieurs de ceux qui l’ont accompagné pendant sa détention, « ce départ n’a rien d’un mystère ».

Dans une tribune publiée vendredi dans Rupture Mag, l’écrivain et essayiste Kamel Bencheikh, ami de Boualem Sansal et membre de son comité de soutien, regrette ainsi le « procès malvenu » intenté à l’auteur et qui passe à côté de la réalité qu’il affirme avoir vue de près. Il dénonce « une prudence extrême » et un « soutien discret, parfois à peine audible » de son ancien éditeur face à l’emprisonnement de l’écrivain.

Plusieurs épisodes ont en effet laissé des traces, et ses plus fidèles s'en souviennent encore. Lors du Salon du livre d’Alger de 2024, alors que Boualem Sansal se trouvait en détention, son éditeur déclarait publiquement regretter de ne pas être invité à l’événement, rappelle Kamel Bencheikh.

Autre moment de crispation : lorsque, en septembre, le groupe des Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, présidé par Jordan Bardella (RN), proposait la candidature de l’écrivain pour le prix Sakharov 2025, Gallimard avait alors fait savoir, en son nom, son opposition à une distinction portée par ce groupe politique. À sa sortie de prison, l’homme de lettres avait pourtant assuré n’avoir jamais refusé cette proposition, qui l’honorait comme défenseur de « la liberté de l’esprit ».

Pour faire taire les langues de bois, Kamel Bencheikh impose cette conclusion sans hargne mais qui remet les choses à leur juste place : « L’écrivain n’a trahi personne. Il a simplement tourné la page d’une relation qui, au moment le plus critique, n’a pas toujours été à la hauteur de l’épreuve. »

Vos commentaires

5 commentaires

  1. On est attristé d’apprendre que Gallimard n’a pas été à la hauteur : macronien, diplomate façon Barrot, défenseur des Français à la mode Nunez …. On est plus qu’ attristé par le refus de Gallimard de voir le Prix Sakharov attribué à Sansal. Pour un motif stupide venant de l’éditeur de Céline.

  2. Parmi ceux qui ont annoncé quitter la maison d’édition pour cause de reprise par M Bolloré, je n’en connais aucun. Il est vrai que j’ai fait l’acquisition des œuvres de Philippe, de Gilles-William, d’Eric et même de Nicolas. Après tout, je ne m’appelle pas Nicolas mais c’est moi qui paie.

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