Ryanair abandonne Clermont-Ferrand : les effets pervers de la taxation

Face à une fiscalité jugée astronomique, la société low cost supprime ses trois lignes de l’aéroport local.
CAPTAIN RAJU, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
CAPTAIN RAJU, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

La décision est tombée comme un symbole de plus du déclassement des villes moyennes. Dimanche 25 janvier, la direction de l’aéroport de Clermont-Ferrand a confirmé que la compagnie irlandaise Ryanair cessera l’ensemble de ses opérations sur la plate-forme à compter du 27 mars 2026, « malgré de bons taux de remplissage sur les lignes exploitées ». Trois liaisons disparaissent ainsi : Porto, Fès et Londres.

Le choc est considérable. Ryanair représentait près de 40 % du trafic de l’aéroport auvergnat. Son départ entraînera une baisse estimée à 25 % de la fréquentation, affaiblissant encore une infrastructure déjà fragile. Officiellement, la compagnie invoque la hausse continue des taxes sur le transport aérien, notamment suite à la loi votée en 2024. Une justification qui renvoie directement aux choix politiques nationaux.

Une fiscalité nationale aux effets locaux dévastateurs

Président (LR) du syndicat mixte de l’aéroport, Brice Hortefeux désigne sans détour la cause du problème. À France 3, il explique que « cette décision est la conséquence de l’avalanche d’impôts et de taxes de notre pays. La compagnie a quitté d’autres villes comme Brive ou Carcassonne, l’été dernier. » Et de préciser : « Ce retrait n’est pas lié à l’aéroport de Clermont-Ferrand. C’est lié à la politique nationale de la compagnie face à la taxation du transport aérien. »

Une analyse partagée jusque chez les représentants du personnel. Juste après cette annonce, Arnaud Boucheix, secrétaire général du syndicat d’entreprise et délégué CGT, rappelait que les lignes supprimées affichaient des taux de remplissage « exceptionnels, avoisinant les 95 % à 98 % », soulignant que la décision ne peut s’expliquer par une quelconque faiblesse de la demande.

Un avertissement ignoré

Lors des questions au gouvernement en juillet 2025, la députée Rassemblement national Anaïs Sabatini avait pourtant alerté sur les conséquences de la loi votée en 2024 renforçant la taxation du transport aérien. Elle dénonçait une politique qui « aggrave l’enclavement des territoires » et pénalise en priorité les zones éloignées des métropoles, sans bénéfice environnemental tangible.

Une étude du ministère des Transports dresse un constat sévère : la hausse de la taxe sur les billets d’avion (TSBA) s’est répercutée quasi intégralement sur le prix des billets, avec une hausse de 4,77 € par billet en Europe en classe économique et jusqu’à 120 € sur les vols long-courriers en classe affaires au printemps 2025. Dans le même temps, l’offre de sièges au départ de la France n’a progressé que de 1,5 %, contre 4,5 % dans le reste de l’Europe, plaçant désormais la France au 6e rang européen pour l’offre aérienne.

Une évolution directement liée à la fiscalité, selon la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), et qui frappe en priorité les plates-formes régionales dépendantes des compagnies low cost.

Clermont-Ferrand, victime d’un choix idéologique

Le cas clermontois est loin d’être isolé. Ces derniers mois, Ryanair a annoncé la suppression de 750.000 sièges et de 25 liaisons vers la France, mettant fin à ses opérations à Bergerac, Brive ou Strasbourg. À chaque fois, ce sont les aéroports régionaux qui paient l’addition, pendant que les grands hubs restent protégés.

Moins de vols, c’est moins de mobilité pour les habitants, moins de touristes, moins d’investissements. Dans des territoires où l’offre ferroviaire reste insuffisante, l’avion n’est pas un caprice mais une nécessité. La fiscalité aérienne actuelle accélère ainsi un phénomène bien connu : l’enclavement progressif de la France rurale et périurbaine.

Le paradoxe d’une écologie hors-sol

L’ironie est cruelle. L’aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne a été le premier, en France, à proposer des biocarburants durables pour l’aviation commerciale. Une démarche concrète, pragmatique, montrant qu’il est possible de concilier transition écologique et aménagement du territoire.

Mais cette écologie de terrain est aujourd’hui écrasée par une idéologie fiscale abstraite qui préfère taxer indistinctement plutôt qu’encourager l’innovation. Le résultat est limpide : les avions quittent les régions, sans que les émissions mondiales ne diminuent, pendant que les habitants paient l’addition.

Un optimisme contraint

Malgré tout, Brice Hortefeux se dit « volontairement optimiste », assurant que « des discussions sont engagées avec de nouveaux partenaires ». Il en appelle même aux habitants : « Que tous ceux qui s’inquiètent pour l’aéroport n’hésitent pas à prendre l’avion. Cela aidera l’aéroport. »

Mais derrière cet appel, le constat demeure. À force de confondre écologie et punition, l’État organise méthodiquement l’isolement des territoires. À Clermont-Ferrand, les avions étaient pleins. C’est l’idéologie qui a vidé le tarmac.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Clermont-Ferrand mairie socialiste . Ils ont localement le résultat de la politique de taxation qu’ils soutiennent depuis 1981.

  2. Nous sommes dirigés par des politiques incompétents qui n’ont qu’un mot à la bouche : IMPOTS !!!
    Tant que l’on continuera d’élire des gens qui ne font aucunes économies et qui continuent de dépenser sans compter l’argent que nous n’avons pas nous coulerons notre pays !!!
    Français : VOTEZ MIEUX !!!

  3. C’est marrant tout ces articles sur des sujets isolés, où les journalistes imaginent qu’il n’y a aucun plan d’ensemble et que les conséquences des décisions prises ne sont pas anticipées.
    Eoliennes, véhicules électriques, ZFE, taxes carbones, DPE, pass sanitaire, identité numérique, immigration incontrôlée, endettement massif, etc, etc. Tout ça est planifié et voulu. Mister « fort chourre » ne rate rien, ne commet pas d’erreur, bien au contraire il déploie de manière quasi parfaite la feuille de route que ses commanditaires lui on fixé. Le contrôle total de la population, puis la disparition de la France et de ses peuples.

    • C’est lui donner un peu trop du Machiavel, je crois plutôt que la responsabilité revient à tous les rampants qui le soutiennent et dernièrement deux en particulier, Wauquiez et Faure.

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