Razzia de joggings et de baskets : les « jeunes » dévalisent leurs marques favorites

Sweats à capuche, sneakers, sucreries et lunettes de soleil : dis-moi ce que tu voles, je te dirais qui tu es.
Le Foot Locker des Champs-Elysées après le pillage. Photo by Jerome Gilles / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Le Foot Locker des Champs-Elysées après le pillage. Photo by Jerome Gilles / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Il n’y a pas si longtemps, la soirée qui suivait un match s’appelait « troisième mi-temps ». L’après-match PSG-Inter Milan confirme que, lors des grandes réunions, ce temps supposé festif devient inéluctablement synonyme d’émeutes et de razzias. Vitrines brisées, étals dévalisés… Les magasins mis à sac ce week-end en témoignent.

Commençons par Paris, côté Champs-Élysées et alentour. La vitrine de chez Chanel a été brisée mais la police et les vigiles ont réussi à contenir les pillards. D’autres marques n’ont pas eu cette chance. Dans la nuit de samedi à dimanche, le Foot Locker des Champs a connu une activité digne de la période des soldes. L’eurodéputé RN Matthieu Valet a publié la vidéo d’un pilleur qui s’est filmé à l’intérieur du magasin, visage masqué, les bras chargés de sneakers : « Prenez tout, les gars, prenez tout ! » Un magasin Maisons du Monde a été également pillé, ainsi qu’un salon de coiffure Lucie Saint-Clair. On touche du doigt le choc des cultures entre Mme Saint-Clair, « grande dame de la coiffure française », et les « barbares » dénoncés par Bruno Retailleau.

 

 

Moins chics mais pratiques, deux Franprix ont été razziés. L’un près des Champs dans la nuit, l’autre du côté de l’Alma, quelques heures après. Là, une première attaque contre la supérette a suscité l’arrivée des forces de l’ordre, témoigne notre reporter Jean Bexon. Mais les forces de l’ordre parties — car il y a avait fort à faire, un peu partout, et les policiers ne pouvaient rester à faire le pied de grue —, une nouvelle vague de « jeunes » est revenue s’en prendre au magasin. D’où nouvelle intervention de la police, ce qui a provoqué une belle cohue, à l’effarement des touristes présents dans le quartier. Devant la supérette, quelques emballages vides témoignent que les « jeunes » sont passés refaire le stock en sucres rapides avant de poursuivre leurs razzias.

Et dans le reste de la France ? À Creil, une boutique d’optique a été pillée. À Angers, une boutique Lacoste vidée de ses articles. Lunettes de soleil de marque, polos estampillée du crocodile : la fête des pères est dans quinze jours. À Lorient, c’est le Foot Locker qui a subi la razzia, comme son confrère de Nantes. À Orléans, le JD Sports a eu le même destin. À Lyon, les pilleurs s’en sont pris à JD Sports et Zara, sans résultat autre que de la casse. Dans cette énumération qui ne prétend pas être exclusive, un fait frappant : le streetwear attire les pilleurs comme le melon la guêpe. Sneakers de marque, joggings de marque, casquettes de marque, maillots de foot floqués… En dressant la liste des produits volés, on dresse le portrait-robot des pilleurs tel qu’on les voit à l’œuvre sur les vidéos.

Des marques qui cherchent les problèmes ?

Sans vouloir dire que « c’est bien fait » pour elles, des marques comme JD Sports et Foot Locker ont bâti leur image en draguant les jeunes de banlieue. « Clan de Banlieue : Quand le quartier influence », se réjouissait JD Sports, en 2020. Vantant joggings et sweats à capuche, invoquant le contestable rappeur Médine, la marque anglaise disait s’appuyer sur « un état d’esprit et des valeurs » propres aux «  banlieues ». Idem du côté de Foot Locker, marque américaine, de magasins vendeurs eux aussi de la marque Clan de Banlieue, de la sape liée au hip-hop et promoteurs d’une paire de Nike dédiée… à la ville de Saint-Denis, « épicentre culturel de Paris ». Leçon à tirer : on a la clientèle et les pilleurs qu’on mérite - et ce sont parfois les mêmes.

Si on se reporte aux nombreux pillages qui ont lieu lors des émeutes Nahel (juin-juillet 2023), Foot Locker avait payé le prix fort : les magasins de Saint-Nazaire, Sevran et Grenoble avaient été vidés. De même, les magasins Lacoste de Strasbourg, Lyon et Rouen. Mais Lacoste n’a jamais joué la carte banlieue, essayant au contraire, tant bien que mal, de restaurer l’image de la marque impactée par cette ghettoïsation.

Contactée par BV, l'enseigne Maisons du Monde est brève. « Nous ne souhaitons pas commenter les incidents suite au match. Le magasin est à nouveau ouvert et parfaitement opérationnel. » Également contactée, Foot Locker n’a pas donné suite. Voilà comment on met la poussière et le verre brisé sous le tapis du politiquement correct. Il ne s’agirait pas de stigmatiser les clients. Le pillage de ces magasins passe par pertes et profits des compagnies d'assurance : l’investissement dans un public communautaire demeure rentable.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

36 commentaires

  1. C’est connu les tenues des racailles dévalisés sont les survêtements, les casquettes, les tennis, les capuches….sans citer les marques !

  2. Quelle est belle la France macronienne. Ils n’osent pas le dire mais c’est au bord de leurs lèvres. En 2017, on leur a livré la France dans cet état. Mais bien sûr…. A propos, quelle est leur mission à la tête de l’Etat ? On se le demande. Tout part en vrilles. Macron se réjouit, heureux. Il ne fait rien, ne voit rien, ne sent rien mais il boit, trinque à sa réussite. Bon, voilà que j’emprunte la forme LFI, les contre-vérités. Toutes les cases de Macron sont-elles bien en place ? N’y aurait-il pas quelques désordres dans ce rangement ? L’abus de « en même temps » ne provoque-il pas des tempêtes dans le bocal ? Ce qui expliquerait ces tasses bues à la suite des unes des autres. On plonge mais il ne voit rien, ne bouge surtout pas. Heu…reux.

  3. L’article nous apprend donc qu’il y a des « valeurs » propres aux banlieues et que Saint Denis est l’épicentre culturel de Paris. Des siècles d’évolution depuis la Préhistoire pour en arriver là. Champion, mon frère.

  4. Il faut faire évoluer la doctrine du maintien de l’ordre. Face à cette guérilla urbaine et aux émeutes, 5 ou 6000 policiers et gendarmes ne seront jamais suffisants. Il faut compléter avec des rouleaux de concertina (= barbelés) mis en place en amont devant les sites à protéger et utiliser les moyens qui ont démontré leur efficacité et que je n’ai pas vus : voltigeurs motocyclistes (BRAVM) et blindés (BRI et gendarmerie). Et bien sûr des décisions de justice à la hauteur…

  5. Dès que l’on voit une capuche, des bas de jogging serrés façon collants de filles et tennis, c’est bon…on sait à qui on a à faire !

  6. Sachant ce qui les attendait, je ne comprends pas que les commerçants n’aient pas défait leurs vitrines et stocké leur articles (chaussures ou autres) dans les réserves pour faire que leurs vitrines soient moins attractives… à moins que les assurances les couvrent correctement, en augmentant en cela les primes pour tout le monde…ou en y mettant les invendus passés de mode, et remboursables sur la base des nouvelles collections. Bien sûr, cela ne retire en rien la condamnation totale de ces actes, et le manque de réaction de la justice et du gouvernement, qui s’aplatit une fois de plus, laissant les français devant le dilemme de l’auto-défense avec les dérapages que cela implique.

  7. Tant que les français ne verrons pas ce qu’ils voient , n’entendrons pas ce qu’ils entendent , n’appellerons pas un chat un chat , le changement sera impossible , ce n’est peut être encore pas suffisant .

  8. Tout ce chaos en France est programmé dans un but bien précis par… Ne vous trompez pas sur l’organisateur de cette tragédie mortifère. Avec une petite dose de nouveau Covid (qui arrive), un doigt de drogue et de violence, une touche d’OMS etc… et voici le cocktail parfait pour à nouveau…nous confiner, nous museler et nous soumettre à une dictature bien huilée, organisée. On prépare le troupeau à se rendre à l’abattoir…La saison 1 du Covid n’était qu’un galop d’essai pour tester notre soumission! À moins que…

  9. Des richesses pour la France qu’on nous rabâche je ne sais pas si les commerçants vont être de cet avis ?
    Les assurances vont finir par ne plus assurer ou les franchises et cotisations augmenter, nous aussi d’ailleurs on va encore payer pour « ça » ! Que ce soit à Paris ou dans d’autres villes je suppose que Quick , tout commerce communautaire et bien sur la CAF n’auront pas été impactés, mauvaise langue moi , non je ne fais que supposer

  10. « jeunes » ,peut-être mais la presse devrait se décider à ajouter systématiquement « voyous « 

    • Je trouve ce terme fourre tout de « jeune » insultant pour les vrais jeunes qui eux ne posent pas problème, font des études, du sport… tout ça pour ne pas dire les mots qui fâchent

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