[RAISON GARDER] Le doudou européen

Se croire en sécurité grâce à une Union européenne « rassurante », c'est s'exposer à être mangé tout cru.
Capture d'écran Présidence de la République française
Capture d'écran Présidence de la République française

Le monde des empires, des affrontements, des guerres (commerciales ou militaires), des dangers, des invasions (au moins migratoires) est en train de se réveiller sous nos yeux.

Le monde, tel qu'il est

C’est un monde dangereux, incertain, mouvant, complexe, effrayant. C’est aussi un monde où les atouts que l’on possède et que l’on est capable de mettre en œuvre peuvent, comme on dit, « rapporter gros ». Il suffit de considérer ce qu’a été le destin de l’Arabie saoudite, autrefois patrie de chameliers faméliques, aujourd’hui pays majeur de la scène du monde par la conjonction d’une réserve immense de pétrole (atout) et d’une alliance intelligente et durable avec les États-Unis (mise en œuvre).

Ce monde, même si l’on regrette son orientation, on ne peut s’en extraire, on ne peut faire comme s’il n’existait pas. Car, autrement, on se condamne à devenir une proie, un vassal, un subordonné.

Il existe trois grands empires bien identifiés : les États-Unis, la Chine et la Russie. Il existe des pays et des continents qui vont compter, dans les années à venir, comme l’Inde, par exemple, ou l’Afrique (au moins par sa démographie, donc par sa pression migratoire). Il existe, enfin, des pays qui, pour des raisons diverses, possèdent une certaine capacité d’intervenir sur la scène du monde : l’Arabie saoudite en est un bon exemple.

Dans ce monde, il faudrait être courageux, combatif, travailleur, innovant, disruptif, etc.

L'Union européenne, telle qu'elle est

Or, au milieu de ce monde qui change, il y a l’Union européenne et, derrière elle, les divers pays qui la composent. Une Union européenne qui, sur le papier, de par sa population, son économie, sa culture et son histoire, ses capacités militaires, sa diplomatie, devrait être un grand empire, peut-être le plus grand de tous. Mais une Union européenne qui, en fait, de par sa démographie en berne, son économie atone, sa culture et son histoire mises au rancart, ses capacités militaires amenuisées chaque jour, sa diplomatie fluctuante, se réduit presque à n’être qu’un nain au milieu des géants.

Une chronique dans Le Nouvel Obs du 15 avril 2025 nous donne peut-être le secret de cet échec. Le journaliste explique que l’Union européenne est une bonne chose, parce qu’elle est « rassurante », « protectrice », « ultime refuge de l’État de droit, du respect des normes internationales, de la décence ». Pourtant, nous dit le même article, nous vivons désormais dans « un monde gagné par les prédateurs », qui connaît « le retour aux rapports de force des temps impériaux », le retour à la « brutalité ».

Le côté « rassurant » va-t-il nous protéger effectivement des dangers du monde qui émerge ? On peut se le demander. Dans un article de L’Express du 29 janvier 2025, la journaliste nous dit que les patrons des grands empires (nommément Trump, Poutine et Xi Jinping) seraient des « carnivores qui usent de leurs gros muscles et de leurs mâchoires ». Et que nous, les Européens, serions de gentils « herbivores ». J’avoue que m’imaginer comme un herbivore, un genre de gnou ou de gazelle, au milieu d’une armée de lions, de tigres ou de léopards, n’a rien pour me réconforter : je préférerais que les dirigeants de l’Union européenne soient eux aussi des « carnivores qui usent de leurs gros muscles et de leurs mâchoires ».

Une histoire de missionnaire dans la brousse...

En lisant ces textes, qui synthétisent assez bien l’état d’esprit de notre continent, l’orientation des institutions de l’Union européenne, vient à notre mémoire une bonne blague de notre jeunesse, sur la volonté de se rassurer à tout prix.

C’est donc l’histoire d’un missionnaire dans la brousse qui tombe nez à nez avec un lion affamé et bien décidé à le dévorer tout cru. Le missionnaire voit clairement qu’il ne pourra échapper à la mort, puisqu’il n’a aucune arme, et il comprend qu’il ne lui reste plus que la prière. Mais il a, soudain, une illumination, et telle est la prière qu’il a l’idée d’adresser au Ciel : « Seigneur, inspirez à ce lion des sentiments chrétiens. » Or, voici que, grâce à cette prière, le lion s’arrête effectivement d’avancer de façon effrayante, se met sur ses deux pattes arrière, fait un signe de croix avec sa patte avant, et prononce pieusement le Bénédicité : « Bénissez, Seigneur, cette nourriture que nous allons prendre. »

Dans un monde dangereux, incertain, mouvant, complexe, effrayant, se croire en sécurité grâce à une Union européenne « rassurante » et « herbivore », c’est à peu près aussi efficace que de compter sur les sentiments chrétiens d’un lion. C’est s’exposer sans aucun doute à être mangé tout cru par l’un ou l’autre des grands prédateurs du monde, voire par plusieurs en même temps, comme nous le rappelle l’Histoire, avec le dépeçage de l’Empire ottoman par les puissances européennes au XIXe siècle et après 1918, ou le partage de la Pologne en 1939 à la suite du pacte germano-soviétique.

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Alexandre Dumaine
Journaliste, écrivain

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Si l’on pourrait considérer comme prédateurs les USA, la Russie ou la Chine il en existe un autre déjà chez nous , insidieux, mais en plein développement: l’ISLAM conquérant bien implanté sans qu’aucun politique n’y prenne garde sauf à ne voir qu’un problèmze d’islamisme alors que c’est l’Islam dans son ensemble qui est à craindre. La nature a horreur du vide, nous abandonnons la foi Chrétienne, l’islam prend la place laissée vacante et dés qu’à un endroit il devient majoritaire c’est la loi de la charia qui s’applique et ce que vous appelez islamisme s’impose. Danger!

  2. Je doute fort que les lions et autres prédateurs subitement saisis par un sentiment très chrétien, épargnent un peuple d’herbivores englués dans une submersion migratoire, et pleins de bons sentiments. Ou comment réduire à néant, avec son consentement, tout un continent

  3. J’ai adoré l’anecdote : de beaux jours en perspective pour les repas « bénis » de nos prédateurs !!!!

  4.  » l’Union européenne est une bonne chose, parce qu’elle est « rassurante », « protectrice », « ultime refuge de l’État de droit, du respect des normes internationales, de la décence ». Ce fut le trait de génie du communisme au siècle dernier, qui lui a permis de tenir fermement la moitié de l’Europe, la Chine et autres, grâce à sa « protection ». Ce fut également la cause principale de sa perte : On ne peut vivre indéfiniment dans l’idéologie.

  5. Déjà je ne supporte pas cette femme
    L’UE dicte nos lois notre façon de vivre, de consommer, nous ordonne de nous faire injecter une substance dont on connait les effets, un mensonge total, il n’empêche en aucun cas la transmission et les cas graves
    Nous avons servi de cobayes et c’est pas fini ils nous préparent un coup pour l’automne avec la double injection grippe et covid , elle a touché des gros labos pour ça ….

  6. L’Allemagne nous « autorise » à nous endetter encore et encore. Jusqu’à ce que nous soyons tellement chargés par la dette, qu’elle nous lâchera alors, pour nous regarder sombrer définitivement. Bonne stratégie !

    • Quand on voit qu’on DONNE l’électricité aux allemands et qu’on la rachète x fois plus cher et que nous payons donc avec les taxes imposées par l’UE et qui privilégie l’Allemagne puisqu’elle l’est, UVDL !!! CQFD
      Nous nous sommes bien faits avoir

      • Depuis longtemps, mais tout le monde fait l’autruche, la tête dans le sable…et fait semblant de ne rien voir…Les autruches se sont transformées en dindons de la farce.

  7. Suffit-il d’être « gentil » pour être protégé contre les « méchants » ? Moralement…peut-être ! Quant aux herbivores, chacun sait que notre pays compte beaucoup de consommateurs de cannabis…

  8. Tout ce que l’UE protège, c’est l’Etat de Droit de gauche. Les auto-proclamés progressistes maastrichiens nous mènent à l’abattoir.

  9. Naguère, la parole « engageait » ( elle ne changeait pas selon… ou « avec le « en même-temps » etc ). Là, nous avons des pays effectivement disparates ( l’industrie allemande est double de la française me semble t-il, et leur autos attendent l’export… ). Pour ceux qui ont la mémoire longue, le Mercosur ne devait pas avoir lieu ( de mémoire, je pense ne pas me tromper ). La dame ci-dessus est allée le discuter discrètemant. Idem pour le reste. Pour donner le change, il est donc de bon ton ( pour les politiciens qui gouvernent actuellement ) de faire semblant de s’indigner. Qui y croit ? Le mal est fait !

  10. Respecter le droit infranational, c’est très; bien mais quand la majorité du monde s’en moque, c’est idiot. Respecter le droit européen, c’est bien, mais quand c’est les européens qui trinquent, c’est idiot. Respecter le doit d’asile et accueillir les opprimés, c’est bien, mais quand c’est les Français qui en souffrent, c’est idiot.
    ON serait donc 3 fois idiots dans notre pays.

  11. Comparer des grandes nations avec un assemblage disparate de pays avec des langues et intérêts divergents, déjà une analyse bancale.

  12. Globalement d’accord avec ce billet, avec deux observations et une question. S’agissant des empires, vous oubliez la volonté du nouveau Sultan de reconstituer l’Empire Ottoman, et qui pèse tellement lourd au Levant et ailleurs. Par ailleurs, vous pouvez remplacer l’Arabie Saoudite dans le texte par Israël, le pétrole en moins, autrefois pays de baudets faméliques, aujourd’hui pays majeur de la scène du monde, à bien des égards, et mettre en parallèle les territoires palestiniens qui n’ont pas su, et non pu, évoluer, et vous avez là une des clefs, sinon la clef, de compréhension du conflit qui dure depuis 1948. Quant à l’Union Européenne, au delà de la blague et au regard de sa faillite, quid de la suite ? Quel avenir ? Quelles propositions ? To be or not to be ?

  13. « L’Union Européenne » est née dans le Bureau Ovale pour être asservie aux Américains. Trump est un bon petit soldat qui fait bien le job. ( Récent contrat signé pour des milliards de dollars d’énergie achetés par l’UE aux USA. ) Que reste-t-il de souveraineté et d’indépendance à cette UE affaiblie, dirigée par des eurocrates sans foi ni loi ?

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