Quand l’Arcom et l’Éducation nationale s’inquiètent de… « la formation des opinions » !

Incroyable aveu, au détour d'un communiqué, dans une démocratie où les opinions sont censées être libres...
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. Capture d'écran Sénat direct.
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. Capture d'écran Sénat direct.

Un an avant l'élection présidentielle, ça grenouille pas mal, autour de la liberté d’expression, notamment à l’Arcom, l'organisme chargé de la faire respecter... Le gendarme des médias, désormais présidé par Martin Ajdari, nommé par le Président Macron en février 2025, vient de nouer un accord avec le ministère de l’Éducation nationale. Réjouissons-nous ! La France profite désormais d’une « coopération entre l’école et le régulateur dans le domaine de l’éducation aux médias et à l’information, et de la citoyenneté numérique ». Car « l’École a un rôle central à jouer pour former des citoyens éclairés, capables de comprendre, d’analyser et de questionner l’information », écrivent, dans un bel ensemble, le ministère de l’Éducation nationale et l’Arcom. Une mission de plus pour nos profs ! L'Arcom et le ministère souhaitent « renforcer l’éducation à l’esprit critique et à la citoyenneté numérique, en particulier face aux phénomènes de désinformation, de manipulation de l’information et de haine en ligne »… Très aimable. Tout dépend de ce que l’on place derrière ces mots.

Concours « pour l’égalité filles-garçons »

On saisit mieux si l’on se penche sur les partenaires de l’Arcom et du ministère dans cette tâche ultra-sensible. Ils s’appuieront notamment sur les concours de Zéro Cliché, une émanations du CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), dont la direction est confiée, depuis 2017, à un ancien conseiller de Najat Vallaud-Belkacem… Un « machin » coûteux, neutre évidemment, comme la France sait en produire par milliers, qui pompe a minima 600.000 euros par an sur le budget de l’Éducation nationale pour mener des actions vraiment indispensables à la performance scolaire des élèves dans un pays qui décroche. Qu’on en juge : Zéro Cliché organise ainsi un concours « pour l’égalité filles-garçons ». « De la maternelle au lycée, le concours permet de concevoir avec [les] élèves des productions médiatiques (articles, blogs, etc.) pour analyser les stéréotypes de genre dans la vie quotidienne », explique le CLEMI, activement soutenu par France Télévisions. Une vraie famille.

L’Arcom met donc charitablement au service des profs des fiches techniques fouillées pour aborder « la représentation de la société française et la lutte contre les discriminations » ou apprendre « comment construire un journal télévisé inclusif à partir du baromètre de la diversité produit chaque année par l'Arcom ». Pas sûr que cela aide les élèves à réussir Polytechnique, mais cela occupe les fonctionnaires... Les petits Français peinent à lire et compter, mais ils détecteront une discrimination de très, très loin.

Dans le communiqué officiel, le ministre Édouard Geffray (en photo) explique sa démarche par la nécessité, « face à la montée de la désinformation et à l’influence croissante des réseaux sociaux dans la formation des opinions », de « donner à chaque élève les clés pour comprendre, vérifier et exercer son esprit critique ». On relèvera l’enjeu, en forme d’incroyable aveu, de la « formation des opinions ». Que viennent faire l’Arcom et l’Éducation nationale dans la « formation des opinions », dans une démocratie où les opinions sont censées être libres ? Désormais, deux entités étatiques se préoccupent donc de lutter contre « l'influence croissante des réseaux sociaux dans la formation des opinions ». C’est nouveau. On serait surpris que l'État lutte contre l'influence de la télévision, de la radio ou de la presse dans la formation des opinions. Au contraire, la presse d'opinion est subventionnée pour cela, pour son rôle dans la formation des opinions.

Une obsession d'Emmanuel Macron

Et l’Arcom ne compte pas s’arrêter là : l’instance organisait, ce 24 mars, une table ronde sur les « manipulations de l’information ». Une obsession d’Emmanuel Macron, mais c'est un hasard, bien sûr. « Nous cherchons à identifier ce qui caractérise la manipulation, intentionnelle et artificielle, de l'information et la perturbation du débat démocratique qui en découle », explique Martin Ajdari.

Une pente dangereuse. Voilà trois ans pile, le 23 février 2023, l’ancien président de l’Arcom Roch-Olivier Maistre avait, face aux étudiants de Sciences Po Paris, tiré la sonnette d’alarme : « La liberté d’expression, c’est ce qui heurte, ce qui choque. Si la liberté d’expression, c’est d’être uniquement dans le politiquement correct et de déverser tous le même robinet d’eau tiède, ça ne va pas. » Une master class venue de l'Arcom qui devrait être lue avant chaque séance de travail du gendarme des médias et du ministère. Cela leur éviterait de jouer avec le feu.

Picture of Marc Baudriller
Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

15 commentaires

  1. Il me semble bien que dans l’esprit des pères fondateurs de l’école républicaine, l’ambition est déjà de former par l’instruction des citoyens capables d’une autonomie de pensée. La différence qu’il faut bien percevoir par rapport aux orientations actuelles, c’est que ces dernières relèvent plus du conditionnement que de la structuration d’une pensée sur la base d’outils cognitifs permettant d’affiner une observation, une analyse, une synthèse, des hypothèses, une projection …

  2. La formation de l’opinion voici encore une absurdité puisque ça fait 50 années que l’éducation Nationale officie depuis plusieurs générations et nous en voyons le résultat aujourd’hui les valeurs Républicaines de tolérance envers les vaincus ne sont pas respectées après 3 jours des résultats municipaux!!!

  3. Il est évident que tout prof doit apprendre aux élèves à construire sa propre opinion en lui donnant les outils pour y parvenir. Par exemple, en observant à chaque texte, qui parle, comment c’est dit, pour quelle raison… mais ce n’est certainement pas en démultipliant des organismes coûteux et leurs fameux outils pédagogiques que l’on parvient à former un citoyen libre. C’est quoi un « journal télévisé inclusif »? pourquoi ne pas parler simplement d’objectivité?

  4. Quand nos chères petites têtes blondes (ou pas) trouveront-elles le temps d’apprendre à lire, écrire, compter, maîtriser l’orthographe et la grammaire ?
    Entre l’éducation sexuelle, le concours Zéro Cliché et la formation des opinions, le temps sera limité.
    Former des crétins, est-ce le projet pour la Nouvelle France ?

  5. L’Arcom est la branche politique de la pensée socialiste, qui bien que minoritaire, règne sur l’Etat et l’administration, de manière aussi exhaustive qu’insupportable.
    Comme ce « machin soviétisant » peut il encore exister au pays de la liberté?

    • Vous avez parfaitement raison et c’est pour cette raison que je ne crois plus au LR, Reconquête, Horizon, etc. Quand ils furent au pouvoir, ils avaient le devoir de détruire ce machin et qu’ont-ils fait ? : renforcé cette doctrine en la déléguant à la gauche Lamentable !

      • Je ne crois pas que Reconquête ait jamais été au pouvoir…Donc à voir!

      • N’oubliez pas de rn qui a 140 deputes…qui votent souvent avec les lr er le centre des  » lois progressistes. »(;darmanin,avortement.).par contre j’ai plutôt entendu Mme knafo lutter contre les interventions de « genre » a l’école,et se prononcer pour la suppression de l’arcom et de l’audiovisuel public..

  6. Mais pourquoi les médias traditionnels ne pourraient-ils pas se remettre en question ? Personne n’a jamais dit que les réseaux sociaux détenaient la vérité car chacun sait qu’on y trouve aussi tout et n’importe quoi, simplement ces vieilles rédactions ne veulent pas comprendre que leur métier à évolué et que les supports d’informations ne sont plus les mêmes.

Laisser un commentaire

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Maires sortants exfiltrés : il s’agit là des prémices d’une guerre civile

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois