[POINT DE VUE] Trump en Iran : l’interminable guerre éclair
On nous avait promis l’apocalypse dans la nuit de lundi à mardi. Donald Trump a finalement décidé, dans un appréciable geste commercial, de donner cinq jours de plus à l’Iran. Les cinq jours fantastiques, en quelque sorte, si on veut. TACO : « Trump Always Chickens Out », disent les détracteurs de l’aile dure du camp républicain (« Trump se dégonfle toujours »). Cette fois encore, après des rodomontades volontairement exagérées, le président américain s’est calmé. Espère-t-il que cela le sortira d’un enlisement du conflit qui semble à peu près inéluctable ?
À la remorque d'Israël ?
La guerre contre l’Iran devait être un triomphe éclair, appuyé sur des faits solides, un engagement décidé par les Américains, avec l’appui ponctuel d’Israël. Il devait s’agir d’une intervention ponctuelle et brutale avec, à la clef, une victoire incontestable contre le régime des mollahs. Ça, c’était le discours. Il s’est, en définitive, passé exactement l’inverse. Tulsi Gabbard, responsable du renseignement américain, a déclaré, voici quelques jours, que la menace nucléaire iranienne ne justifiait pas à elle seule l’attaque contre le régime de Téhéran. Peu de temps auparavant, c’était le coordonnateur de la lutte antiterroriste, Joe Kent, ancien des forces spéciales et de la CIA, qui démissionnait, dans un communiqué fracassant, en déclarant que les États-Unis s’étaient engagés dans ce conflit sans raison ni preuves, à la remorque d’Israël et par la faute de son puissant lobby américain. L’engagement des Américains, qu’ils en soient à l’initiative ou qu’ils aient suivi Israël, s’enlise faute de résultats tangibles. L’État hébreu, lui, est déjà passé à autre chose, en concentrant ses efforts sur le Liban. Et d’un point de vue extérieur, l’Iran risque de devenir, pour les États-Unis, ce que l’Ukraine a été pour la Russie : une offensive éclair qui se transforme en interminable débandade.
Sans objectifs précis, sans buts de guerre, sans alliés, sans résultats concrets, la campagne militaire de Trump est en train de s’enliser, peut-être pour longtemps. Dans l’espoir de tromper son monde, Donald Trump, pourtant habituellement performant en termes de négociation - n’en déplaise aux commentateurs français -, en est aujourd’hui réduit à raconter un petit peu n’importe quoi. Il a identifié comme interlocuteur privilégié Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, alors que celui-ci est tout sauf un modéré, tout sauf quelqu’un qui semble disposé à discuter avec Trump. Il a déclaré que la suspension de la coupure de courant généralisée en Iran était motivée par la reprise des négociations. Il n’en est plus à cela près.
Une coalition très éphémère
L’attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël est assez nouvelle, dans son genre. D’abord, c’est une coalition très éphémère, dans laquelle un seul des deux membres (Israël) a les idées claires sur ce qu’il veut faire. Ensuite, c’est une guerre sans troupes au sol, par missiles interposés. Et puis, surtout, c’est une voie sans issue, qui ne dure que parce que les deux camps ont des missiles. Quand l’Iran arrivera au bout de ses capacités militaires, il visera – c’est l’une de ses menaces les plus inquiétantes – les usines de désalinisation des monarchies du Golfe. Et ce sera le chaos, pour longtemps, dans le détroit d’Ormuz.
Pendant ce temps, les Français paient leur essence une fortune, se fichent pas mal de ce conflit auquel on voudrait leur faire prendre part, du moins en pensée… et constatent, chaque jour, l’assourdissant silence de la France, jadis l’une des meilleures amies du monde arabe, aujourd’hui méprisée et inaudible.
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2 commentaires
Il y a un paradoxe : il semble que les Américains aient sous-estimé les capacités militaires Iraniennes bien que bénéficiant des renseignements du mossad, le meilleur du monde dans ce domaine.
D’un coté les français pleurent parce que l’essence a pris 20 centimes et de l’autre, ils sont indifférents (quand ils ne soutiennent pas) quand l’occident qui bombarde comme un sourd le pays qui n’ont pas envie de lui obéir. Cela montre bien ce que nous sommes devenus : des gagne petits qui ne comprenne pas que le monde puisse changer sans nous demander notre avis.