[POINT DE VUE] Loana Petrucciani, icône et victime de la télé poubelle

Loana est demeurée à jamais prisonnière de son propre cliché.
(Photo by FRANCOIS GUILLOT / AFP)
(Photo by FRANCOIS GUILLOT / AFP)

On a découvert, voici quelques heures, dans son appartement niçois, le corps sans vie de Loana, 48 ans. On ignore encore les causes exactes de sa mort, mais ce qui est certain, c’est que la vie de l’ancienne starlette de télé-réalité ressemblait à s’y méprendre, depuis plusieurs années, à un suicide qui n’en finissait pas.

Au début des années 2000, Loana fit partie de la première saison de Loft Story, qui fut à l’origine de sa gloire comme de sa descente aux enfers. Il fallait à M6, qui adaptait alors pour la France le concept de l’émission britannique Big Brother, des profils caricaturaux et télégéniques. La gogo-danseuse de la Côte d’Azur, qui avait alors 23 ans, cochait toutes les cases. Blonde aux yeux bleus, bronzée, une plastique « à damner un ayatollah » (comme aurait dit feu Gérard de Villiers), vêtue, selon la mode des années 90 finissantes, de hauts très courts et de pantalons très serrés, la jeune fille avait, à l’évidence, été choisie pour des qualités qui n’avaient rien à voir avec sa culture générale. Elle était pourtant loin d’être bête : on apprendra même par la suite qu’elle avait un quotient intellectuel largement au-dessus de la moyenne. Mais que voulez-vous, le peuple de France, qui découvrait alors les joies de l’obscénité télévisuelle, voulait une bimbo, alors on la lui donna. On la lui livra même en pâture : Loana, jeune fille issue d’un foyer défaillant, abandonnée et sans ressources depuis ses dix-sept ans, avait son corps pour tout bagage. C’est donc de celui-ci qu’elle se servit, sous l’œil des caméras, lors d’une scène mémorable dans la piscine du loft, en compagnie d’un autre candidat. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle demeure à jamais prisonnière de son propre cliché.

De la gloire à l'enfer

Malgré sa victoire à la fin de cette saison télévisuelle, malgré le succès de ses premières chansons, elle ne fut pas aussi bien entourée ni bien accompagnée qu’une Nabilla Vergara, aujourd’hui multimillionnaire et à l’aise dans ses Louboutin, qui fit carrière grâce à la même plastique et qu’on soupçonna de la même bêtise. Loana gagna une maison à Saint-Tropez, fut reconnue dans toutes les rues du pays, passa de la misère sociale à la célébrité nationale et ne sut pas quoi faire de son nouveau statut. Drogues, médicaments, relations amoureuses violentes, prise de poids invraisemblable (conséquence d’un viol), tentatives de suicide, crises de démence, hospitalisation en psychiatrie, mise sous curatelle, pour finir par se faire retirer la garde de sa fille : en somme, en cherchant à fuir son enfance brisée, elle aura fini par la reproduire, sous le feu de projecteurs indifférents et cruels.

Aujourd’hui enfin libre et sereine dans l’autre monde, Loana Petrucciani était sans lien de parenté avec son homonyme Michel, l’immense pianiste de jazz, mais il n’est pas interdit d’imaginer que son dernier envol aura pris les couleurs de Looking Up. Ce serait un peu moins sordide. Le monde de la télévision, sentant confusément qu’il a fracassé une existence déjà cabossée pour divertir les foules, lui rend aujourd'hui hommage avec un mélange de componction et de culpabilité. Il est trop tard.

Si la Macronie avait un peu d’honnêteté intellectuelle, ce n’est pas à Lionel Jospin qu’elle rendrait un hommage national, mais à Loana. Le fossoyeur trotskiste de ce qu’il restait de la France appartient, par ses convictions et son parcours, au passé révolu. En revanche, la France d’aujourd’hui, superficielle, sans âme ni histoire, cruelle et envieuse, fascinée par les paillettes et avachie devant le poste, doit bien davantage à la télé-réalité qu’au lambertisme d’arrière-cour. Loana en aura été, à la fois et bien malgré elle, l’icône et la victime.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Je n’ai jamais regardé cette émission, mais j’en entendais parler. Pas mal de gens sont célèbres de profession. On disait de Paris Hilton ( elle même le disait ? ) que son métier était d’être célèbre. Naguère, il y avait un cursus avant la célébrité, ce qui permettait de s’y habituer. Maintenant, si une personne est particulièrement fragile… C’est là que les producteurs de ce genre d’émissions devraient faire leur travail. Ils le peuvent et le doivent ! C’est triste pour Loana.

  2. P PRAUD a été rhabillé pour l’année, à la vue des commentaires ci-dessous !
    C’est vrai qu’il agace et s’il n’avait pas des invités de talent, il ne ferait pas d’audience.
    S’il pouvait comprendre (?) qu’il n’y a pas que le foot, Nantes, Paris et tous ses collègues journalistes du microcosme parisien, on prendrai un peu de hauteur lors de son show où il passe son temps à se regarder le nombril et faire du « en même temps », voire à changer d’avis d’un jour à l’autre.
    Heureusement que dans la jeune génération, certains journalistes sont là pour relever le niveau de CNEWS !

  3. Ce que j’ai surtout retenu de Loana, sans avoir vu les scènes dont on parle, ce sont ses aveux au sujet de l’abandon de son bébé… Je me demande encore comment on peut abandonner son enfant. Sans doute est-ce ce poids sur sa conscience, qui l’ont conduite au désespoir jusqu’à l’acte fatal.

  4. Elle est morte!!!!
    Je suis outré par ce que je lis et entend, et cela me met en colère.
    Elle a suffisamment subi volontairement ou pas, maintenant elle a droit à la paix. Car personne ne mérite ce qui lui est arrivé
    Non je n’aurais pas voulu être l’un de ceux qui l’ont découverte, bien loin de l’image qu’ils en avaient, quelle horreur…
    Ne dit-on pas « Repose En Paix » ?
    On y est qu’elle Repose En Paix!
    Si vous n’avez pas respecté sa vie faites-le pour cette fin horrible.

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