[POINT DE VUE] Légion d’honneur, cuvée d’été 2025 : tout à fait dans l’air du temps

Bruno Le Maire en est : normal, pour quelqu'un qui a mis l'économie russe à genoux !
© Capture d'écran LCP
© Capture d'écran LCP

« La Légion d’honneur, Hubert », promet, sentencieusement, en guise de récompense ultime pour services rendus, Armand (Pierre Bellemare), chef des services secrets français, à Hubert Bonnisseur de La Bath (Jean Dujardin), matricule OSS 117, dans Rio ne répond plus, deuxième opus de la saga bien connue. Il faut dire que ce « hochet » napoléonien rend bien des services au pouvoir en place, depuis sa création en 1802, pour s’acheter des fidélités momentanées au prix de l’assouvissement d’une petite vanité.

Il paraît que Churchill (à qui on prête tant de bons mots) disait qu’il y avait trois choses qu’on ne devait pas faire, à propos d’une décoration : la demander, la refuser et la porter. Churchill n'a rien refusé et portait toutes ses décorations... Bernanos, indépendant jusqu’à la rébellion, la refusa trois fois, sous tous les régimes. Jean d’Ormesson, grand-croix, lui, « couvert d’honneurs qu’il [affectait] de mépriser », selon son propre aphorisme, ne la portait que sur son habit d’académicien. Dans les polars audiardiens, « un escroc sans rosette », c’était comme « une nièce sans son petit oncle », disait Patricia, dans Les Tontons flingueurs. Bref, la « LH », donnée deux fois par an sur des listes immédiatement scrutées, fascine. Et cette année, alors, qui sont les heureux élus ? Voyons.

Si l’on exclut la liste militaire, peu suspecte de complaisance, la liste civile honore, pour le 14 juillet 2025, 589 personnes. Vingt d’entre elles, pour la première fois, ont été proposées par cinquante citoyens français au moins, avant que leur dossier ne soit examiné. Louable pratique de bottom-up, qui permet de distinguer de braves gens, mais enlève à notre ordre national un peu de son attendrissant côté crypto-monarchique. Chacun jugera.

Une rosette bien méritée pour Bruno Le Maire

Parmi les noms connus, on relèvera ceux de l’actrice Léa Drucker, de l’écrivain Marc Lévy ou encore de l’humoriste Sophia Aram. Trois profils qui relèvent plutôt des Arts et Lettres, plus chics par ailleurs, puisque moins distribués, mais enfin… Côté hommes politiques, la République est bonne fille et la France n’est guère rancunière : selon une tradition qui distingue les anciens ministres, Éric Dupond-Moretti, ancien garde des Sceaux, Olivier Véran, ancien ministre de la Santé, et Stanislas Guerini, ancien ministre de la Transformation et de la Fonction publique, deviennent chevaliers de la « rouge ». Pour rappel, Marlène Schiappa était de l'avant-dernière cuvée. Là aussi, chacun jugera. Bruno Le Maire, lui, est promu directement officier. Normal, pour quelqu’un qui a mis l’économie russe à genoux et a si bien réduit notre déficit public, non ? On note, par ailleurs, un clin d’œil discret à la lutte contre le wokisme avec la distinction, au titre de l’enseignement, de Sylviane Agacinski et Jean-Robert Pitte, jadis ou naguère cibles des attaques des gauchistes au sein de l’université.

Enfin, last but not least, Gisèle Pélicot recevra, elle aussi, le ruban rouge, « nommée pour l’avancée qu’elle permet dans la lutte contre les violences faites aux femmes ». Bon. Cette époque qui glorifie les victimes n’a pas fini de nous surprendre. Que la dignité de Mme Pélicot ait été admirable, c’est certain. Que son insistance pour que le procès de son mari ait lieu en public soit d’un courage peu commun, c’est tout aussi certain. En revanche, on ne voit pas bien en quoi cela mérite la remise d’un ordre national. Vous me direz que les footballeurs et les chanteurs (cette année Jean-Louis Aubert, Catherine Lara et Sylvie Vartan, nommés ou promus) reçoivent également cette décoration. Ce n’est pas une raison pour continuer dans cette voie.

Enfin, bon, tant qu’il restera des gens à qui cela fait plaisir, on n’aura pas tout perdu. À l’exception d’une satisfaction d’ego, on rappellera, pour conclure, que cet ordre national donne au moins deux droits concrets : un peu d’argent à la fin de l’année (6,10 euros pour un chevalier, mais la plupart du temps, les décorés font don de leur traitement à la Société d'entraide de la Légion d'honneur) ; une place (sur dossier) dans les excellentes maisons d’éducation de la Légion d’honneur, pour vos filles et petites-filles ; pour les dignitaires (grands officiers et grand-croix), les honneurs funèbres militaires. Le plus palpable, dans tout ça : quelques dizaines de grammes de métal et de tissu dans votre cercueil. Bravo tout de même.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

128 commentaires

  1. La légion d’honneur … je me permets cette citation « ce ne sont pas les médailles qui donnent de la valeur aux hommes mais les grands hommes qui donnent de la valeur aux médailles » donc qu’est devenue aujourd’hui cette légion d’honneur distribuée aux copains ou copines .

  2. Gisèle Pélicot avec la Légion d’honneur! c’est la meilleure de l’année. Et on refuse encore cette décoration aux anciens d’Indochine cités pour fait de guerre. Et on la donne à Gisèle Pélicot! moi même, 3 fois cité et blessé en Indochine, cité en Algérie, médaillé militaire à l’âge de 26 ans, on me l’a accordé à 70 piges. J’ai encore eu de la chance. Beaucoup de mes camarades l’attendent encore. Et on décore mme Pélicot. Le général De Gaulle a crée l’Ordre national du mérite, la bleue, 3° décoration, après la Médaille militaire. Mais personne ne la veut, on préfère la rouge. C’est du n’importe quoi! c’est du Macron.

  3. Cette médaille attribuée à Bruno Lemaire me hante, c’est une offense non pas à ceux qui ont eu ce privilège puisque désormais elle est distribuée en quasi libre service, mais aux citoyens français en général. Macron ne recule devant rien pour se faire détester, lorsque sa minable gouvernance s’achèvera Bonux pourra à nouveau réintroduire des cadeaux dans ses paquets de lessive, comparé à feu la légion d’honneur, ils auront une valeur inestimable.

  4. Il y a 25 ans j ai refusé la legion d honneur car je considerais qu elle devait etre devolue aux militaires et que je ne suis pas un admirateur de Napoleon. En revanche j ai accepté l ordre du merite car de gaulle est pour moi un immense heros de l histoire de france et qu il etait ds mon espace temps ….je ne le regrette pas ….porter la rosette n est pas un acte de demonstration ; c est etre heureux du lien qui me lie au general et me souvenir que la france a connu grace a lui les plus belles années de progres de son histoire.

  5. Ce qui est honorable aujourd’hui est de ne pas l’avoir si des Bruno Lemaire et des Sophia Aram l’ont……et tutti quanti…….

  6. Je répète ce que j’ai déjà dit lors de la précédente attribution — on devrait même dire (grande) distribution — de la rosette… elle est devenue Légion de déshonneur. Macron déshonore la France, les Français et toux ceux qui ont reçu cette distinction pour avoir réalisé un ou des actes de bravoure. Je ne vois pas comment — entre autres distingués — une humoriste et un sinistre des finances qui a participé à la ruine du pays méritent un tel honneur. Y’à comme un défaut, dirait Fernand Raynaud.

  7. Cette rosette, à force d’être remise à n’importe qui – un peu comme le baccalauréat d’ailleurs – a perdu tout prestige. « Vedette » de la chanson, footballeur, fossoyeur de notre économie / de notre justice / de notre santé, soyez honorés de recevoir une distinction au rabais ! Nos pauvres militaires, défenseurs de notre patrie, pour qui cette distinction fut à l’origine créée, doivent payer de leur vie le droit d’accéder à cette même reconnaissance. Lamentable.

  8. Une fois de plus j’ai du taper où ça fait mal …..
    La liste des décorés me donne la nausée que ce soit les politiques qui ont déshonoré la France , pour ne dire que ça, quand on voit véran, qui nous a humilié pendant le Covid, lemaire qui a continué à creusé la dette, dommage pas de pétrole au bout du compte et la star des détenus qu’on ne nomme plus .Tout ce cirque me donne la nausée, quand les policiers du Bataclan restent dans l’ombre, inversion des valeurs une fois de plus

  9. Ma mère a pu être élevée à la Légion D’honneur, mais elle était pupille de la nation, son père étant mort au champ d’honneur en 1914

  10. Cela n’a rien à voir à ma compassion pour elle mais Gisèle Pélicot se devrait de la refuser. Quant à la plupart des autres, cela me conforte dans la fierté d’être si ordinaire que je n’en suis pas décoré.

  11. Plutôt se réjouir de l’élévation à la grand’croix d’une très grande historienne, Mona Ozouf (même si son père, communiste et néanmoins indépendantiste breton, doit se retourner dans sa tombe !). Elle rejoint un tout petit cénacle d’intellectuels (Alfred Grosser, Edgar Morin, Daniel Cordier…), Macron depuis sa nomination ayant préféré les amuseurs-et-amuseuses (Line Renaud, Gisèle Casadesus, Sylvie Vartan, Michel Bouquet…) et les gens d’affaires (Mérieux, Esambert, Pinault, Arnault…)

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