[POINT DE VUE] Frappes franco-britanniques en Syrie : le Venezuela de la Ligue 2 ?

La capacité des Français et des Britanniques à frapper vite, fort et loin est rassurante.
Capture d'écran X
Capture d'écran X

Presque au moment même où, dans une de ces mises en scène que les États-Unis aiment tant, on apprenait que Nicolás Maduro avait été appréhendé par la Delta Force au terme d’une expédition aérienne digne d’un blockbuster, un raid conjoint des armées française et britannique visait un dépôt d’explosifs dans la région de Palmyre, en Syrie. Cette zone abrite encore des combattants de ce qui fut jadis le califat autoproclamé de l’État islamique en Irak et au Levant (en arabe, « Ad-dawla-l-islamiya fil Iraq wa as-Sham », Daech en forme courte). Cette coïncidence temporelle est à la fois rassurante quant aux capacités d’action interalliées et cruelle pour ce qu’il reste des puissances européennes.

Cette action s'est déroulée dans le cadre de l'opération Inherent Resolve (OIR), menée par la coalition internationale anti-djihadiste coordonnée par les États-Unis. Elle s'appuie juridiquement sur la résolution 2249 prise en 2015 par le Conseil de sécurité des Nations unies qui reconnaissait l’État islamique comme une menace « mondiale et sans précédent » pour la paix et la sécurité internationales et avait appelé les États membres à prendre toutes les mesures nécessaires contre le groupe.

Un important dépôt d'armes et d'explosifs

L’état-major des armées françaises a publié sur X, ce dimanche matin, un bref compte rendu, laconique et avare de détails, comme il sied dans le cas d’opérations classifiées. Le ministère de la Défense britannique a fait la même chose, à peu près au même moment. Les « services de renseignement » (probablement ceux des deux pays, qui conservent de bons accès dans la sous-région) ont obtenu des informations faisant état de la présence d’un important dépôt d’armes et d’explosifs dans les montagnes, au nord de Palmyre. « Notre avion a utilisé des bombes guidées pour viser plusieurs tunnels d'accès à l'installation. Bien qu'une évaluation détaillée soit en cours, les premières indications laissent penser que la cible a été atteinte », indique seulement le communiqué britannique. La dernière occurrence d’une frappe aérienne occidentale au Levant remonte à la fin du mois de décembre, lorsque les États-Unis, en représailles d’une attaque qui avait tué trois Américains, avaient visé des installations terroristes sur le territoire syrien.

La capacité des Français et des Britanniques à frapper fort

Daech a officiellement perdu en 2019, lorsque Abou Bakr al-Baghdadi, son chef, a été neutralisé et que son territoire a été démantelé. Ses combattants les plus fanatiques ont été réduits, à Baghouz notamment, tandis que les prisonniers, sous la garde des Kurdes, ont été enfermés dans des camps. Il y a d’ailleurs des Français parmi eux, ou plutôt des Françaises, dont la presse relaie régulièrement les demandes de retour en France. Pourtant, avec le renversement de Bachar el-Assad, puis l’avènement d’Ahmed al-Charaa, les cartes ont été rebattues. Ahmed al-Charaa, lorsqu’il portait la kunya d’Abou Muhammad al-Jolani, fut le fondateur et le chef du groupe terroriste dissident Al Nosra - ce groupe dont Laurent Fabius disait, en 2012, qu’il faisait « du bon boulot », vous vous souvenez ? Il a rasé sa barbe et mis une cravate, mais ne serre toujours pas la main des femmes. Djihadiste indécrottable ou héros de la liberté ? On verra ça sur le long terme. En attendant, la capacité des Français et des Britanniques à frapper vite, fort et loin contre les installations de l’ex-État islamique, sa résurgence fût-elle embryonnaire, est rassurante. Les Alliés européens ne font pas que des déclarations creuses sur la « coalition des volontaires ». C’est plutôt bon signe.

Les Européens au sens large (puisque le Royaume-Uni n’obéit pas à l’UE de von der Leyen) montrent qu'ils peuvent mener avec un brio technique indéniable des actions aériennes loin de leur pays. Cependant, ce raid « du fort au faible » ne doit pas nous faire oublier qu'une guerre, beaucoup moins asymétrique, d'une tout autre ampleur fait rage depuis bientôt quatre ans, à l'est de l'Europe. Et que c'est à ce type de guerre qu'il faut se préparer - pour éviter d'avoir à la faire un jour - en se donnant les moyens de pouvoir « jouer en Ligue 1 ». En attendant, le raid aérien sur Palmyre est peut-être le Venezuela de la Ligue 2…

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

51 commentaires

  1. Manu a reçu le chef terroriste syrien à l’Elysée puis disent frapper daesh dans ce pays? La France serait elle en train d’aider daesh à éliminer les alaouites?

  2. Pour quelles raisons les mangeurs de rostbeef et ceux de cuisses de grenouille se sont-ils mis d’accord pour protéger le djihadiste de bagdad ?

  3. La paragraphe de « conclusion » de cet article est d’une tonalité qui « sent le sapin » ! …
    Se réjouir de ce que font les dirigeants européens en écrivant : « Les Européens au sens large (puisque le Royaume-Uni n’obéit pas à l’UE de von der Leyen) montrent qu’ils peuvent mener avec un brio technique indéniable des actions aériennes loin de leur pays » … est dangereux car la réalité politique appliquée par la VDL et ses potes dont l’Angleterre prouve que l’UE n’est plus « la garantie de la paix en Europe » ! …
    FREXIT de toute urgence ! …

  4. Pas besoins de l’armée de l’air pour trouver les dépôts d’armes de guerre sur le territoire Français, on peut redouter le jour ou ils vont sortir peut être bientôt le moment venu.

  5. « Pôvre » macron, tout le monde li crache dessus, pour son incompétence, son mépris etc etc
    N’oublions pas que les français ont VOTE 2 fois. Nous avons les dirigeants que l’on mérite. A bon entendeur

  6. Bon article documenté. Un seul point important manque : Ahmed al Charaa était-il demandeur ou seulement informé ? Je désapprouve tous les commentaires précédents et totalement hors sujets qui ne voient pas l’essentiel : détruire l’ islamisme quels que soient les procédés, les réserves, les auteurs.

    • Les brits et nous devrions utiliser ce pognon de dingue pour re sécuriser nos frontieres..respectives et ne laisser entrer que les détenteurs de papiers en regle..pas besoin d’aller bombarder les islamistes opposants aux islamistes au pouvoir d’un pays en ruine a 6000 kms..ridicule..

  7. Pauvres européens. Ils font la leçon en continue sur l’ingérence et ils ne savent faire que ça (Moldavie, Georgie, Roumanie, Syrie…) Ils veulent jouer aux forts contre des petits pour rassurer leurs populations d’asservis volontaires. De pire en pire.

    • Vouloir nettoyer ailleurs alors que chez soi c’est la crasse. C’est la politique de la France et des anglais qui pourtant n’ont pas toujours fait bon ménage.

    • Tout à fait . Déjà que notre gouvernement s’occupe des djihadistes sur notre sol. Et la Russie n’envahira pas l’Europe, elle nous laisse avec nos problèmes
      Si nous avions eu des gouvernants intelligents , nous aurions suivi la vision de de Gaulle qui voulait faire la grande Europe avec la Russie, nous aurions formé un grand empire face aux US, mais nos idiots utiles sont devenus les vassaux des US

    • Oui, c’est pourquoi je ne commente plus certains articles où les européens font la leçon aux autres tout en se donnant le droit d’ingérence dans certains pays et des leçons de morale sur certains pays.
      J’ai toujours détesté le deux poids deux mesures.

  8. Imiter pâlement les USA alors que dans leurs pays l’ennemi s’organise de plus en plus avec l’aide de quelques administrations dont des juges et beaucoup d’autres dont certains nichent déjà dans les hémicycles et les instances les plus élevées de leurs pays. C’est la différence avec Trump qui a commencé par prendre les mesures dans son pays.

  9. Macron ne peut pas s’empêcher de se la péter en jouant aux grands comme les USA. Il ferait mieux de s’attaquer aux djihadistes de France, acte plus courageux et nécessaire pour la sécurité des Français. Eh, oui, les Français en France ça existe…

  10. Enlevez-moi un doute ! Macron, en qualité de chef des Armées, aurait donc décidé de frapper Daesh en Syrie ? Syrie présidée aujourd’hui, sous les applaudissements de ce même Macron, par Ahmed El-charaa, islamiste sanguinaire convaincu lui-même membre et dirigeant éminent des terroristes de la nébuleuse Daesh/Al Nosra ?
    Ce même terroriste, arborant désormais une cravate, qui fut reçu il y a à peine 6 mois les bras ouverts à l’Elysée et auquel le dolichocéphale de la place Vendôme fit faire la tournée des grands ducs en l’accompagnant ? Cette visite constituant, au passage, un crachat de la part de leur supposé chef sur les cercueils de ceux de nos soldats qui sont tombés au Levant pour combattre les ordures islamistes.
    Alors s’agit-il d’une énième incompétence et/ou incohérence psychiatrique macronienne ? Ou encore pourrait-on envisager,à propos de cette visite honteuse, des poursuites pour intelligence avec un ennemi que l’on va déclarer comme tel seulement 6 mois après ?

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