[POINT DE VUE] Dernière victime du wokisme universitaire : Molière !

Molière est si actuel qu'il moque les prétentieux qui le censurent aujourd'hui.
Louis XIV et Molière, par Jean-Léon Gérôme — Travail personnel user:Rlbberlin, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3000693
Louis XIV et Molière, par Jean-Léon Gérôme — Travail personnel user:Rlbberlin, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3000693

[MISE A JOUR du 2 décembre à 9h17] Nous présentons nos excuses aux Éditions Magnard précédemment citées, le manuel en question est édité par Belin.

[MISE A JOUR du 2 décembre à 10h56] Suite à la publication de notre article, Yves Manhès, directeur de Belin Éducation a tenu à apporter ces précisions suivantes :


« À la suite d’un changement de maquette de la collection, trois lignes ont été coupées lors de la mise en pages, lesquelles figuraient dans l’édition précédente. Le sens de la scène n’est en rien touché, notamment le fait que Sganarelle frappe Martine. Si nous avions eu la moindre velléité de modifier la lecture de la pièce, ce ne sont pas ces trois lignes que nous aurions coupées !

Il s’agit hélas d’un manque de vigilance de notre part, s’agissant d’une nouvelle édition d’un titre à notre catalogue depuis des années.

Croyez bien que nous en sommes désolés ; votre article nous rappelle l’importance d’une grande rigueur dans notre travail, et nous évitera sans doute de renouveler cette négligence… Cette erreur sera évidemment corrigée dans le prochain retirage.  »

 

Les adultes s’en souviennent peut-être ; les collégiens à coup sûr : il est fréquent qu’en sixième, on étudie Le Médecin malgré lui. Dans cette comédie de Molière, on retrouve tout le charme de la commedia dell’arte… et à l’époque, on avait parfois du mal à trouver ça drôle. Parmi ces bouffonneries à l’italienne, il y a généralement des quiproquos, des sous-entendus parfois un peu obscènes, des déguisements, des coups de pied au derrière et… des coups de bâton. C’en était trop pour les Éditions Belin, habituées des livres scolaires : dans la version 2025 du Médecin malgré lui telle que Belin la publie, la scène d’exposition, dans laquelle Sganarelle donne des coups de bâton à sa femme Martine, parce qu’elle l’insulte, a tout bonnement été expurgée.

Un utilisateur de X, « PhilConte 007 », montre deux photographies du texte de Molière pour rendre son propos encore plus explicite : dans la version Pléiade, Sganarelle « prend un bâton et lui en donne », en disant à Martine « Voilà le vrai moyen de vous apaiser ». Dans la version Belin, trois lignes de texte et la didascalie en question ont tout bonnement été supprimées.

Comme il ne peut s’agir d’un hasard ou d’une erreur typographique, on est obligé de conjecturer. Est-ce une manière de ne pas glorifier les « violences fetzofam » ? Est-ce une sorte de lutte contre l’institution patriarcale, principal méfait de notre temps, selon une récente déclaration de Sandrine Rousseau ? On l’ignore. On aimerait savoir. Mais en tous les cas, il faut aller plus loin et revoir intégralement la littérature française – et même le cinéma. La gifle de Bourvil dans La Traversée de Paris ? On coupe. Jacquinot qui, dans La Farce du cuvier, menace sa femme acariâtre et dominatrice de la laisser se noyer tant qu’elle ne lui parlera pas correctement ? À la trappe ! Milady, récemment réhabilitée par Adélaïde de Clermont-Tonnerre, mais décapitée dans Les Trois Mousquetaires pour l’ensemble de ses crimes ? On oublie ! À grands coups de ciseaux dans le patrimoine, les féminicides, les « violences fetzofam » et le patriarcat blanc ne passeront pas.

Les censeurs, ces justiciers autoproclamés

A-t-on demandé leur avis aux professeurs ? Aux enfants, dont la parole est désormais sur le même plan ? Aux parents, qui sont déjà, bien souvent, obligés d’acheter des textes réduits (comme si on pouvait compresser un chef-d’œuvre) et n’ont sans doute pas envie d’acheter des œuvres amputées ? Non, bien sûr. C’est pour leur bien et on ne les a même pas prévenus. Ainsi progresse le gauchisme, qui se prend pour le parti de la culture mais n’est que celui de la censure, des listes, des dénonciations et des jugements sommaires. Le parti de la haine du talent, de la haine de l’Histoire et du ressentiment tous azimuts.

On pourrait, avec un peu d’ironie, dire à ces censeurs stupides que la réponse nous est fournie par Martine elle-même dans la scène qui suit celle-ci. Lorsqu’un voisin, M. Robert, s’interpose en entendant les cris de la pauvre femme, Martine, très remontée, lui dit : « Et s’il me plaît, à moi, d’être battue ? » Amis gauchistes, ne déposez pas de main courante : c’est ce qu’on appelle de l’humour. D’ailleurs, dans cette scène, mari et femme se réconcilient sur le dos, littéralement, du voisin justicier qu’ils bastonnent ensemble pour le punir d’avoir voulu fourrer son nez dans une scène de ménage qui ne regardait qu’eux.

Finalement, nous avions bien tort, en sixième, de trouver Molière inactuel. Il a déjà parlé de tous nos maux contemporains, notamment la chape de plomb hypocrite du rigorisme religieux (Tartuffe) ou les féministes subventionnées (Les Femmes savantes). Quand les Éditions Belin s’en rendront compte, on n’étudiera plus que Corneille…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 02/12/2025 à 10:59.
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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Il suffira aux professeurs de dicter les paroles manquantes . L’effet sera assuré ,les élèves auront un bon exemple de censure .

  2. S’ils n’étaient pas … bêtes comme des balais, ils en profiteraient pour mettre en valeur le fait que grâce à eux on ne bastonne plus safemme.

Commentaires fermés.

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