[POINT DE VUE] Afghanistan : Trump insulte les morts de l’OTAN… dont les nôtres !

Derrière les éléments de langage à la con, il y a parfois le bruit d’un sac mortuaire que l’on ferme...
Capture d'écran The White Hous
Capture d'écran The White Hous

Ceux qui, en France, disent qu’il nous faudrait un Trump français ne mesurent peut-être pas l’étendue exacte de leurs paroles. Interrogé sur la chaîne américaine Fox Business, dans l’émission Mornings with Maria, le président des États-Unis a fait l’une de ces sorties outrancières dont il est coutumier.

Au sujet de ses alliés de l’OTAN, cette organisation à propos de laquelle il semble aujourd’hui vouloir donner rétrospectivement raison à Emmanuel Macron, qui la disait en état de « mort cérébrale », Donald Trump a notamment eu ces mots : « J’ai toujours dit : seront-ils là si jamais nous avons besoin d’eux ? C’est vraiment le test ultime. Je n’en suis pas sûr. Nous n’avons jamais eu besoin d’eux. Ils vont dire qu’ils ont envoyé quelques soldats en Afghanistan, ceci ou cela. Oui, ils l’ont fait. Ils sont restés un peu en arrière, loin des lignes de front. »

 

Les réactions des dirigeants de l’Alliance atlantique ne se sont pas fait attendre. Le Britannique Keir Starmer (l’homme qui, il n’y a pas longtemps, ramassait servilement les papiers de son maître), mais aussi les Allemands, les Danois et d’autres, ont fait part de leur indignation devant une telle injustice. En France, malgré quelques déclarations ministérielles, le Président a préféré jouer le coup de la dignité romaine, du silence dans l’honneur outragé. Pour une fois qu’une réaction un peu vive aurait été la bienvenue…

On ne va pas revenir jusqu’à La Fayette et Rochambeau, qui ont dirigé le contingent français, parti sur ordre de Louis XVI, prêter main-forte aux insurgés américains. C’est pourtant l’argument que nous servent en permanence nos « amis » américains quand ils veulent rendre hommage à notre relation multiséculaire, appreciate, outstanding. Mais si on les cherche trop, ils nous parlent des Ricains qui nous ont empêché de finir en Germanie, comme le chantait Michel Sardou. Alors, on va plutôt revenir à l’Afghanistan, puisque c’est le théâtre d’opération que Donald Trump a pris pour exemple.

Énième humiliation

En Afghanistan, 90 soldats français sont morts pour les trois couleurs… et sous le pavillon de l’OTAN. Une majorité d’entre eux venait de la Légion étrangère ou des troupes aéroportées – vous savez, ces unités qui sont connues pour rester toujours « à l’arrière de la ligne de front »… On peut notamment citer les paras du 8e RPIMa, tués en 2008 à Uzbin, dans une embuscade des talibans. On peut aussi parler des commandos parachutistes qui ont été tués par un attentat suicide, le 13 juillet 2011. Parmi eux, toutes les figures sont admirables, mais on peut en citer une en particulier, qui est assez emblématique.

Ce jour-là, en Afghanistan, il y avait, dans la liste de ces héros, le nom d’un jeune lieutenant du 1er régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers, qui avait réalisé son rêve de gosse et marchait sur les traces de son grand-père, ancien « Rapace » lui aussi, et de son parrain de promotion de Saint-Cyr, le capitaine Serge Beaumont. Le nom de cet homme était Thomas Gauvin. Il est mort pour la France dans une opération de l’OTAN, laissant derrière lui sa jeune épouse. Ladite opération s’est d’ailleurs terminée en débandade, avec l’évacuation précipitée des Américains et la prise de pouvoir des talibans. Un nom parmi 90. Simplement pour se souvenir que, derrière les éléments de langage à la con, il y a parfois le bruit d’un sac mortuaire qu’on ferme, et de la prière du para qu’on chante la gorge nouée, pas loin d’un tarmac anonyme. Difficile pour Trump de le mesurer : il s’est fait réformer quatre fois pour ne pas faire son service militaire.

L’armée ne pleure pas ses morts, elle les honore. L’association des écrivains combattants a donné le nom de cet officier à un prix littéraire. Mais il y a fort à parier que les armées françaises se seraient bien passées de cette énième humiliation, qui de plus est injuste et bête. Nos soldats ne méritaient peut-être pas plus que les 280 caractères règlementaires de la présidence de la République. Ou alors, c’est peut-être simplement de la lâcheté. Allez savoir.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

104 commentaires

  1. Bonjour. A ceux qui demandent pourquoi la France a envoyé ses soldats se battre en Afghanistan, je rappelle que c’était en solidarité avec les Etats-Unis frappés par les attentats du 11 septembre 2001. Cette intervention a été déclenchée en application de l’article 5 de la Charte de l’OTAN.
    Le président George W. Bush n’avait d’ailleurs laissé aucun choix à ses alliés en exigeant leur engagement en ces termes lors de son discours du 20 septembre devant le Congrès US : « Chaque nation, dans chaque région, a maintenant une décision à prendre. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes ». Comme vous le savez, tout cela a piteusement fini en août 2021.

  2. Mythe vs Réalité
    Limiter la participation aux opérations françaises, menées pendant 10 ans en Afghanistan, aux seuls para et légionnaires est une erreur.
    Quasiment toutes les unités de combat de notre armée de terre ont été déployées en Afghanistan.
    Nos forces armées sont constituées de soldats professionnels; il s’agit d’une armée de métier. Par ailleurs, dans leur très grande majorité, les officiers et les sous officiers sortent des mêmes écoles de formation quelle que soit leur arme d’appartenance.
    Il n’y a pas d’un coté les paras et les légionnaires et de l’autre… les autres. Tout le monde est allé au casse pipe. La Taskforce Lafayette a été armée par des militaires provenant de tous les régiments de l’armée de terre. C’est aussi vrai pour les organismes de formation dont Epidote et les conseillers sur le terrain OMLT.

  3. Cher Monsieur Florac, juste une observation sur la forme. Vous écrivez que la majorité des soldats français tombés en Afghanistan sont issus des TAP et de la Légion. Mais beaucoup d’autres unités ont payé le prix du sang, qui ne sont pas non plus des unités de l’arrière. Chargé du soutien aux familles de décédés d’un régiment des forces en plein coeur de cette période, j’ai accompagné les proches de deux camarades tués en 2010 et 2011 dans des opérations d’ouverture d’itinéraire. Et je ne parle pas des mulitples blessés. Ce tropisme « paras-légion », très prégnant à droite (pour simplifier), me heurte un peu en l’occurence, même si, en effet, les pertes sont proportionnellement plus importantes dans ces régiments, même si ce « bilan » macabre s’équilibre dans les chiffres globaux. Ma réaction peut paraître anecdotique ou excessive, mais je n’oublie pas les moments que j’ai vécus aux côtés de familles courageuses, dignes, mais brisées. Et ce distingo ne me paraît pas forcément justifié ou, plutôt, inopportun. Mais je partage évidemment votre avis sur les propos de Trump. Les Etats-Unis, au regard de l’histoire, nous sont redevables de leur existence. Cette guerre coûteuse a entraîné des conséquences incalculables pour notre pays, ne soulageant qu’à peine notre amour-propre humilié lors du Traité de Paris. En 1917, les Américains éprouvaient peut-être encore une vague reconnaissance, mais les USA d’aujourd’hui nous ont rejetés dans les oubliettes ….

  4. Une première question se pose ? que fait l’OTAN en Afghanistan ? que font les Francais en Afghanistan et partout ou les yankee,s soit l’empire du pillage, préfèrent que les autres soient tue plutôt que les leurs. L’Ukraine est l’exemple le plus tragique, le plus cynique, puisque c’est Trump dans son premier mandat a noyé l’Ukraine avec des armes pour tuer du Russe sans risquer de perdre ses cowboy,s assoiffés de sang.

    • Exact. A lui seul, Trump a été plus longtemps confronté à la guerre du Donbass qu’Obama et Biden ensemble. Pendant son premier mandat du début 2017 à janvier 2021, il n’a strictement rien fait pour arrêter les combats entre les gouvernementaux, les autonomistes et les Russes. Bien au contraire, il a jeté de l’huile sur le feu en amplifiant le partenariat OTAN-Ukraine et les capacités militaires de Kiev en formant des milliers de combattants locaux au camp de Yavoriv, en équipant et intégrant cette armée dans le dispositif international Rapid Trident, et en dépêchant dans ce pays des forces US permanentes dans le cadre de l’opération Atlantic Resolve.
      Tout cela confortait l’intégration dans l’OTAN annoncée (promise) lors du sommet de Bucarest de 2008, et laissait forcément croire aux Ukrainiens qu’ils faisaient de facto partie de l’Alliance atlantique. Trump a poussé ce pays dans ce sens au point que la naïve Ukraine a révisé le 7 février 2019 sa Constitution pour permettre son adhésion à l’OTAN, ce qui ne se produira pas. Il est donc mal placé pour donner la leçon et critiquer l’armée française en Afghanistan.

  5. Il ne manquait plus que BV s’y mette…
    Ce qu’il dit est malheureusement vrai pourtant.
    Les français qui veulent un Trump, le veulent sans ses outrances, ceci est dit et répété mais les gauchistes ne veulent pas le comprendre… Si BV aussi, se met à sombrer dans cette démagogie… Que va-t-il advenir ?

    • Ah bon, d’où tenez-vous que Bd Voltaire sombre dans la démagogie quand il estime que Trump insulte et n’a aucun respect pour nos 90 militaires français tués en soutien de la cause américaine ? Trouvez-vous convenable d’outrager la mémoire de nos morts ?

  6. Que 2.500 soldats américains aient été tués en Afghanistan, c’est la seule affaire et ne regarde que les Etats-Unis qui ont attaqué ce pays en réponse aux attentats du 11 septembre pour renverser le régime Taliban qui n’avait rien à voir avec ces actes terroristes. Tout faux comme en Irak en 2003, avec un épilogue en total fiasco.
    Si la France a envoyé un contingent dans le cadre de la coalition internationale ISAF, c’est pour tenir loyalement son engagement de soutien armé des USA en application de l’article 5 de la Charte de l’OTAN. Il est indécent et scandaleux de critiquer en 2026 l’action solidaire, le respect de la signature de notre pays et de salir la mémoire de nos 90 soldats français morts pour la cause américaine, et à qui Trump (lequel ne respecte rien ni personne) devrait, au contraire, rendre hommage.

  7. Macron larmoyant mais près à remettre le couvert en Ukraine avec la peau de tous les autres hormis la sienne et celles de ses complices …Je me demande ce qu’en pensent nos militaires corvéables à merci ? En Afghanistan nos troupes combattaient le même ennemi que celui qui sévit aujourd’hui dans l’hexagone , il y eu une centaine de Soldats français sacrifiés qui méritent tout notre respect alors que dans l’hexagone des civils innocents et sans arme ont été massacrés par centaines par le même ennemi religieux et pendant le même laps de temps … Pas simple tout ça . Et «  ils «  s’étonnent des demissions catastrophiques et autres manque d’enthousiasme et vocations pour la chose militaire en France …est ce bien raisonnable ?

  8. tout compte fait.je prefererai parler le chleu que l »arabe.l »europe serai puissante avec la russie dans ses rangs.les americains ferai moins les arrogants

  9. Trump s’en fout, la majorité des Américains ne savent même pas situer la France sur un globe terrestre. Une toute petite minorité pourrait arriver à y situer l’Afghanistan, dans 10 ans aucun. L’important pour Donald c’est le buzz.

  10. C’est sûr que l’idée d’agir en Afghanistan n’était pas une idée européenne et si l’Europe avait l’armée la plus puissante il ne se serait aussi rien passé. D’un autre point de vue on s’en fout de l’Afghanistan et les pays d’Europe balance quelques régiments pour soutenir une alliance ou garder des compétences de terrain pour ces soldats. Oui les USA ont souvent des intérêts financiers mais c’est aussi une façon de se rembourser et tous les pays le font, les OPEX coûtent très chers. Je pense que le débat devrait plus se porter sur le pourquoi de l’engagement militaire, quels sont les raisons pour lesquelles un allié en suis un autre et surtout quels sont les bénéfices d’une action sur le terrain? Mais là tout se complique puisque généralement ça ne sert à rien. Je suis plus pour les drones, des bombardements ciblés et aucune action sur le terrain pour préserver la vie de nos soldats. Les Israéliens le font très bien.

  11. C’est tellement facile d’attaquer Trump tout le temps que même Bd Voltaire s’y met… C’est tellement à la mode dans les média français…
    Si nous avions en France un président ne serait-ce que dix fois moins efficace que lui nous serions les européens les plus heureux, alors modérez vos critiques, s’il-vous plait !
    Quand au corporatisme militaire j’aimerais qu’on me rappelle la dernière fois où l’armée française a gagnée une guerre… C’était il y a plus d’un siècle si je ne m’abuse… Et quand on écoute nos généraux sur les télés on est effaré de leur médiocrité générale… L’armée française mérite bien les critiques de Trump !

  12. Travailler en international avec des unités venant de nombreux pays aux mentalités bien différentes n’est pas une petite affaire, et avec les US c’est quasi impossible. Je le sais car j’ai effectué plusieurs missions OPEX dans ces conditions.

    • J’approuve vos propos concrets car en tant que militaire vous avez effectué des Opex et avez été confronté sur le terrain aux difficultés du métier des armes, contrairement à ces critiqueurs guerriers de salon qui ne connaissent que le fusil à plomb ou en 22 Bosquette pour stand de tir forain Luna Park.

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