Pillage du Louvre : un pas de plus vers l’inacceptable

L'État trouve pourtant de l'argent pour France Télé, pour le musée des Arts premiers et pour celui de l'immigration.
© Samuel Martin
© Samuel Martin

C’était en novembre 2016. Invité sur le plateau d’On va plus loin, sur Public Sénat, l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie avait expliqué que, s’il était président de la République, sa première décision serait symbolique : « Je raserais le château de Versailles. » Il expliquait : « Ce serait ma mesure numéro un pour que nous n’allions pas là-bas en pèlerinage cultiver la grandeur de la France. » Il peut aujourd’hui remercier les cambrioleurs du Louvre qui, faute d’avoir rasé Versailles, ont porté un coup terrible, un nouveau coup, à la grandeur de la France.

Car ce cambriolage n’est pas seulement le résultat de fautes humaines ponctuelles qui apparaîtront vite au grand jour : une installation de sécurité défectueuse, des échafaudages en accès libre, une surveillance vidéo aléatoire, voire des complicités internes. Il revêt une dimension symbolique. Le Louvre, c’est l’orgueil des rois qui ont fait la France, le siège durant des siècles du pouvoir central. Les bijoux dérobés appartiennent précisément à la monarchie française, ils portent cette Histoire longue que la gauche LFI entend gommer et façonner pour déblayer la monarchie comme un personnage en trop soumis à la palette graphique. La Révolution, seule, déclenche l'Histoire de France. On n’a, du reste, pas vu la gauche LFI, toujours prompte à donner des leçons d’émotion, émettre de lourds regrets. Logique, lorsqu'on hait un peuple et son passé.

Un million pour le patrimoine, quatre millions pour France Télé

Et pourtant. Hier dimanche, ce n’est pas le Louvre qui s’est fait voler, c’est la France. Les Français se sont fait dépouiller de biens inestimables qui leur appartiennent en propre. Le peuple le plus taxé du monde libre, ce peuple qui finance une administration pléthorique de près de six millions de personnes, ce peuple s’est fait subtiliser en sept minutes, devant des fonctionnaires impuissants, ce que la grandeur du pays avait laissé : sauf si la police met la main, très vite, sur les malfaiteurs, ces huit objets seront détruits et vendus pierre par pierre. Cet héritage de bijoux royaux, qui avait résisté à l’Allemagne nazie, la France de Macron l’aura détruit. L’ampleur de la perte et la facilité avec laquelle la France s’est laissé voler sidère le monde entier, comme le constate notre journaliste Julien Tellier.

Il n’y a pas de hasard. Ce drame en dit long sur la gestion de nos musées, ces écrins de notre Histoire. Il faut, pour toucher du doigt le mépris de la France gérée depuis des décennies par la droite, la gauche et cette synthèse du pire qu’on appelle le macronisme, entrer dans le détail des chiffres. Sur 8,7 milliards d’euros de budget total dévolu, en 2024, au ministère de la Culture (toutes dépenses confondues), la France consacre 1,138 milliard d’euros à son patrimoine, contre 1,48 milliard en 2024. La création contemporaine, où règnent le copinage et le n’importe quoi, absorbe presque autant : 1 milliard d’euros. La « transmission des savoirs et la démocratisation de la culture » bénéficie de 858 millions d’euros. Mais à lui seul, l’audiovisuel public - France Télévisions, Radio France, l’audiovisuel extérieur de la France, etc. - pèse... 4 milliards d’euros. Notre pays fait pour ses chaînes publiques, chargées de gommer la culture traditionnelle française, un effort quatre fois supérieur à celui qu’il consent pour son patrimoine, ses châteaux, meubles, tableaux et musées compris.

De l'argent pour le musée des « Arts premiers »

Pire. Incapable d'entretenir correctement le Louvre, l’État français trouve de l’argent pour créer de nouveaux musées, lorsqu’il le souhaite. La France a trouvé 233 millions d’euros pour construire le musée du Quai Branly consacré aux « Arts premiers ». Elle trouve encore 50 millions d’euros pour le faire fonctionner chaque année. Le Musée de l'histoire de l’immigration, qui n’est pas pris d’assaut par les visiteurs (lire l’article de Clémence de Longraye), profite d’un budget de 14 millions d’euros annuels, dont près de 10 millions de subventions étatiques (chiffre 2019).

Dans un rapport à paraître sur la sécurité du Louvre, la Cour des comptes estime que « les montants engagés sont de faible ampleur au regard des besoins estimés ». Elle dénonce « une tendance à faire du lancement des travaux une variable d’ajustement budgétaire ». Le rapport arrive trop tard, mais il souligne le poids des choix budgétaires et stratégiques.

Ce n’est donc pas l’argent qui manque. Simplement, en 2025, l’héritage des Français n’est pas prioritaire. L’Histoire de France et ses joyaux étaient ainsi à la portée de quatre personnes cagoulées qui ont œuvré sept minutes avec une tranquillité absolue pour découper les vitrines à la disqueuse, tandis que le personnel du plus grand musée du monde laissait faire.

Il faudra interroger les responsabilités, au sein du musée. Comment le budget de fonctionnement (323 millions d’euros, tout de même) est-il utilisé ? Le patrimoine de nos musées - notre patrimoine - est-il défendu ? Les multiples vols au Louvre et ailleurs montrent qu’il ne l’est pas. Y a-t-il eu des complicités internes, ce qui poserait la question du recrutement et des garanties prises sur les effectifs de nos musées ? Comment faire face à des attaques violentes ?

Pour l’heure, les Français en sont réduits à pleurer leurs musées pillés, leurs églises dévastées, leurs cimetières profanés, leur Histoire détournée et piétinée. Inacceptable.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

75 commentaires

  1. Une bonne partie de la classe politique (suivez mes regards) et de la presse complice déteste tout ce qui est notre patrimoine, vilipende notre culture, se rit de l’Histoire (surtout quand il s’y trouve des têtes couronnées), méprise la notion même de passé, s’efforce de ridiculiser tout ce qui est la France (drapeau, hymne national), etc. etc. Nous payons de plus en plus les frais de cette haine et rien ne bouge. Racailles en tous genres et de toutes origines, vous n’avez qu’à vous servir. C’est la journée portes ouvertes qui n’en finit pas.

  2. Notion battue en brèche par toute l’Histoire = Que n’avons-nous pas « accepté » pendant l’Occupation…Si l’on n’accepte pas, il faut faire. A ce sujet je signale que le budget de Sarah Knafo – qui ne m’a rien demandé question propagande, dégage largement d’économies pour faire du Louvre un Fort Knox n°2, etc. etc. etc. Quand on veut, il n’y a pas d’inacceptable à déplorer…

  3. En tant qu’expert en sécurité et sûreté, j’ai été en charge de ces domaines ainsi que de l’accueil dans le troisième plus grand musée de France, en tant que contractuel et non comme fonctionnaire (c’est important !…). Recruté pour remettre de l’ordre dans ces domaines vitaux pour de tels établissements, j’ai occupé ce poste de responsabilités durant quatre années ou plutôt j’ai tenu quatre ans… face à un système totalement corrompu par sa base et une direction tremblant de peur au moindre éternuement d’un syndicat pour des peccadilles. J’aurais pu écrire un livre sur tout ce que j’ai pu observer comme dysfonctionnements et l’absence de réponse face aux efforts que j’ai tenté de déployer. N’étant pas fonctionnaire, je n’avais pas mon mot à dire… On m’a gentiment remercié au bout de ces quatre années et on a supprimé mon poste pour revenir aux errements antérieurs… À cette époque j’avais trouvé une parfaite resemblance entre le mode de fonctionnement qu’on voulait m’imposer (avec toute son inefficacité) avec le célèbre tableau de Daumier « La République » sur lequel le caricaturiste du XIX siècle a représenté une femme corpulente (la République) entourée d’enfants, un en train de lire (l’éducation) mais un seul… et deux autres accrochés aux seins plantureux de la femme (la République nourricière)… Les agents fonctionnaires du musée aussi tétaient copieusement au sein de la République, béate et satisfaite…. Plus généralement, c’est malheureusement ça la France… Le pillage du Musée du Louvre ne m’étonne donc pas tellement la situation dans ces établissements reste statique en raison de l’incompétence des uns et de la faiblesse des autres, à tous les niveaux. Qu’il s’agisse d’un musée ou du pays, quand on est en charge il faut savoir à un moment prendre ses responsabilités et ne pas avoir peur de changer une gestion défaillante et même une partie du personnel. Exemple, ce n’est pas le nombre de caméras qui compte, c’est leur exploitation et la réactivité suite à l’observation d’un événement.

  4. Je n’en peux plus du délabrement de notre pays, de la peur de la honte, du demain. Tous les jours, pratiquement c’est un nouveau drame, une humiliation Comment élever ses enfants dans cet atmosphère délétère ou on a plus confiance en rien. C’est quoi ce pays qui tue ses seniors ou qui les pillent, qui laisse ses ressortissant croupirent en prison. Des lâches, des minables des profiteurs qui n’en ont pas fini de nous détruire sont aux commandes de notre pauvre France.

  5. l’argent va soutenir une immigration et le confort des immigrés que la majorité des français refusent
    donc on n’a plus d’argent pour le reste, plus d’argent du tout, pour quoique ce soit
    et avec le dernier coup de jarnac….pas de 49 – 3 pour le budget…on aura ce budget…dans 70 jours
    on augmente tous nos impots, on invente de nouvelles taxes…..pour maintenir financièrement encore et toujours l’immigration
    il n’y avait que la destitution de macron qui aurait pu nous sortir de l’ornière mais le RN ne l’a pas voté ! ni les autres qui se disent de droite
    pourquoi ? ils adhèrent à la folie de macron ?

  6. Lorsque l’on voit que les budgets dévolus à la culture n’ont cessé de diminuer depuis des décennies, nous ne sommes pas surpris que ce type d’événement arrive.
    La culture est malheureusement devenue le parent pauvre de notre pays.
    Pour le seul musée du Louvre, 190 emplois ont été supprimés lors des dernières années.

    • C’est l’audio visuel public ,dont la gauche,qui dévore une grande partie du budget alloué au ministère de la culture.

  7. Depuis cinquante ans les Français votent pour, au mieux des dilettantes désinvoltes qui draguent le Big Other, formule de Jean Raspail, aux dépens des petits Français de souche rances, au pire pour des escrocs qui détestent la France au point de l’avilir, et les Français au point de les grand-remplacer. Les Français paient pour leurs fautes passées et la facture est loin d’être réglée !!! Les temps les plus douloureux sont à venir.

  8. Lorsque un étranger se permet d allumer sa cigarette sur la flamme de millions de sacrifiés ; le pays n à plus d honneur,ce sont toutes les profanations qui sont possible.il ne faut donc pas s étonner que notre patrimoine soit cambriolé.

  9. Il semble que les gabegies financières soient un peu le fait de la Gauche. Je viens de lire ici la valse des milliards et millions alors qu’il m’est raconté que les caisses sont vides, « il n’y a pas d’argent » etc. Pour vous donner un idée ailleurs, à Bruxelles-Brussel, Région de Bruxelles-Capitale, aussi en milieu socialo-ecolo-coco, il n’y a pas d’argent pour les travaux sur une ligne de métro mais il y a 400 millions d’euros pour le musée « Kanal-Pompidou ». il s’agit de rénover l’ancien garage Citroên , bâtiment emblématique en centre ville, et un média officiel explique qu’il faut par exemple remplacer toutes les vitres extérieures,( voir sur google tous les murs rideaux du complexe immense) on y fait des travaux pharaoniques et on a un retard en années, ce qui alourdit encore les factures. Pour un centre pompidou où les parisiens ne dépensent pas un bal, ils peuvent se rassurer, et juste pour montrer des oeuvres genre « carré blanc sur fond blanc », ou bien ce rond noir sur le sol vu je ne sais plus où, ou encore ce tas de sable au sol ( dégagé par un ouvrier inculte ahaha, et vite redéposé comme il se doit, selon Bart Steenokkerzeel, un Gantois de mes connaissances). Toute proportion gardée, les Bruxellois sont encore bien plus riches que les Français, alors que leur Région est en faillite, sans gouvernement depuis 18 mois, ( Lecornu doit aller arranger cela, lui qui trouve 34 ministres en 48 heures).
    Doté du sens des proportions, je ne voulais pas rater ma réaction ici présente.

  10. On ne peut pas mettre de grilles au fenêtres car c’est un monument historique protégé mais on a pu mettre devant une pyramide en verre complètement anachronique et défigurant ce monument. Je ne dis pas qu’elle n’est pas belle mais je pense qu’elle n’a pas sa place à cet endroit. L’argent dépensé pour cette pyramide aurait été bien mieux employé pour protéger le bâtiment, mettre des vitres anti-effractions, des caméras partout etc.. Une fois de plus on passe pour des incapables aux yeux du monde entier. Merci M. Macron.

    • Il parait que l’architecte qui a pondu la pyramide du Louvre,cette horrible ,verrière,a été choisi selon un processus qui a ignoré les procédures normales d’attribution de marché public.La république a viré l’ancien régime,mais elle a perpétué le  » fait du prince ».

  11. Hélas, ce n’est qu’un des éléments de notre déchéance: la France subventionne elle-même cette déchéance et son invasion … avec les impôts de ceux qui ne sont pas d’accord! Quant à « l’histoire piétinée » évoquée par l’auteur, encore un exemple tout récent: Macron a fait déposer à Alger une gerbe aux victimes de la manifestation du 17 octobre 1961. La plupart des corps repêchés dans la Seine à cette époque relevaient de la guerre entre FLN et MNA. Le FLN a réussi, avec l’aide de ses collabos « français », a imputer ces victimes à la Police française. Et c’est repris par tout le monde.

  12. Imaginons cela…au British museum, au Palais des Offices, au Prado, au Metropolitan de New York, etc…etc…des types avec nacelle et disqueuse, œuvrant sur la voie publique…

  13. Monsieur BAUDRILLER, l’inacceptable est malheureusement franchi depuis longtemps dans un pays qui est incapable de protéger sa population.
    Pourquoi voulez-vous que nos politiques protègent notre culture et notre histoire ?

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