Patrimoine en danger : des éoliennes inutiles près de Notre-Dame des Neiges

Alors que 37 GW d’éolien déjà autorisés approchent le plafond 2035, de nouvelles éoliennes menacent l’abbaye.
@Wikimedia commons
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Six éoliennes de 150 mètres de haut. Telle est la menace qui plane au-dessus d’un site jusque-là extrêmement préservé. Un lieu au double héritage patrimonial : pour son abbaye cistercienne en Ardèche d'une part, et son mythique chemin de Stevenson d'autre part, depuis que l’auteur de Voyage avec un âne dans les Cévennes a raconté, dans son ouvrage, son passage au monastère. Un lieu de silence, de prière et de marche, donc, que l’on s’apprête à transformer en zone industrielle de production énergétique. Qu’importe sa beauté à couper le souffle, qu’importent les alertes des experts sur les dangers et les limites de l’éolien, EDF Power Solutions projette d’implanter ses mâts de fer malgré une forte vague d’opposition. Une pétition portée par l'association Urgence Nature remet le sujet au cœur de l’actualité, alors qu’en novembre 2025, le conseil communautaire Montagne d’Ardèche rendait un avis favorable à ces implantations, retombées fiscales avantageuses obligent.

« On ment aux Français »

Joint par BV, Bruno Ladsous, secrétaire de l’association et président de la Fédération nationale « Vent de colère », qui lutte contre la France défigurée, insiste : « Nous sommes dans un des derniers espaces naturels de ce pays, avec une richesse ornithologique et chiroptérologique exceptionnelle. Ce n’est vraiment pas le lieu pour implanter des éoliennes. » Ce dernier a alerté le gouvernement lors de la publication du décret sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) : « J’ai demandé au Premier ministre de fixer un plafond clair en tenant compte des projets déjà autorisés. » Car, renchérit-il, les objectifs seraient déjà atteints en grande partie : « Nous avons environ 25 GW d’éolien terrestre en service, et une douzaine déjà autorisés mais pas encore construits, soit près de 37 GW. Cela nous amène quasiment au niveau visé pour 2035. » Et de dénoncer un manque de transparence : « Le gouvernement refuse de prendre en compte ces données. Cela empêche les préfets de refuser des projets pourtant devenus inutiles. » Avant de conclure : « On ment aux Français. On construit encore des parcs alors même qu’on doit parfois arrêter la production et indemniser les opérateurs pour de l’électricité non produite. »

Renouveau cistercien

Dans ce combat du pot de terre contre le pot de fer, l’enjeu pourrait dépasser la simple dimension écologique et les atteintes à la biodiversité. Car dans ce lieu où souffle l’esprit, nichée à 1.100 mètres d’altitude, au cœur des montagnes cévenoles, c’est une toute jeune communauté qui vient de s’implanter à l’abbaye Notre-Dame des Neiges, avec un vrai projet missionnaire. Les religieuses, arrivées en 2022 sous la dépendance canonique de l’abbaye Sainte-Marie de Boulaur, viennent d’obtenir le statut de prieuré autonome du pape Léon XIV, le 28 décembre dernier. C'est par ailleurs - et il est bon de le rappeler, à l'heure où plusieurs abbayes ferment - une communauté où les vocations fleurissent : d’abord huit, cinq sœurs les ont rejointes. Suivant la règle de saint Benoît, elles prient et travaillent (ora et labora), se consacrant à l’élaboration de produits ménagers à base de plantes. De plus, elles accueillent chaque année 70.000 pèlerins et randonneurs désireux de participer aux offices ou d’inscrire leurs pas dans ceux de Stevenson. À noter, enfin, pour parfaire le tableau de cet héritage symbolique, cet autre personnage notable en ces lieux : saint Charles de Foucauld était venu goûter à la profondeur du silence contemplatif avant de partir pour le désert.

C’est donc bien une identité culturelle et spirituelle qui se trouve menacée par des enjeux soi-disant écologiques. Sacrifiés sur l’autel de la transition énergétique, le tourisme vert et le renouveau monastique. À l’heure où les décisions se prennent de loin, ces voix qui s’élèvent depuis les montagnes cévenoles rappellent qu’un « territoire » n’est pas qu’un espace disponible, mais bien un héritage vivant où ne souffle pas seulement le vent qui fait tourner les pales… Ces inquiétudes plus que légitimes seront-elles entendues, à l'heure où l'on semble redécouvrir les vertus de l'énergie nucléaire, ou la Macronie continuera-t-elle de brader notre patrimoine culturel et spirituel pour quelques mégawatts ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 22/03/2026 à 9:52.

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Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

48 commentaires

  1. Les prévisions de ces moulins a vent, si différents de celui d’Alphonse Daudet, sont tellement décevantes qu’il est de bon sens de remettre en question leur implantations qui pullulent comme des morpions, par contre les subventions parmi d’autre pour couvrir leurs frais, payé par Nivolas elles, elles se portent bien.

  2. Ces écolos qui font mener la vie dure à propos de la future autoroute A69 pourtant nécessaire mais l’implantation de ces éoliennes près d’une abbaye ne les gêne pas .
    Nous avons beau constater les nuisances des normes, des règles imposées par les écolos, ils continuent à imposer leurs diktats.
    Dans quelques années, on nous avouera « nous avons commis des erreurs ! » comme vient de le faire VDL, à propos du nucléaire mais qui s’accroche toujours au pouvoir
    Je note que les élus de l’AN ont approuvé ce décret de PPE3 ……
    Si le prochain gouvernement pouvait détruire ces éoliennes tant pis si les blocs de béton sont indestructibles , nous ne subirons plus ces nuisances visuelles et sonores

  3. A quel portefeuille profite le crime ? Il y en a qui se gavent au nom d’une écologie de plus en plus nulle alors qu’ils devraient précisément tenir compte de leur idéologie sur ce site et le préserver. Mais quand il s’agit de se remplir les poches il n’y a plus d’écologie qui tienne.

  4. Un gouffre financier de 26,3 milliards d’euros : la Cour des comptes alerte sur le coût des énergies renouvelables
    Un bilan comptable qui donne le vertige
    Selon les sages de la rue Cambon, le soutien public à la production d’électricité renouvelable (éolien et solaire) et de biométhane a coûté à la France la somme colossale de 26,3 milliards d’euros entre 2016 et 2024. Ce montant, qui représente une moyenne de 2,9 milliards d’euros par an, n’est que la partie émergée de l’iceberg.

  5. Je viens de signer la pétition. Faites-en autant !
    « Éoliennes inutiles » tient du pléonasme ! Les éoliennes sont un désastre écologique et environnemental. Il faut arrêter le massacre et démonter tout l’éolien existant, terrestre et maritime.

  6. Beaucoup de « décideurs » ont un pouvoir de nocivité égal à ces « machins » …
    Certains sont même moins efficients qu’une éolienne à savoir moins de 20 % de « compétence » durant toute leur vie ! …

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