Dispositif « MONSHERIF » : le signe d’un État absent face à une violence omniprésente

À Bellerive-sur-Allier, la région met en place un dispositif d'urgence pour les femmes victimes de violence.
peur

Alors que s’ouvre le mois consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes - les féministes célébreront cette journée nationale le 25 novembre prochain -, les collectivités multiplient les opérations vitrines. Campagnes d’affichage, dispositifs de prévention, gadgets connectés... Les outils se diversifient à mesure que la violence s’installe dans toutes les sphères de la société. Jusqu’aux petites villes, que l’on croyait encore préservées.

Le bouton MONSHERIF pour endiguer la violence

À Bellerive-sur-Allier, commune auvergnate de moins de 9.000 habitants, le bouton MONSHERIF vient d’être mis en place pour ces femmes victimes de violences. Ce petit boîtier, discret, relié au téléphone portable, permet d’envoyer un signal d’alerte à une personne de confiance, d’activer une alarme ou d’enregistrer la scène en cas de danger. « Elles sont déjà trois victimes de violences conjugales à être venues nous voir », nous précise le centre communal d’action sociale (CCAS), chargé de la distribution des petits boutons bleus.

Depuis 2021, la région Auvergne-Rhône-Alpes a équipé une dizaine de CCAS de ces dispositifs. Une mesure présentée comme un pas en avant pour la sécurité des femmes mais qui, après le numéro spécial d’urgence, le bouton « Demandez Angela » dans les établissements nocturnes ou les trajets « Uber by women », ne fait que s’ajouter à la longue liste d’initiatives censées rassurer, protéger, alerter...

Les mesures qui cachent l’inefficacité de l’État

Nul doute que ce bouton peut sauver des vies sur l’instant, mais il ressemble surtout à ces mesurettes cache-misère, mises en avant à grand renfort de communication. Car la violence que certains responsables prétendent endiguer n’est pas née d’un manque d’outils mais d’un manque de réponse pénale et politique.

En 2023, les services de sécurité ont recensé plus de 272.000 victimes de violences conjugales, dont 85 % étaient des femmes. L’année suivante, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint : un chiffre en hausse de 11 % en un an, selon les données du ministère de l’Intérieur. À ces drames s’ajoutent 403 tentatives d’homicide au sein du couple. Près de la moitié des victimes avaient déjà signalé les faits, et parmi elles, plus de huit sur dix avaient déposé plainte.

Il faut, en outre, rappeler que les étrangers représentent 13 % de toutes les violences sexuelles sur le territoire, alors qu’ils ne représentent que 8 % de la population en France. On ne fera pas croire aux Français que si Philippine, Lola ou Claire avaient été munies de leur bouton MONSHERIF, elles auraient échappé au pire. Elles n'auraient pas été violées ou tuées si leurs agresseurs avaient été renvoyés comme leurs statuts d'OQTF l’exigeaient.

Si ceux qui distribuent ces boutons peuvent être encouragés, que les politiques et les juges, qui contraignent les femmes à assurer elles-mêmes leur sécurité quand l’inévitable se présente à elles, ne les croient pas dupes. Le nom même du bouton, MONSHERIF, en dit long sur l'état d’impuissance du système : celui de signalements ignorés, de récidivistes libérés trop tôt, d’une violence devenue ordinaire, dans les foyers comme dans la rue, et, enfin, d’une Justice défaillante. Comment éviter que les femmes ne soient tentées de se faire justice elles-mêmes ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 08/11/2025 à 10:13.

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