Opéra Bastille : restauration à 400 millions d’euros ou dernier acte ?
C’était un des grands chantiers de l’ère Mitterrand, voulu par Jack Lang et le Président : l’opéra Bastille. Si Jack Lang est toujours debout, allant sur ses 86 ans, il n’en va pas de même du bâtiment de l’opéra. Même pas quadragénaire, l’édifice - château branlant - menace ruine.
L'opéra Bastille est le fruit d’un énorme malentendu. Ayant reçu 750 projets anonymes pour le nouvel opéra, le jury s’est évertué à deviner quel architecte avait proposé quoi. Un dessin a paru être du célèbre Richard Meier. Le dallage de la façade est si séduisant ! Projet retenu. Il s’avère que c’est celui d’un quasi inconnu, Carlos Ott. Pas grave, le temps presse : le président de la République veut son opéra pour le bicentenaire de la Révolution.
Malfaçons et mal foutu
L’opéra Bastille est donc inauguré en juillet 1989. Coût du machin : l'équivalent de 784 millions d’euros d’aujourd’hui. Le prix s'oublie, la qualité reste ? Non. Dès 1990, une dalle de la façade se décroche car, pressé par le calendrier des festivités nationales, les constructeurs ont dû bricoler. Il faut poser 5.000 m2 de filets de sécurité pour que les mélomanes et les passants n’aient pas le crâne fracassé. Long, très long procès — les filets restent quatorze ans sur la façade qui donne sur la place, et ils sont toujours présents sur une grande partie des murs de la rue de Lyon. Un nouveau revêtement est posé en 2007-2009 aux frais des entrepreneurs. On enchaîne avec une mise aux normes de sécurité de l’intérieur du bâtiment, représentant douze millions d’euros.
Tous ces rafistolages ne changent rien aux défauts de conception : « Un bâtiment froid, sans âme, une acoustique qui ne fait pas l’unanimité », écrivait Radio France, il y a quelques années. Le récent constat de la Cour des comptes est aussi cruel : l’opéra est à la recherche d’une « identité qu’il n’a pas encore trouvée aujourd’hui ». L’opéra « moderne et populaire » que souhaitait Mitterrand n’a jamais été populaire et, vu son vieillissement rapide, jamais moderne.
L’opéra de quat’sous… et quelques millions d’euros
Car il vieillit mal, l’opéra Bastille. Contrairement à la forteresse du même nom, il choit de lui-même. Le lièvre a été levé fin 2024 par la Cour des comptes. « À Bastille, après 32 ans d’activité sans opération d’ampleur, la rénovation ("grand carénage") a désormais acquis un réel caractère d’urgence (étanchéité des toitures, rénovation de la machinerie scénique, cintres, fosse, cadre de scène, etc.) », explique son rapport (p. 7). La Cour estime à 40 millions d’euros les travaux d’urgence. Le coût total avoisinerait les 200 millions d’euros (p. 69).
Estimation basse, en réalité. Interrogée en audition à l’Assemblée nationale fin mai, Rachida Dati donne le chiffre de 400 millions d’euros. Effarant ! La moitié du prix de construction d’un bâtiment qui fête ses 36 ans… Les travaux s’échelonneraient à partir de 2030. Si tout ne s’est pas cassé la margoulette d’ici là, car, à en croire le ministre de la Culture, « la scène peut s’écrouler ».

Modernes et populaires, les grilles de chantier? © Samuel Martin
Coûts de construction, coûts d’entretien, coûts de fonctionnement, coûts de rénovation : les bâtiments modernes ont tendance à être des puits sans fond, des dévoreurs de subventions et de dotations. On incrimine volontiers la mégalomanie de Mitterrand, mais voyez le Centre Pompidou. Intégralement restaurée au bout de vingt ans d’existence en 1997, la plus coûteuse des plomberies est de nouveau restaurée, là encore à coups de centaines de millions d’euros. Le Centre n'a pas cinquante ans.
« Lorsque j’ai quitté l’Opéra en 2004, expliquait l’ancien directeur de l’opéra de Paris Hugues Gall en 2019, la subvention publique représentait 60 % du budget ; aujourd’hui, c’est 40 %. Et il n’y aucune raison pour que la tendance s’inverse. » C’était le bon temps, comprend-on selon la logique socialiste, de « C’est Nicolas qui paye ». Actuellement, dit le site forumopera, le succès apparent de l'opéra Bastille « repose sur une subvention publique massive : 123 euros par billet vendu, ce qui alimente les accusations de redistribution sociale "à l’envers" ». Aussi certains, comme Jean-Pierre Robin, dans Le Figaro, s’interrogent-ils : le moment n’est-il pas venu de démolir l’opéra Bastille ? Faire table rase de ce laid et coûteux symbole du socialisme mitterrandien serait une vraie révolution !

Un coin de l'Opéra, entre filets de protection et végétalisation cache-misère. © Samuel Martin
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63 commentaires
Bonjour BV,
Vous devriez lancer un sondage pour savoir qui est favorable à la démolition, plutôt qu’à la restauration, d’un ouvrage qui ne semble pas avoir marqué son époque.
Moi, je voterai…
L’opéra Bastille est a l’image de ces Presidents bouffie d’Ègos qui préfèrent construire des moments à la va vite plutôt que construire de la concorde Nationale ils se prennent pour des Dieux .
Un ouvrage qui ne s’imposait pas ;comme la pyramide du Louvre, comme les Colonnes de Buren… entre autres. Tout cela a coûté des centaines de millions au contribuable.
L’architecture moderne ne construit plus que de l’éphémère cher.
A raser ou à privatiser. Inutile d’engloutir des centaines de millions pour rafistoler un bâtiment à l’heure où l’on cherche des économies à réaliser.
Je suis plutôt favorable à l’existence d’endroits où on puisse assister à des opéras et des concerts de musique classique, c’est largement plus utile que des radios nulles qui diffusent du rap et autres bruits nauséabonds. Comme c’est parisien, laissons les parisiens financer ce qu’il leur semble nécessaire (i.e. retaper Bastille ou refaire du neuf) sur leurs impôts, vu qu’ils votent généralement pour des gens qui ne sont capables que d’augmenter les impôts. A priori s’il fallait détruire un grand bâtiment à Paris, je serais plutôt en faveur de l’institut du monde arabe qui ne sert à rien, et virer celui qui le dirige depuis tant d’années.
D’accord pour votre début de phrase , mais : Est-ce que les 2 théatres du Chatelet ( + l’ Opéra Garnier) ne suffisaient pas pour la bonne , la vraie musique ? Sachant que les formations moins symphoniques se produisent aussi dans les églises et les plus petits théatres? Et jusqu’à St Germain-en-Laye pour le symphonique/vocal ?
Entièrement d’accord sur votre dernière phrase aussi ( et virer les tuyauteries/tubulures ayant saccagé, et l’église St Eustache, et les pavillons de Baltar).
Ce bâtiment est l’objet de malfaçons … L’architecte et le maître d’oeuvre ne sont-ils pas assurés ? Non , c’est encore le bon peuple de France qui va payer l’addition à la place des responsables de ce naufrage .
Lesdits responsables étant de gauche, ils sont au delà de toute responsabilité – et donc de toute sanction. Motif : c’est pour le bien public. Echelle tirée.
Dans les années 60, une armada de mauvais architectes, non ingénieurs et aux goûts esthétiques douteux, se sont constitué une belle rente patrimoniale en construisant de la m… sur de la m..de. Je sais, j’en ai deux exemples dans la famille ( La grande Motte) et les amis ( St Mandé); Pas vus, pas pris quand les premiers immeubles se sont littéralement effondrés..
A raser ce machin mitterrandien !!
Qu’en est-il le l’Opéra Garnier, dont les frais d’entretien, justifiés quant à son aura, sont sûrement très élevés, mais qui est – est sera pendant longtemps – toujours là depuis sa création en 1875!
Dépenser autant d’argent pour rénover cette horreur , y compris le fait de l’envisager ,!
La destruction totale serait moins couteuse et certainement très utile pour y construire un petit immeuble , un arc ou tout simplement une école !
Oh que oui ! Un square ?
imaginez, en 1900, devoir rénover l’opéra Garnier…ou le raser?
Oui, c’est à peu près cela! or, il a 150 ans, et il fonctionne encore!
Dans le même état que la France qui se « fissure » dans tout les coins !!
A raser oui très bonne idée ce truc immonde a déjà couté assez cher !
La critique est facile ..depuis 15 ans les normes de construction ont évolué et les vitrages de cet OPERA doivent être changés…
Tous ceux qui ne sont ni mélomanes ni musiciens (ce que révèlent les commentaires).ne peuvent comprendre le plaisir immense d’écouter et voir un Opéra dans cette magnifique salle.Tant pis pour vous gardez votre bile hargneuse.
Heureux de lire votre commentaire qui va dans le même sens que le mien. Ras le bol des jaloux ou manquant de culture qui ne peuvent comprendre ce que l’on ressent lors d’un spectacle d’opéra, spectacle sans doute le plus complet qui soit, associant musique, chant, jeux d’acteurs, cinéma souvent (videos)….
Comme quoi, même dans un média de droite qui se veut sensé, on trouve des rédacteurs et lecteurs tout aussi dogmatique qu’à la gauche de la gauche! Lire des âneries de souhait de démolition du bâtiment pour le remplacer par un jardin par exemple! A l’image des « parc à chèvres » remplis de détritus et d’herbes folles comme on en voit partout dans Paris?
Vous avez tout à fait raison, la salle de l’Opéra Bastille es très agréable, sans dorure, juste une scène !
Cependant, le bâtiment extérieur est d’une laideur extraordinaire (hors de l’ordinaire), alors comment consever la Salle et raser les murs extérieurs … je n’en ai pas la moindre idée, ce qui est certain c’est d’analyser les travaux à faire, d’en calculer le coût, le vrai pas celui des devis qui finissent pas être doublés quand ces travaux concernent le Public, et seulement à ce moment là choisir entre 3 solutions :
– tout raser et reconstruire un Opéra,
– déconstruire le bâtiment sauf la salle et reconstruire une structure,
– remplacer les parties défectueuses.
une dernière possibilité, démolir et créer un grand espace vert directement en lien avec la Coulée verte allant à Vincennes.
Ni populaire ni moderne mais c’est exactement ce qui caractérise le PS…