[MUNICIPALES] Reconquête : entre percée parisienne et implantation fragile

Suspense à Paris, résultats modestes en province : Reconquête cherche encore son ancrage municipal.
Sarah Knafo s'exprime devant ses militants / Capture écran CNews
Sarah Knafo s'exprime devant ses militants / Capture écran CNews

23h10. Sarah Knafo prend la parole devant ses soutiens réunis pour la soirée électorale à Paris. Les résultats définitifs ne sont pas encore connus. Les premières estimations la situent dans une fourchette incertaine, entre 9,6 % et 10,4 %, tout près de la barre décisive qui permet de se maintenir au second tour.

Dans la salle, chacun comprend que quelques dixièmes de point peuvent encore faire basculer la soirée. Les remontées des bureaux de vote continuent d’arriver au compte-gouttes et militants comme cadres du mouvement scrutent les résultats, arrondissement par arrondissement, sans qu’une tendance claire ne se dégage encore.

Au cours de cette prise de parole, elle donne rendez-vous à ses soutiens dès la publication officielle des résultats, saluant la qualité de la campagne menée et la dynamique créée au fil des semaines qui lui a permis de passer de 4 % des intentions de vote à plus de 10 %.

Ce n’est que tard dans la nuit que la qualification de la candidate Reconquête pour le second tour se confirme définitivement. Elle réagit publiquement le lendemain matin, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux : « Les résultats sont tombés, j’atteins le second tour. C’est une percée historique pour nos idées », précise-t-elle, remerciant les « dizaines de milliers » d’électeurs qui ont porté leurs suffrages sur sa candidature.

Avec un peu plus de 10 % des suffrages, Sarah Knafo franchit donc finalement la barre fatidique. Une qualification qui constitue, toutefois, une légère déception pour son camp, palpable au cours de la soirée : pendant la campagne, plusieurs sondages situaient la candidate Reconquête autour de 13 %.

Une belle progression pour Reconquête à Paris

Le résultat marque, néanmoins, une progression du parti d'Éric Zemmour dans la capitale. Lors de la présidentielle de 2022, ce dernier avait recueilli près de 8,5 % des voix à Paris. Aux élections européennes de 2024, la liste conduite par Marion Maréchal pour Reconquête avait obtenu environ 6 % dans la capitale. En dépassant les 10 %, Sarah Knafo signe ainsi le meilleur score du mouvement à Paris depuis sa création.

Pour le politologue Arnaud Benedetti, interrogé par BV, cette performance s’explique par la dynamique de campagne de la candidate « qui lui a permis de récupérer un électorat de droite, conservateur, qui se retrouve dans son offre politique et qui ne se retrouvait pas forcément dans l’offre politique de Madame Dati ».

Dans ce scrutin municipal, la gauche arrive pourtant largement en tête avec Emmanuel Grégoire, proche de 38 %, tandis que la droite apparaît divisée entre Rachida Dati, autour de 25 %, et le centriste Pierre-Yves Bournazel, au-dessus des 11 %. Sophia Chikirou, pour LFI, réunissant pour sa part presque 12 % des voix.

L’union des droites au cœur du second tour

Au lendemain du premier tour, la bataille politique s’est rapidement déplacée sur le terrain des alliances. Dans un paysage très fragmenté, la question du rassemblement est devenue centrale pour tenter d’empêcher la gauche de conserver l’hôtel de ville. Pour Sarah Knafo, les résultats conduisent à une conclusion claire : seule l’union des droites pourrait offrir une véritable chance de victoire face à la gauche parisienne. « Le combat va être serré. […] Il nous reste une chance, et une seule, de battre la gauche : le rassemblement de toutes nos forces. »

Dans cette logique, elle a publiquement tendu la main à Rachida Dati, appelant dans son message vidéo sur X à dépasser les logiques partisanes : « Je ne vous propose pas un accord d’appareil. Je vous parle d’un accord de femme à femme. Ensemble, nous avons le pouvoir de battre la gauche. » Pour Arnaud Benedetti, cet appel s’inscrit dans une ligne politique cohérente : la candidate « entend incarner l’union des droites, d’où l’appel qu’elle a lancé à Madame Dati pour créer les conditions de ce rassemblement ». Contactées par BV, la candidate et son équipe n'ont pas répondu à nos demandes d'entretien, attendant probablement l'heure limite de dépôt des listes de second tour, ce soir, avant toute prise de parole.

Mais Rachida Dati choisit une autre stratégie en se rapprochant du centriste Pierre-Yves Bournazel. « La victoire est possible si les Parisiens qui veulent le changement se mobilisent et se rassemblent. Nous allons travailler avec Pierre-Yves Bournazel à un projet d’alternance », a-t-elle déclaré, sur X. Dans ces conditions, un second tour à plusieurs listes reste possible. Une configuration qui pourrait mécaniquement favoriser la gauche en déclenchant la dispersion des voix à droite.

En province, une implantation encore embryonnaire

Mais Paris n'est pas la France. Si la bataille parisienne concentre l’attention médiatique, le scrutin municipal se joue surtout dans les villes moyennes et les communes intermédiaires, là où se construit l’implantation territoriale des partis. Dans un message publié dimanche soir sur les réseaux sociaux, Éric Zemmour s’est ainsi félicité de l’élection d’une centaine de maires Reconquête dans des communes de moins de 1.000 habitants. Pour la direction du parti, ces victoires locales constituent les premières pierres d’un ancrage territorial appelé à se développer.

Ce succès relatif dans de très petites communes s'accompagne de bonnes performances dans plusieurs villes, où des têtes de liste Reconquête franchissent la barre symbolique des 10 % : Tony Gomes à Limours (Essonne), Paule Svatek-Muracciole à Fontainebleau (Seine-et-Marne), Olivier René Joye à Nieppe (Nord), Pierre-Yves Thomas à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) ou encore Benoît de Boysson à Bourg-en-Bresse (Ain).

Ces résultats témoignent de tentatives d’implantation locale encore modestes, mais qui commencent à dessiner la présence électorale du mouvement dans certains territoires. La politique est affaire de temps, rappelle Arnaud Benedetti. Le politologue constate que le RN bénéficie d’un avantage historique et électoral important, avec quarante ans d’existence, et d'un électorat populaire fidèle. À l’inverse, Reconquête reste davantage ancré dans un électorat de droite conservatrice et libérale, souvent issu de la droite traditionnelle. « Reconquête a des petites niches […] mais le parti n’a pas l'assise sociologique du Rassemblement national. »

Entre la qualification parisienne de Sarah Knafo, quelques percées locales et un réseau d’élus revendiqué dans les petites communes, Reconquête pose les premières bases d’un ancrage territorial encore fragile mais que le parti compte consolider lors des scrutins à venir.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

111 commentaires

  1. A la question « plutôt Dati que la gauche à Paris ? », je répondrais sans hésitation « tout, sauf la gauche à Paris », qui a fait suffisamment de dégâts sur cette ville. Pourtant, les Parisiens semblent en redemander. Dimanche prochain, sans cette sempiternelle union des droites dont tout le monde parle, mais que bien peu parviennent à réaliser, il est fort probable que Paris replonge dans la spirale catastrophique amorcée par madame Hidalgo. On pourra toujours lancer aux Parisiens en guise de morale : « vous avez votez ? Eh bien ! payez, maintenant. »

    • Depuis sont arrivé à la mairie de Paris avec Delanoë, la gauche n’a eu de cesse de faire du clientélisme auprès de certaines populations de la moitié EST de Paris, distribuant a qui le veux , subventions,aides en tout genre et travaux détruisant le cadre de vie et de travaille de beaucoup de parisiens et de professionnels au point que la dette s’élève a plus de 10 milliards d’euro.
      Dati ne fera rien pour y remédier , Knafo pouvait le faire dans le temps mais vue le travaille de sape de la gauche et des pro Dati ….. Même avec peu de siège au conseil de Paris , Knafo peux y mettre sont grain de sel.
      Quand a 2027, il est sur et certains que la gauche et tout ses nervis journaliste et autres fouilles poubelles sont déjà a la chasse aux casseroles afin de discalifier Knafo, comme elle la fait pour tout les candidats de droite qui ce sont mis au travers de sont chemin et qui l’aurait empêcher de réaliser sont but final, mettre la main sur la totalité des institutions de ce pays et le pays lui même, tel une des nombreuses dictatures communiste actuel dans le monde.

    • Les LR ,comme l’UMPautrefois,tellement de droite qu’on l’appelait l’UMPS,sont tout à fait gaucho-compatibles.Ainsi,après la dissolution de 1995,le calamiteux chirac (sans majuscule) s’entendait avec jospin comme larrons en foire.A croire qu’ils sont tous frères de loges ou membres du club élitiste Le Siècle.

  2. Mais de quelle droite parle cette dame ? Deux choix pour elle à présent : Trahir ses électeurs en décidant de se retirer pour favoriser le vote des macronistes ( Dati-Bournazel) ; Avoir un peu de panache ; en terminer avec les « courbettes » et rester au deuxième tour pour obtenir des sièges au Conseil de Paris, et ainsi, respecter son électorat. Il faut arrêter de faire « mumuse » avec la macronie. De plus, Macron, Philippe, Attal, Retailleau, ne veulent en aucun cas du soutien de Madame Knafo, qu’ils qualifient de  » néo-nazi ». Alors, un peu d’honneur de nuit pas, au contraire…

  3. RECONQUETE, et un parti qui n’a que 3/4 ans, et déjà, il fait parler de lui, car les bonnes idées, et le programme de M. ZEMMOUR est le meilleur pour redresser, la France.. Si une majorité des français le souhaitent tout peut rendrer dans l »ordre dans les 3/5 ans à venir après les Présidentielles. Quant on VEUT on PEUT. A nous français de vouloir très fort pour sauver notre FRANCE.

  4. Sarah Knafo parle avec son cœur, Dati avec son portefeuille. Elle va perdre l’élection par son ego démesuré et va laisser la place au bras droit de Hidalgo, beau travail politique pour une ex multi.ministre.

  5. Sarah Knafo a fait une très belle campagne, avec un programme structuré, chiffré contrairement aux autres qui balançaient des généralités, banalités, sans chiffrage précis etc…
    Mais les bobos gauchistes de salon ont préféré la continuité dans le développement de la laideur de Paris, qui, s’exileront si LFI arriverait au pouvoir en 2027.
    La France s’enlise, se meurt mais une figure émerge enfin et c’est une femme Sarah Knafo quoiqu’on en dise. Elle trace son chemin tout comme le RN qui a fini par s’imposer.
    Les gauchistes portent une très lourde responsabilité du déclin de la France !

  6. Décidément, personne n’en veut de notre « surdouée de la politique ».

    À Paris, l’opération d’union des droites de Knafo à Dati se limite finalement à une union de Knaffo avec Knafo qui augure mal de l’avenir politique de notre Jeanne d’Arc zemmourienne.

  7. J’espère que Dati va prendre une veste et pourtant dieu sait que je ne suis pas de gauche, mais de toute façon les LR que ce soit elle ou Bournazel ne représentent pas la droite mais la macronie. Sarah knafo est trop bonne, cette fausse droite ne mérite pas la main tendue.

  8. Je vous écris de Rome. Voyage express de 2 jours entre les 2 tours.
    Bernini/Sixtine/Tivoli…
    Vivons notre culture parce qu’elle est belle, parce qu’elle est grande.
    Notre passé est glorieux.
    Je vous en conjure soyons fiers de ce que nous sommes.
    Battons nous. Ça vaut le coup.

  9. Sarah Knafo parle dans le vide en s’adressant à R.Dati . Cette dernière est une fonctionnaire. On lui dit « viens là », elle vient . Elle n’a pas la carrure pour prendre une décision transgressive et s’émanciper du système . C’est la dernière de ses idées, d’ailleurs. Mieux vaut concocter une alliance (inutile) avec Bournazel ou n’importe qui et continuer à jouir du système et de ses privilèges . Tant pis pour les Parisiens.
    C’est une chance historique pour Paris mais ça, ça passe bien au-dessus du petit crâne de Rachida.

  10. Dati préfère s’allier à Bournazel ; bien, elle ne sera jamais maire de Paris et cela me met en joie. Paris aura son petit choix : bobo PS woke contre bobo fausse Droite macronienne (la Macronie étant issue du PS). Paris aura très exactement ce qu’il mérite.

  11. Reconquête parle matin, midi et soir d’union des droites mais refuse toute discussion avec les autres partis. Ils ont maintenu leurs candidats aux législatives de 2024, la vingtaine d’investitures évoquées ne leur convenait pas, ils ont ensuite vu la quasi totalité de leurs cadres quitter le mouvement. Au lieu de siéger avec l’ECR, le parti se retrouve contraint d’être à la remorque de l’AFD (qui poussera à son paroxysme la guerre économique contre la France). Ils nous refont encore une fois le coup à Paris cette fois-ci. Ils pourront se gargariser d’avoir 2 sièges au conseil de Paris. Même si je sais que Dati rechigne à lui tendre la main, Sarah Knafo est arrivé loin derrière, c’est à elle de se retirer si elle veut réellement faire barrage à la gauche !

    • Et ça lui apportera quoi d’avoir 2 sièges d’opposition ! Elle est qualifiée de justesse, elle est loin derrière Dati, Bournazel a fait un meilleur score qu’elle, son maintien ne servira qu’à faire gagner la gauche. Plutôt que d’avoir des élus, elle aurait pu obtenir des postes au cabinet du maire, ces postes sont bien plus importants qu’un conseiller godillot.

      • Gaut.
        Vous n’avez pas l’impression d’inverser les rôles !!!? SK A proposé l’union ! Dati n’en veut pas, pour préférer Bournazel ! Pourquoi ne pas décider l’union des 3 droites ?
        Le PS ne s’allie-t-il pas avec LFI !? Quelles pitreries !

    • Bien d’accord avec vous ..dati méprise » la main tendue ».. elle sait qu’elle va perdre mais la joue  » alternance » associé a un autre macroniste comme elle…Au prochain remaniement elle sera de nouveau ministre de Macron..rien a voir avec la droite…..Sahra doit s’assurer des sièges au conseil de Paris pour en influencer la gestion..Dati pleurnichera qu’elle perdu a cause de la division de reconquête…et ce sera repris par la presse de tout bord pour justifier l’échec de dati …puisqu’elle refuse nos voix genereuses( trop) la seule responsable c’est elle.. .
      .

      • « Dati pleurnichera qu’elle a perdu à cause de la division de Reconquête » , or c’est elle-même qui a refusé la main tendue de Sarah Knafo.

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