[MUNICIPALES] La dynamique patriote gagne aussi la Bretagne

La percée frappe d'autant plus que la région a longtemps été un fief de la gauche.
Blanche Le Goffic, Théo Thomas, Pierre-Yves Thomas et Virginie d'Orsanne
Blanche Le Goffic, Théo Thomas, Pierre-Yves Thomas et Virginie d'Orsanne

« On ne savait pas à quoi s’attendre ». Ce dimanche soir, à Lannion, Blanche Le Goffic ne cachait pas sa satisfaction. Avec 18,99% des suffrages récoltés, la tête de liste RN de seulement 19 ans réalise un score historique pour une première dans une ville de gauche. Un résultat qui résume à lui seul ce que ces municipales ont de singulier en Bretagne.

Juin 2024 avait provoqué « un véritable tremblement de terre » selon Gilles Pennelle, député européen et président des élus du groupe RN au conseil régional de Bretagne, qui avait vu Jordan Bardella arriver en tête dans les quatre départements bretons, loin devant la liste du PS. Les dernières législatives avaient également confirmé la tendance et les municipales, elles, l’inscrivent dans le marbre. À Lorient, Lannion, Saint-Brieuc, Brest, Quimper, Saint-Malo ou encore Fougères, les listes du camp national sont présentes partout au second tour avec des scores inédits. « Cette dynamique confirme l’enracinement », souligne Gilles Pennelle au micro de BV. « On laboure dans une terre difficile, mais on commence à récolter ».

Pendant des années, la région faisait figure d’anomalie électorale et vu comme une forteresse de gauche que les vents nationaux semblaient contourner. Cette époque est maintenant révolue, ou presque. La région n’avait jamais vu un tel nombre de listes accéder au second tour d’un scrutin électoral local. Il faut dire que la Bretagne a longtemps résisté à toutes les tentatives d’implantation du camp national, y compris à Jean-Marie Le Pen, lui-même, pourtant originaire de La Trinité-Sur-Mer. « Les maux qui touchent le pays comme l’immigration, l’insécurité ou l’augmentation des violences arrivent maintenant en Bretagne » résume Gilles Pennelle. Dans les campagnes bretonnes, le vote patriote progresse donc, porté par un sentiment d’abandon que les années n’ont fait qu’amplifier.

Sur le terrain, les thèmes ont changé

Malgré une excellente dynamique et un ancrage qui commence à pointer le bout de son nez, la campagne n’a pas toujours été simple. Dans les Côtes d’Armor, Blanche Le Goffic, tête de liste à Lannion, raconte un climat délétère : « des faux tracts ont été distribués et des militants antifascistes sont venus perturber nos réunions publiques », décrit la jeune femme. Pas de quoi reculer pour autant. Dans une ville où il n’y a jamais eu d’alternative à droite et où le parti à la flamme investissait pour la première fois un candidat, la liste a réussi à imposer de nombreuses thématiques jusque là absentes du débat local : sécurité, circulation et re-dynamisation des centres-villes. Des sujets qui ont trouvé un écho immédiat auprès des habitants. Pour Blanche Le Goffic, son accession au second tour est symptomatique de ce que souhaitent les habitants. « Il y avait essentiellement des listes divers-gauche ou d’extrême-gauche. Ça ne correspond plus aux attentes des habitants ».

À Fougères, Virginie d'Orsanne, tête de liste pour le RN et élue au conseil régional de Bretagne, dresse un constat similaire. « En Bretagne, la gauche a voulu nous faire croire qu'il n'y avait aucun problème ». Sa liste a triplé son nombre de voix par rapport à 2020. L'élue bretillienne l'explique simplement : « Les habitants adhèrent à nos idées car cela répond à leurs problématiques quotidiennes ».

Cette dynamique n’est pas propre à ces deux villes. Dans l’ensemble de la région, les candidats patriotes décrivent un électorat qui assume davantage son choix, loin du tabou qui entourait autrefois ce vote. Par exemple, dans le Morbihan, à Lorient, le score du RN a doublé depuis les dernières élections municipales en 2020, passant de 7,03% à 15,81%, permettant à la liste de se qualifier pour la première fois au second tour. Sa tête de liste,Théo Thomas, voit dans cette progression un choix assumé plutôt qu’un sentiment protestataire : « Lorsque l’on vote aux municipales, c’est un vote d’adhésion. En cas de rejet, les électeurs ne se déplacent pas ». Le jeune étudiant en droit public a parlé à tout le monde en restant dans les préoccupations concrètes, en utilisant de nouvelles méthodes ayant agacé les autres listes. « Nous avons été très présents sur les réseaux sociaux. On nous l’a reproché, mais on a ce besoin de transparence que les autres n’ont pas ».

Même logique à Saint-Brieuc, dans les Côtes d’Armor, où Pierre-Yves Thomas, coordinateur départemental Reconquête a présenté une liste de droite sans étiquette partisane. Avec 12,91% des suffrages obtenus et une qualification au second tour, il dresse le portrait d’une ville mal entretenue, difficile d’accès et endettée après des années de gestion qu’il juge calamiteuse. « Beaucoup de Bretons se rendent compte que les sujets comme l’insécurité ou la submersion migratoire arrivent chez eux » nous explique-t-il « cela provoque un réveil électoral ».

2027 s’annonce déjà

La campagne des municipales prometteuse du camp national qui va s’achever dans le pays breton laisse entrevoir le meilleur pour 2027. Les problématiques nationales telles que l’insécurité, la pression migratoire ou encore la dégradation du cadre de vie s’invitent désormais dans les scrutins locaux. Et partout, les remontées convergent : lassitude envers les élus sortants, inquiétudes nouvelles dans les villes moyennes, recherche d’une alternative crédible, etc. Gilles Pennelle, lui, ne cache pas son ambition « Dans la ruralité bretonne, le score va exploser en 2027 ».

Une prédiction que les résultats de ce week-end rendent difficile à balayer. La Bretagne, longtemps présentée comme un bastion politique immobile, semble désormais engagée dans une recomposition profonde. Le vote patriote n’y est plus éphémère mais relève d’un choix assumé et de plus en plus nombreux. Longtemps épargnée, elle n’est plus une exception. Reste à voir jusqu’où cette dynamique ira aux prochaines élections présidentielles.

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Baptiste Mousseaux
Journaliste à Boulevard Voltaire

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