Miracle à l’abbaye de Soligny : une bière trappiste est ressuscitée
L’abbaye Notre-Dame de la Trappe, située à Soligny, en Normandie, est un haut lieu de la tradition, mêlant vie contemplative, retraites spirituelles et, plus récemment, artisanat brassicole. En effet, depuis le 28 juin, une nouvelle page de son histoire s’écrit : la résurrection, non par intervention divine, mais par celle des moines, d’une bière oubliée, baptisée Hercelin. Ce projet incarne une alliance féconde entre histoire, foi, savoir-faire artisanal et innovation, visant à redonner vie à une boisson disparue depuis plus d'un siècle.
Bientôt 900 ans d’Histoire
Soligny fut fondée vers 1140 par Rotrou III, comte du Perche, en mémoire de son épouse Mathilde, victime du tristement célèbre naufrage de la Blanche-Nef. En 1147, l’abbaye devient officiellement « fille de Cîteaux », s’inscrivant ainsi dans le réseau des cisterciens de Clairvaux. Son rôle religieux, mais aussi agricole et économique, est alors considérable, au Moyen Âge. Cependant, le monastère traverse également des heures sombres, notamment durant la guerre de Cent Ans et son cortège de pillages et de destructions.
En 1660, l’abbé de Rancé réforme la communauté en réintroduisant la rigueur de la « règle cistercienne de stricte observance », donnant naissance au courant des trappistes. L’abbaye s’élargit alors et attire de nombreuses vocations. Cependant, la Révolution française bouleverse profondément Soligny, à l’instar de nombreuses autres communautés monastiques : les moines, menacés et persécutés, prennent le chemin de l’exil, tandis que le monastère est pillé et saccagé par les sans-culottes.
De retour en 1815 après la tempête révolutionnaire, la communauté relève patiemment les ruines. Une nouvelle église néogothique est bâtie et l’hôtellerie du XIIIe siècle est restaurée. L’abbaye devient, au fil des décennies, un centre agroalimentaire florissant grâce, notamment, à de vastes exploitations agricoles. Une pharmacie, une imprimerie et même une chocolaterie assurent l’autonomie financière et la pérennité de la communauté monastique.
Encore aujourd’hui, les trappistes vivent selon la règle ora et labora et proposent aux visiteurs, curieux ou pèlerins, de découvrir leurs produits artisanaux vendus en boutique, parmi lesquels un nouveau venu attire déjà l’attention : la bière Hercelin.
La renaissance de la bière Hercelin
Car depuis le 28 juin, les moines trappistes de Soligny ont relancé le brassage d’une bière historique. Selon les informations données par le père abbé Thomas Georgeon à nos confrères de RCF, « la première brasserie à la Trappe a été construite il y a 350 ans. On brassait de la bière pour les frères. » Après leur retour en 1815, les moines ont cependant progressivement abandonné cette activité au profit d’autres productions.
Plus d’un siècle plus tard, Dom Georgeon, en fouillant les archives du monastère, découvre un manuscrit datant de 1846 dont le contenu, à demi effacé, était presque indéchiffrable. Avec patience et persévérance, il parvient à reconstituer une recette oubliée de bière jadis produite à Soligny.
En collaboration avec une brasserie locale, la bien nommée La Vertueuse, et en utilisant une eau de source des alentours, les moines ont redonné naissance à cette bière ancestrale, blonde, biologique et baptisée du nom du père abbé qui entreprit la reconstruction de l’abbaye après la Révolution.
Cette première édition, limitée à 2.500 bouteilles, est vendue exclusivement sur place, à l’abbaye. Un choix assumé, comme le souligne Dom Georgeon : « Le fait de ne commercialiser la bière qu’à l’abbaye, c’est aussi une invitation. Une manière de raconter une histoire, de faire vivre un lieu et de dire quelque chose de la foi et de l’espérance qui nous habitent. »
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9 commentaires
Une bonne nouvelle sur BV c’est à noter!
« De retour en 1815 après la tempête révolutionnaire ». De retour en 1815 après le désastre révolutionnaire.
Hercelin , après la mise en bière , la mise en fût …
Une brasserie des environs et une source pas trop loin, j’ai l’impression que nous avons là une bière d’abbaye plutôt qu’une trappiste. Pour info, la trappiste doit être brassée dans l’abbaye et par les moines, et avec la source de l’abbaye mais bon, si je la trouve je prendrai un Georgeon ! Quant à la bière d’abbaye, elle a le nom d’une abbaye et s’inspire de son histoire mais sans plus, souvent brassée bien loin du lieu, et en milieu industriel assez souvent, il y en a de très bonnes toutefois…
Si c’est pas ça l’histoire de la France…
Un nom prédestiné : dom gorgeon (pardon pour ce jeu de mots facile)
Très, très bien. On a besoin de plus en plus de gens qui font revivre notre passé. Amen!
Bien
De quoi écluser un Georgeon?