Mercosur : pour les agriculteurs, le compte à rebours final est enclenché

Dernière bataille au Parlement européen. Le 18 décembre, von der Leyen doit s'envoler pour le Brésil.
©Aliénor de Pompignan
©Aliénor de Pompignan

Le 18 décembre, Ursula von der Leyen prendra l’avion pour le Brésil. Objectif : la signature, le 20 décembre, du fameux traité du Mercosur, synonyme de ruine de notre agriculture. Le couperet est levé sur les campagnes. Une journée de protestation agricole est organisée à Bruxelles, ce 18 décembre, à la veille de Noël. Les paysans reviendront sur le pavé avec l’énergie du désespoir. Les organisateurs attendent quelque 10.000 manifestants : « Les agriculteurs n'ont cessé d'alerter sur les réformes de la politique agricole commune (PAC) et du budget, la réglementation excessive qui restreint l'initiative agricole et la volonté de conclure des accords commerciaux inacceptables, comme celui du Mercosur, affirme la Copa-Cogeca, qui se présente comme la voix des agriculteurs et de leurs coopératives dans l’UE. Aujourd'hui, à la fin de l'année 2025, les attentes restent insatisfaites. » C'est le moins qu'on puisse dire...

Cette dernière bataille se déroule donc dans les travées du Parlement européen. La députée européenne LR et agricultrice Céline Imart s’est élevée, ce 1er décembre, contre les fameuses « clauses de sauvegarde » du Mercosur, « présentées par Emmanuel Macron à Lula comme l’avancée majeure qui nous permettrait de valider l’accord ». Mais le rouleau compresseur européen laisse peu d'échappatoire. « Les intérêts sont trop puissants : l’Allemagne défend son industrie, la France est trop seule », nous confie Céline Imart. Une trahison, après un double jeu cynique. On se souvient du président de la République en bras de chemise promettant monts et merveilles aux agriculteurs français en colère dans le cadre du Salon de l’agriculture de Paris. Là encore, les agriculteurs sont abandonnés en rase campagne - c'est le cas de le dire. Les clauses de sauvegarde ? Des garanties Rustine, censées garantir la réciprocité, éloigner la concurrence déloyale, garantir la sécurité publique, installer des clauses miroirs et des contrôles crédibles des denrées agricoles importées en France, compenser les pertes trop lourdes pour les agriculteurs français, promesses d'analyses a posteriori, de suivis tardifs : la tuyauterie infernale de l'UE, jamais à court d'une complexité administrative pour éviter de régler le problème clairement. Trop tard, trop lent, totalement inefficaces. « Des cache-misère » qui ne « garantissent rien », déplore Céline Imart. Le 18 novembre dernier, le Parlement européen a écarté d'un revers de main la demande de saisine de la Cour de justice de l'UE par un groupe informel de députés opposés au Mercosur. Circulez !

La France ligotée dans l'UE

Dans ce combat, le député RN Gilles Pennelle est lui aussi sur le front, comme Sarah Knafo ou Marion Maréchal. À propos des clauses de sauvegarde, de ces vraies-fausses garanties, il évoque « un double enfumage et un double mensonge ». « On fait croire aux citoyens et aux agriculteurs qu’on va améliorer le traité de libre-échange alors qu’on ne va pas y toucher, puisque la clause était déjà dans le traité depuis 2019. » Il dénonce « un instrument correctif temporaire, qui ne modifie en rien l’économie générale de cet accord qui est mauvais et qui restera mauvais pour notre agriculture ». On ne saurait être plus clair. Gilles Pennelle évoque un deuxième enfumage : « Les conditions proposées par la Commission sont rédigées pour que les clauses de sauvegarde ne se déclenchent jamais. » « Oui, double enfumage et mensonge, conclut Pennelle, sur un traité du Mercosur qui, s’il était adopté, serait une catastrophe pour notre agriculture ».

Dans cette affaire, les opposants se donnent la main : RN, LR, LFI, même les Verts et les socialistes s’opposent au Mercosur. La seule incertitude concerne les macronistes : voteront ? Voteront pas cet accord délétère ? Le mystère est pour l’instant bien gardé.

Le dossier Mercosur résume merveilleusement le fonctionnement de l’UE, qui écrase la France. Les agriculteurs paieront, par la ruine de leur activité, les débouchés de l’industrie automobile allemande ! Comment faire plus efficacement la démonstration que, dans l'UE, la France ne parvient pas à défendre ses intérêts, même avec un front commun transpartisan.

La France isolée

L’UE a ruiné l’industrie française, elle achève l’automobile, étouffe les petits commerces dévastés par la concurrence chinoise et s’apprête à donner le dernier coup fatal à notre agriculture déjà très affaiblie par la politique européenne. Les paysans payent les conséquences d’un Président français faible à la tête d’un État isolé dans une Europe aussi despotique vis-à-vis de ses membres qu'impuissante face aux grands ensembles mondiaux. Dans son livre lumineux et terrible à la fois (Trump et nous, comment sauver la France et l'Europe, Odile Jacob), l’économiste Christian Saint-Étienne va au-delà du Mercosur (p. 71) et constate les conséquences de la toute-puissance de l'administration française, elle-même soumise à l'administration européenne : « Les conséquences des interventions aveugles de la bureaucratie française, c'est la chute des productions agricoles du pays. Plus des deux tiers des fruits, la moitié des légumes et plus de la moitié de la volaille consommés dans l’Hexagone sont désormais importés. Des productions réalisées à l’étranger avec des produits phytosanitaires interdits en France. » Avec le Mercosur, la France fait un pas de plus vers la folie.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

50 commentaires

  1. L’Europe de Bruxelles ne cesse d’imposer à nos agriculteurs des normes et des contraintes de toute sorte. Et « en même temps » elle interdit les contrôles aux frontières et va s’entendre avec des pays où l’agriculture est pratiquement sans normes, sans charges sociales et où les salaires sont beaucoup plus bas, entraînant des prix de revient évidemment sans comparaison avec ceux imposés à nos agriculteurs. Grâce à cette Europe, nous importerons donc de la « malbouffe » et en plus condamnons à la disparition notre agriculture . Voilà une politique intelligente ! Bravo ! Décidément, il est urgent de quitter l’Europe de Bruxelles, et nous pourrons ensuite, si les Européens le souhaitent, fonder une Europe des Nations, comme le voulait le Général De Gaulle.

  2. il suffit de sortir de l’union européenne et comme cela nous ferons des économies ce n’est pas dur de nous imposer mais seulement il faut de la volonté .

  3. « Comment faire plus efficacement la démonstration que, dans l’UE, la France ne parvient pas à défendre ses intérêts » Faudrait d’abord qu’elle songe à les défendre, sa soumission à Berlin lui servant de viatique.

    • L’Allemagne avec Ursula tient UE est s’en sert pour humilier , détruire la France qui lui a résisté en 1940 ; cela a commencer avec l’Euro (Mark) , l’industrie, l’aéronautique (prise de contrôle total d’Airbus),l’automobile , maintenant c’est l’agriculture et nos politiques tout partis confondu restent les bras ballants a regarder le désastre au lieu de mettre en oeuvre le Frexit qui nous redonnerais notre indépendance.

  4. Au delà de la trahison de nos agriculteurs au bénéfice des Allemands (on se demande bien qui a gagné la guerre en 1945), il y a l’autosuffisance alimentaire, pilier dela puissance d’une Nation……que la France avait toujours possédé depuis la Gaule.
    Même ça Macro laisse filer…si on en parlait un peu plus à … Compément d’Enquête (exemple au hasard) même un gosse de 10 ans comprendrait à quel point toute la France est trahie. Mais les macronistes sont les « zélites » paraît-il

  5. Les paysans français n’ont que ce qu’il mérite si tu vois comment ils se couchent devant macron c’est désolant ils sont pire que les vers de terre

  6. Ben voila, tout est prêt et tout est fait pour que le Mercosur fonctionne bien. Ordre est donné de détruire tous les élevages de France et de Navarre. Même le vaccin n’arrête pas cette destruction. Réagissons ,, descendons tous dans la rue pour défendre nos agriculteurs. Il en va de notre survie, Macron et Van der leyen mettent le paquet pour nous tuer : après la loi sur l’euthanasie, voila que l’on décime notre cheptel. Bientôt , ils ‘attaqueront aux ovins, et aux poules. Il ne nous restera plus que les rats pour manger de l viande. Et dieu sait s’il y en a …. a Paris….et ailleurs….

  7. Il fait que les français suivent leurs agriculteurs car au final n’est-ce pas eux qu’on empoisonne.

  8. Les gangs de la drogue sud américains vont se réjouir du Mercosur. La presse Britannique montre que, pour expédier vers l’UE, ils cachent la cocaïne dans des vieux rafiots remplis de vaches en train de crever. C’est tellement immonde que la police et même leurs chiens répugnent à y faire des contrôles ! (chercher « cocain cows » sur internet)

  9. Une fois de plus Macron a menti.
    Soutenons nos agriculteurs et notre nourriture.
    La stratégie de l’UE est claire, mettre les nations plus bas que terre pour prendre le pouvoir absolu ( pour construire un genre d,Europe qui n’a jamais fonctionné).

    • ( pour construire un genre d,Europe qui n’a jamais fonctionné). Mais si, pendant longtemps en URSS, et toujours à Cuba, en Algérie et en Corée du Nord.

  10. Voila qui prouve au moins que les bakchiches sont utiles, ; ceux qui en ont été bénéficiaires ont bien fait leur travail.Pauvre France .

  11. Ils ont tué les agriculteurs, cette fois c’est un véritable appel aux armes.
    Et il est fort probable, et peut être souhaitable qu’elles parlent.

Commentaires fermés.

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