Manifestation de coiffeurs : « Ça devient compliqué de vivre en faisant ce métier »
« Même ciseaux, pas les mêmes règles. » Ce lundi 30 juin, les coiffeurs en colère se sont réunis, place de la Bastille à Paris, pour faire entendre leur voix, et plus précisément leur ras-le-bol. Sur le boulevard des Filles-du-Calvaire, ils sont plus de 350 à marcher, sous la chaleur écrasante de ce mois de juin caniculaire. Pas de casse, les forces de l’ordre encadrent le cortège sans le moindre heurt. Des sifflets, des slogans, des applaudissements, alors qu’une coiffeuse de la rue sort de son salon pour saluer ses confrères.
Les professionnels de la coiffure dénoncent des charges qu’ils jugent « insoutenables » et pointent du doigt une concurrence déloyale, incarnée selon eux par les barbiers sans diplôme et parfois sans déclaration qui fleurissent dans les grandes villes. Dans le cortège, les témoignages se ressemblent : les salons traditionnels n’arrivent plus à faire face à cette concurrence.
Marc, fabricant de produits pour la coiffure, lui-même fils de coiffeur, se réjouit de cette « unité qui débute au sein des coiffeurs. La dernière fois [qu’ils se sont mobilisés], c’était il y a dix ans », nous explique-t-il. Cette unité s’est révélée nécessaire pour réclamer une baisse des charges : « On en est arrivé à un point où ça devient compliqué de vivre en faisant ce métier. Ici, il y a des patrons qui travaillent jusqu’à 50 heures par semaine et ça ne suffit pas toujours. » Les charges, dit-il, sont devenues « prohibitives » et les hausses de charges successives rendent la situation intenable. « On n’arrive plus à recruter parce qu’on n’a plus de quoi payer nos salariés. Toutes les charges ont augmenté. On ne peut pas augmenter les prix des prestations, parce qu’on perdrait de la clientèle. » Dans un contexte où les tarifs pratiqués dans les salons sont déjà critiqués pour leur niveau jugé élevé, difficile, selon lui, d’agir autrement.
« On ne fait rien pour sauver cette profession »
Que s'est-il passé ? Les coiffeurs dénoncent la montée en puissance de certains établissements qu’ils estiment « hors cadre ». « On a une concurrence déloyale de certains salons qui ne déclarent rien et qui proposent des coupes à dix euros : cela cache très souvent des trafics dissimulés », lâche Marc. Pour lui, la mobilisation de ce lundi pourrait marquer un tournant. « On espère que c’est la première pierre d’un bel édifice », dit-il, rappelant que la coiffure est « le seul métier artisanal taxé à 20 % de TVA », quand « les maçons, les peintres, eux, sont à 10 %, voire à 0 % ». Pourtant, le secteur représente « 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires » et « un million de visites par jour ». Il estime qu’« on ne fait rien pour sauver cette profession qu’on laisse crever ». Les barbiers sans diplôme, ajoute-t-il, « décrédibilisent notre travail ».
Dans la foule, les discours se font plus amers, encore. Coiffeur de métier et directeur général d’un centre de formation d’apprentis dans les Bouches-du-Rhône, un manifestant résume la situation à sa manière : « On vient se défendre contre les coiffeurs illégaux », explique-t-il. Selon lui, une quantité croissante de barbiers exercent sans être déclarés, ni diplômés, et sans que les autorités ne réagissent. « L’État s’en fout et ça nous fatigue », lâche-t-il. Les contrôles, assure-t-il, ne visent que les professionnels en règle. « Les seuls contrôles qui sont organisés dans les salons de coiffure, c’est chez les gens qui travaillent, qui sont en règle, avec des salariés déclarés. Ceux qui ne sont pas déclarés, on ne les connaît pas, donc ils ne les contrôlent pas », explique-t-il. Quelques politiques, notamment Sarah Knafo (Reconquête), se sont saisis de cette problématique, mais les coiffeurs ressentent encore un manque d'implication du gouvernement.
Aujourd’hui, les coiffeurs manifestent. Ce qui leur arrive, c’est un concentré de tout ce qui va mal dans notre pays. Cela nous concerne tous. ⤵️ pic.twitter.com/8E5rUAsVeS
— Sarah Knafo (@knafo_sarah) June 30, 2025
Derrière cette mobilisation, les professionnels veulent rappeler que leur métier est encadré par des règles et qu’ils souhaitent que celles-ci s’appliquent à tous. « Nous, on veut faire reconnaître nos droits », insiste le directeur du centre de formation. Il pointe les absurdités du système : « Moi, quand je fais une coupe et un brushing, on me taxe sur mes mains. C’est pas normal ! » S’il ne remet pas en cause l’existence du brevet professionnel, il réclame que celui-ci soit exigé pour tous. « Le brevet reste, nous a-t-on dit quand on s'est mobilisés pour son maintien. Mais il reste pour vous, citoyens français. Mais tous les autres qui arrivent, on ne leur exige aucun diplôme. Qu’on les oblige au moins à avoir une formation et qu’ils soient déclarés comme nous. »
Dans les salons, la situation devient préoccupante. « Avant, les salons de coiffure, il y avait du monde dedans. Maintenant, ils sont presque vides », déplore-t-il. « Si on nous baissait la TVA, nous pourrions aussi baisser le prix de nos prestations. » Une logique qui, selon les manifestants, tire la profession vers le bas. « On nivelle par le bas et nous, ça ne nous convient plus. Y en a marre », conclut-il, sous les applaudissements de ses collègues.
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30 commentaires
Des barbiers qui s’installent souvent illégalement et souvent sans diplome, j’appelle ça la « bledélisation ».
Je suis étonné de voir des coiffeurs manifester ( je crois que je n’ai jamais vu cela ). De plus, il y a une crise du recrutement ( pour ne pas dire des vocations. Pourquoi ? Autant se poser les bonnes questions ). Trop de taxes, d’accord ! , réglementations etc sans doute ( ce sujet n’est pas abordé lorsque je vais dans un salon ). Concurrence loyale, bien sûr ; mais ! que font les gens qui n’ont que très peu de moyens ? Certains salons pratiquent des prix chers, d’autres carrément exorbitants… Donc, conccurence loyale ( boxer dans la même catégorie pour parler familièrement ).
À l’évidence, la plupart des coiffeurs à 10€ sont des laveries d’argent sale…
D’argent sale! mais comme dit le proverbe, » l’argent n’a pas d’odeur. »
Macron et l’immigration heureuse. Il est vrai que tous les » petits commerces » qui s’implantent partout en France, même dans les petits villages ont de quoi poser des questions ! Restauration de façade et grands travaux à l’intérieur des officines alors qu’on n’y voit pratiquement pas beaucoup de clientèle, tout ça cela sent une autre activité autrement lucrative que barbier, tatoueur, kebab, etc..
C’est une cible idéale pour nos législateurs-tapeurs addictifs…
Ils sont indépendants en général, des très petites unités, peu syndicalisés…
Là notre gouvernement peut faire preuve d’autorité et de grande fermeté !
Pareil dans plein de domaines, comme la petite restauration, les boucheries., etc. D’ailleurs dans quels types de boucheries ont éclatés le scandale alimentaire qui a coûté la vie à une jeune fille,ben oye plusieurs victimes à l’hôpital ? Si c’était dans une boucherie traditionnelle, ça se saurait. Et dire qu’on obligé, en douce par faute d’information, de traçabilité, etc., tous les Français a manger halal. Moi j’achète soit directement chez le producteur, soit je ne consomme plus que du pors, qui reste la viande la plus sûre quant à l’hygiène
Ils sont morts, comme les paysans. Tout ceci est voulu et ne changera pas.
C’est la France de Macron, celle tirée en permanence vers le bas
Article tiré par les cheveux, décidément la canicule ne me convient pas
Ils ont bien raison de manifester, quand je vois vers chez moi deux coiffeurs barbiers , échoppe toujours vide et ça fait des années qu’ils sont là, comment font ils ? Je devine mais bon