Maire, un mandat devenu impossible à exercer ?

Les tensions et conflits dans les conseils municipaux constituent la première cause de démission des maires.
Photo Pexels Marie-Francoise Bastien
Photo Pexels Marie-Francoise Bastien

Depuis les dernières municipales de 2020, 2.189 maires ont volontairement démissionné, soit près de 6 % d'entre eux. Du jamais-vu. Un casse-tête pour l’échéance à venir. Le mandat de maire serait-il devenu impossible à exercer ?

 

David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF), n’a cessé d’alerter. Déjà, lors du congrès de 2023, il déplorait « 40 démissions par mois en moyenne ». Déjà, le rapport annuel du CEVIPOF énonçait les difficultés auxquelles se heurtent les édiles, insurmontables pour beaucoup. On imagine bien que, deux ans plus tard, rien n’a changé. Si : en pire.

Dans la longue liste des problèmes des élus, expliquait le président de l’AMF, il y a la difficile conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle, les indemnités insuffisantes pour y pallier, les tracasseries administratives qui s’empilent et l’agressivité croissante des citoyens. Expliquant le peu d’attractivité qui risque de poser de sérieux problèmes en 2026, David Lisnard expliquait alors, sur Public Sénat : « Il est absolument anormal que la moitié des maires de France perdent de l’argent en devenant maire. » Il ajoutait : « Beaucoup cumulent avec un job, notamment dans les petites communes, et l’indemnité est nettement inférieure au SMIC. Il faut regarder cela en face. » Il rappelle alors que « le maire a une fonction exécutive et une responsabilité civile, politique et pénale », il faudrait donc, pour pouvoir s’en sortir, qu’il « ait au moins un revenu de cadre moyen ».

Qui voudra encore être candidat ?

La nouvelle étude de l’Observatoire de la démocratie AMF-CEVIPOF/Sciences Po, dont la publication a été confiée aujourd’hui à LCI, France Info, Le Monde et l’AFP, classe, elle, les principales causes de démission des maires avec, en tête, « les tensions politiques au sein du conseil municipal » (à 39 %), puis « les passations de pouvoirs anticipées et organisées dès le début de la mandature » (13,7 %) – on songe, ici, à l’entourloupe marseillaise qui a porté Benoît Payan à la mairie – et, enfin, « les questions de santé physique (13,1 %) et mentale (5,1 %) ».

Pour mener leur enquête, l’AMF et Martial Foucault, professeur à Sciences Po et chercheur au CEVIPOF, ont exploité les données du Répertoire national des élus (RNE) « complétées par des articles de la presse régionale et un recueil de témoignages ». Ils sont donc allés à la source, faisant remonter du terrain le profond mal-être qui saisit en masse les représentants du peuple, plus assurés du tout de pouvoir représenter qui que ce soit.

À noter qu’un quart des maires démissionnaires sont issus de communes de petite taille (de 1.000 et 5.000 habitants), mais celles qui comptent plus de 10.000 habitants sont les plus touchées. Sur la période étudiée, c’est-à-dire le mandat en cours (juillet 2020-mars 2025), il apparaît que la majorité des démissionnaires (53 %) occupaient cette fonction pour la première fois. Leur enthousiasme de débutant n’a pas résisté à la confrontation au réel.

Toutefois, contrairement à l’idée reçue, disent les rapporteurs, « les situations de violence physique ou symbolique à l’endroit des maires n’apparaissent pas comme un élément déclencheur direct de démission ». Reste que « ces violences créent un climat général générateur d’anxiété pour les élus ». Tout comme ont été génératrices d'anxiété la crise du Covid-19 ou les émeutes de juillet 2023.

Des conseils pléthoriques et ingérables

Les enquêteurs relèvent en première cause de démission le poids des tensions et trop souvent des conflits au sein des conseils municipaux. Plus explicite, David Lisnard parle de problèmes de surreprésentation, c’est-à-dire que le nombre d’élus exigés par rapport au nombre d’habitants est beaucoup trop élevé. C’est particulièrement vrai dans les villages où il est extrêmement difficile de boucler les listes, mais aussi dans les grandes villes où l’on doit établir les listes par arrondissements. C’est aussi la cause des « ratés » qui font la joie mauvaise des médias, la nécessité d’accrocher des volontaires pour figurer sur les listes faisant qu’on est moins regardant sur le profil.

Autant de difficultés qui, pour le prochain scrutin, en mars 2026, seront accrues par l’obligation d’avoir une parité complète sur les listes, y compris pour les plus petites communes. C’est une exigence constitutionnelle. Votée de justesse à l’Assemblée le 7 avril dernier, la loi « visant à harmoniser le mode de scrutin aux élections municipales afin de garantir la vitalité démocratique, la cohésion municipale et la parité » risque bien, au contraire, de tout faire exploser.

En effet, si, jusque-là, les communes de moins de 1.000 habitants étaient soumises au scrutin de liste majoritaire à deux tours, avec possibilité de panacher les listes (c’est-à-dire de rayer certains noms), elles devront désormais élire leurs représentants à partir de listes paritaires, sans possibilité de panachage. On notera avec étonnement que l’AMF et l’Association des maires ruraux ont néanmoins soutenu ce texte. En dernier ressort, les sénateurs ont adopté « deux dispositifs de sécurisation » : les communes de moins de 1.000 habitants seront autorisées à présenter des listes incomplètes ; ensuite « des élections complémentaires pourront être organisées en cas de démissions importantes de conseillers municipaux, sans avoir à réorganiser une élection municipale partielle ». Quant au remplacement des adjoints si nécessaire, il sera possible de déroger à la règle du remplacement par une personne de même sexe. Ouf !

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Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

20 commentaires

  1. Cette république laïcarde est source de tous les maux de notre société, ce n’est pas fini, la décadence de nos institutions et la paupérisation de la population est un projet élaboré voulu par la caste politique et cela depuis le sieur Giscard pour le moins.

  2. C’est comme être professeur, policier, etc.
    C’est désormais du registre de l’abnégation et du sacrifice personnel face à cette société déliquescente.

  3. Notamment dans les petites villes voire villages, maires souvent « SE », ils doivent tout gérer et sont responsables de tout ! Peuvent être poursuivis en justice par les administrés en prime, jamais je n’aurais voulu être maire !

  4. Cette dernière « promotion de maires COVID » est formée d’une grande majorité d’ opportunistes sans expérience , le résultat est sans appel.
    Encore une fois de plus, les français ont voté n’importe comment .

  5. On comprend cette décision de renoncement aux responsabilités vu l’environnement aujourd’hui…
    Mais à de moindres niveaux, s’engager pour la collectivité, fût-elle réduite (je pense notamment aux conseils syndicaux mais pas seulement) est devenu un pensum : tensions, querelles, intérêts personnels et partisans…
    Bref, le sens du « collectif » a fichu le camp comme le reste. Comment s’étonner ensuite que chacun préfère son « quant-à-soi » ?
    Les faits concernant la difficulté – voire le danger – d’être maire, aident à comprendre le rejet des candidatures municipales. La réduction en outre de leur budget ne facilite pas leur mission sans aucun doute. Qui veut être maire d’une commune (sur) endettée ?

  6. voila le debut de l elimination des maires , les mairies seront dirigees a distance par des enarques incapables
    apres se sera les cantons et ainsi de suite , resultat au revoir liberte

  7. Si la place est si mauvaise comment se fait-il qu’un an avant l’élection, voire même deux ans, les villages se retrouvent avec des gens à deux doigts d’en venir aux mains – si j’ose dire – pour avoir la place ? Et comment se fait-il qu’un maire qui ne s’est pas représenté après trois mandats en vienne à briguer de nouveau la mairie comme c’est le cas dans mon village ? D’autre part, si les maires étaient plus près de leurs concitoyens plutôt que de madame Van der Leyen ils seraient peut-être mieux considérés. Pour ce qui est d’imposer de nouvelles obligations, interdictions, complications venues de Bruxelles (c’est toujours la faute à Bruxelles, on peut rien faire etc…) ils sont forts mais être à l’écoute des habitants, ça ne se fait plus.

  8. Il faut rappeler le cas récent de ce maire qui a refusé de marier un OQTF avec une Française et qui s’est vu désavoué par le Conseil d’Etat. Sachant que au dessus il y a l’autorité de la CEDH qui en rajoute une couche. Par ailleurs la tendance va vers le regroupement de communes avec de facto moins de maires.
    C’est la fin des petites communes où les maires étaient des relais de l’Etat au plus près des populations.

  9. Ne pensez-vous pas que c’est une façon décourager les maires …
    de façon à (ainsi) obtenir le regroupement des communes et en réduire le nombre…
    comme en Allemagne, et … et ailleurs.
    résultat nécessaire obtenu sans réforme autoritaire.

  10. Les charges et les responsabilités des maires sont aberrantes, alors que « maire de village ou d’une petite ville  » est probablement le plus noble mandat qui soit, car c’est celui du dévouement à l’intérêt général.
    Pourquoi l’Union des maires ne fait-elle pas évoluer ces conditions d’exercices détestables ? Quels sont les obstacles insurmontables ?

  11. Comme tout ce qu’on fait en France depuis 50 ans, c’est trop compliqué et des normes au nombre exponentiel viennent rendre tout plus difficile et souvent même incompréhensible. Enfin, dans de nombreux cas , une fois élus beaucoup de maires se prennent pour des potentats de droit divin et font n’importe quoi pour se faire plaisir et non pour le bien de leurs administrés, au contraire même.

  12. C’est incroyable comme un article peut désinformer, ou plutôt ne pas refléter réèllement la réalité. La réalité c’est que, environ un petit 10% démissionne, sur la durée du mandat. La réalité il y a entre 35 000, et 37000 Maires en France.Donc ces 10%, on peut estimer que c’est une érosion normale d’un si grand nombre d’élus . Mais si partant de ce 10%,, on commence à nous dire que 53% ont démissionnés pour X raisons, là on se retrouve dans 5% du problème. En Réalité nos Maires se trouvent plus que bien à leurs postes. Sans autre formes de détails.

  13. Trop de conseillers, trop d’adjoints, surtout trop de politique et trop peu d’action. A suivre quelques conseils municipaux en visio, je suis estomaquée par le manque de courtoisie, de respect malgré des divergences… certains maires se comportent en véritables despotes, les pires étant les écolos ! comment donner envie aux gens de s’investir dans une ville où les caisses sont vides, les décisions prises de manières arbitraires, la corruption parfois ?

  14. Penons l’exemple du maire de Chalon sur Saône qui prenant un arrêté interdisant aux sympathisants du Hamas de brandir des drapeaux palestiniens dans les rues s’est vu deux fois débouté par le préfet .Le parfait mépris de l’État vis à vis de ces élus de terrain

  15. Il faut aussi analyser ce qui a été élu ! les résidus de 68 et les colleurs d’affiches sont plus nombreux que vous pouvez simplement vous l’imaginer. Cela arrangeait bien des têtes de liste de n’avoir que des glandus autour de lui sauf que tout ce monde est devenu gourmand d’argent public comme leurs chefs. La République n’a cultivé que de prétentieux petits escrocs et de gros fainéants en commençant par les ânes de l’ENA. Cela se voie tous les jours.

    • La politique politicienne donne le dégoût. Trop y vont pour les médailles et les honneurs. Souvent ceux-là, y font une carrière bien rémunérée. Surtout par des tuyaux récupérés par leur accès à l’administration. La France est riche mais elle laisse faire. Dommage !

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