M.-C. Mosimann-Barbier propose à l’Algérie le partage de la repentance historique
Dans une tribune publiée dans Le Figaro Histoire, Marie-Claude Mosimann-Barbier ose poser la question taboue, celle qui dérange presque autant les autorités algériennes que les autorités françaises : « Et si l’on demandait réparation à Alger pour les milliers de Français qui y furent réduits en esclavage ? » Quand l’Algérie ne cesse de demander des comptes, voire de crier vengeance, pourquoi la France continue-t-elle de faire le dos rond et de battre sa coulpe, d’enseigner à ses élèves que l'Occident est le bourreau historique du reste du monde ?
Justes rappels historiques sur les razzias barbaresques
L’historienne Marie-Claude Mosimann-Barbier revient, dans sa tribune, sur l’histoire de l’Algérie, avant que la France ne s’y intéresse et ne la construise, en mettant l’accent sur un chapitre que le pays d’outre-Méditerranée préfère oublier : sa part active dans la traite négrière et l’esclavage. Pourtant, « les spécialistes évaluent à près de 18 millions d’individus le nombre d’Africains victimes de la traite arabo-musulmane du VIIe au XXe siècle », explique-t-elle, sans compter « la capture et l’asservissement des chrétiens ». L’historienne précise ainsi que l’intensification des razzias, des enlèvements et de la traite des Européens par les pirates barbaresques porteraient à « un million le nombre d’Européens de l’Ouest enlevés par les Barbaresques au cours de batailles navales et de razzias sur les côtes européennes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, et près de trois millions en Europe de l’Est. Notons que ces raids dépeuplèrent des régions entières, en particulier en Provence et en Italie, où certaines zones côtières de Calabre et de Sicile furent vidées de leur population. » La bataille de Lépante en 1571 est la réponse occidentale la plus connue à ces exactions, mais il n’empêche qu’à leur arrivée en 1830, « les Français purent encore libérer 128 esclaves chrétiens qui croupissaient dans les geôles d’Alger ». En clair, l’Afrique du Nord et ce qui devient l’Algérie avec la colonisation française sont loin d’être l’innocent agneau oriental dévoré par le cupide loup occidental.
Toute vérité n'est pas bonne à dire ?
Pourquoi, alors, ne pas en parler et ne pas l’enseigner ? Toute vérité ne serait-elle pas bonne à dire ? L’examen de conscience est, il vrai, une pratique chrétienne et l’Algérie ne semble pas encline à délivrer d’absolution ; pourtant, ce n’est pas faute de pratiquer, à outrance, la repentance. Dans son livre Repentance et victimisation, la maladie auto-immune de l’Occident ? (Éditions de l'Aube, 2025), Pierre Conesa explique qu’« en Afrique, la mémoire publique ne retient que la traite atlantique, qui est mieux connue que la traite transsaharienne ou arabo-musulmane pour des raisons nationalistes liées à la décolonisation et à la politique ». C’est sûr, c’est plus pratique et l’Algérie entretient cette victimisation, une stratégie payante sur le plan politique en désignant un ennemi commun unique et extérieur, et peut-être même sur le plan financier, si l’Algérie obtient de la France les 100 milliards d’euros qu’elle réclame en remboursement de dommages coloniaux « mémoriels » !
La France, éternel bourreau repentant de l'Algérie ?
La France peut-elle refuser ? Rien n’est moins sûr, puisqu’elle entretient, justement, cette dichotomie manichéenne du bourreau et de la victime. Il n’y a qu’à lire les programmes de l’enseignement national, sur Éduscol : la colonisation est présentée comme une « générosité autoproclamée de la République, couplée avec un discours d’affirmation de puissance [qui] masque l’asservissement violent des peuples et le racisme inhérent à l’entreprise » et l’esclavage est, quant à lui, enseigné avec une attention toute particulière et bien insistante sur la traite transatlantique et négrière. Une version manichéenne et à charge qui oublie les Français qui ont souffert de l’Histoire algérienne : les captifs des razzias barbaresques mais aussi des pieds-noirs comme Francine Dessaigne qui écrit, dans son Journal d’une mère de famille pied-noir : « Qu'y avait-il en 1830 ? Des sentiers, pas de ponts, pas de routes, des criques abritant des nids de pirates. Qu'y a-t-il aujourd’hui ? Vingt-cinq mille kilomètres de routes, cinquante-cinq mille kilomètres de chemins, cinq mille kilomètres de voie ferrée, vingt et un ports, dont trois de gros tonnage, trente-deux aérodromes à trafic commercial, dont quatre de classe internationale, onze grands barrages, une réserve d'eau d'importance primordiale, un réseau téléphonique, des installations électriques ultra-modernes... Tout ceci existe à cause des premiers colons et grâce à eux. » Et, quoi qu’il en soit, « à l'époque coloniale, l'Algérie coûtait plus cher à la métropole qu'elle ne lui rapportait », écrit l’historienne Sylvie Thénault, dans son ouvrage Algérie, des événements à la guerre (Le Cavalier Bleu, 2012).
Alors, faut-il demander réparation à l’Algérie pour les Français qui y furent esclaves, faut-il demander à l’Algérie le remboursement de tout ce que les pieds-noirs ont laissé ? Plus simplement, il faut réclamer la fin de l’instrumentalisation victimaire de l’Histoire franco-algérienne. Est-ce un relent de colonialisme ou un fond de paternalisme ? En tout cas, la France se comporte avec l’Algérie comme une vieille mère soucieuse de laver son adolescent insolent de toute culpabilité. L’Algérie devrait d'abord s’insurger que la France continue à l’infantiliser de la sorte en lui retirant l’occasion de faire amende honorable et de se grandir en assumant toute son Histoire !
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59 commentaires
Pas seulement mais aussi le remboursement de tous les investissements réalisés (hôpitaux, écoles, transports etc…) avec les impôts des Français !
oui il est temps que l’Algérie prenne sa part de responsabilités sans toujours accuser la France de tous les mots.
Enfin de vraies vérités qui éclatent au grand jour, il faut poursuivre cette mise a jour des colonisateurs d’avant la france, et dieu sait si il y en a ! ! !
Oui superbe article..mais juste un detail..ce n’est pas » la france » qui se repend et
continue de se comporter en otage du fln..ce sont les dirigeants de notre pays depuis 50 ans pour des raisons souvent personnelles comme sans doute le dernier en date..la ou le temps aurait du progressivement eteindre « ce contentieux » il est sans cesse ravivait par la lachete ou la compromission de nos gouvernements.
En 1830 la France a débarqué sur le territoire qui ne s’appelait pas encore l’Algérie pour nettoyer le port pirate qu’était Alger , les pays occidentaux voulaient éliminer les pirates musulmans qui paralysaient le commerce en Méditerranée .
« Qu’y avait-il en 1830 ? Des sentiers, pas de ponts, pas de routes, des criques abritant des nids de pirates. Qu’y a-t-il aujourd’hui ? Vingt-cinq mille kilomètres de routes, cinquante-cinq mille kilomètres de chemins, cinq mille kilomètres de voie ferrée, vingt et un ports, dont trois de gros tonnage, trente-deux aérodromes à trafic commercial, dont quatre de classe internationale, onze grands barrages, une réserve d’eau d’importance primordiale, un réseau téléphonique, des installations électriques ultra-modernes… Tout ceci existe à cause des premiers colons et grâce à eux. » Et, quoi qu’il en soit, « à l’époque coloniale, l’Algérie coûtait plus cher à la métropole qu’elle ne lui rapportait », il faut évaluer le prix de toutes ses infrastructures et le déduire 100 milliards d’euros qu’elle réclame en remboursement de dommages coloniaux « mémoriels » !
Tout à fait mais aucun politique n’a le courage d’en parler !
D’ailleurs tout comme l’Allemagne qui n’a jamais remboursé totalement les dommages de guerre contrairement à la FRance qui avait payé « rubis sur ongles » les dommages de guerre en 1870
Lire le livre de Tidiane N’Diaye Le génocide voilé …
C’est l’algérie qui devrait verser au moins 1.000 milliards d’€ à la France et reprendre toute sa racaille
Mille milliards se note 1 000 sans le point qui n’a pas de signification dans l’écriture des nombres en français.
Merci pour cette info primordiale, Le sujet est la repentance historique, qu’en avez vous a dire?
Pour Bernard Grenier.
La faut que je me suis permis de corriger est courante et énervant car elle peut introduire des ambiguïtés. Certains remplacent, par exemple, notre virgule par le point des Anglo-Saxons.
Pour le sujet colonial :
– j’ai donné mon opinion un peu plus bas ;
– je reprends. Oui, la France a dépensé beaucoup d’argent en Algérie, mais n’oublions pas que les habitants de Souche n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière lors de la colonisation et que voir ses terres occupées par d’autres, venus d’une civilisation très différente, est toujours une humiliation.
Pour Bernard Grenier.
La faute que je me suis permis de corriger est courante et énervant car elle peut introduire des ambiguïtés. Certains remplacent, par exemple, notre virgule par le point des Anglo-Saxons.
Pour le sujet colonial :
– j’ai donné mon opinion un peu plus bas ;
– je reprends. Oui, la France a dépensé beaucoup d’argent en Algérie, mais n’oublions pas que les habitants de Souche n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière lors de la colonisation et que voir ses terres occupées par d’autres, venus d’une civilisation très différente, est toujours une humiliation.
Bien d’accord.
A quoi bon se lamenter dans des repentances ?
Jusqu’où remonterons nous dans le passé pour comptabiliser les malheurs passés ?
Aux romains avec Saint Augustin, aux Visigoths, aux Normands, à Mahomet, au Turcs ou seulement aux Français de 1830 ?
Le gouvernement algérien lui remonte là où cela l’arrange.
D’autre part, sans parler de repentance, il serait quand même souhaitable d’enseigner une histoire correcte et non trafiquée.
Il ne faut donner à manger à un chacal et en même temps espérer qu’il veuille se fatiguer pour chasse ! …
Trop de « dirigeants » français fournissent aux dirigeants algériens de quoi cracher sur la France tout en leur donnant TOUT ce que même les français ne peuvent pas avoir ! …
Merci. Je pense qu’effectivement en matière de colonisation, esclavagisme, traite des blanches… les musulmans ont eu pas mal d’avance sur nous. Mais curieusement, l’histoire, très sélective, n’a pas retenu ces épisodes…
Tant qu’on votera pour cette clique cette élite mondialiste, unioneuropéiste, elle nous maintiendra la tête sous l’eau.
Seuls les votes pour des partis prônant la sortie immédiate de l’u.e., c’est à dire la sortie du mondialisme (qui se fiche bien de la France et des français et qui, au contraire, voit d’un bon oeil la destruction des nations pour faire main basse sur leurs richesses), auront des conséquences concrètes bien réelles. Pensez aux gilets jaunes, aux agriculteurs, à tous ceux qui protestent mais qui votent mal : on doit subir les conséquences de nos actes, ici : de nos votes.
On a des relations toxiques avec ce pays .
Il faut supprimer les accords de 68.
Supprimer le droit du sol.
Instaurer la dechéance de la nationalité française pour les binationaux délinquants.
Encourager la remigration par des incitations de toutes natures
A lire également, « Chère Algérie » de Daniel Lefeuvre : la France a plutôt secouru l’Algérie qu’elle ne l’a exploitée.
Bravo Mme Riquetti!
Il est désespérant d’assister à ces lâchetés de la France, comme le disait Jacques Isorni à propos de de Gaulle, et le propos s’applique tel quel à Macron: « il était fort dans sa manière d’être faible »…
Si l’Espagne demandait le remboursement de la rançon de 500 ducats versée pour libérer Cervantes avec juste 1% d’intérêt par an, l’Algérie devrait payer environ 38 millions de milliards d’euros.