[LIVRES DE NOS MAISONS] Dans son Trésor des contes, Henri Pourrat sublime l’Auvergne éternelle
« Mon Jeantou, as-tu dîné ? », interroge la marraine. Nous sommes aux confins de l’Auvergne et du Livradois, pays rudes s’il en est, glacés l’hiver, brûlants l’été, arrosés à seau entre les deux. La marraine, raconte Henri Pourrat, est avare comme seul un Auvergnat peut en avoir l’idée. « Mon Jeantou, as-tu dîné ? » Le Jeantou répond que oui. Quel dommage, lui explique la marraine, elle lui aurait servi un dîner de sa confection. La visite suivante, le Jeantou explique qu’il n’a pas dîné. Quel dommage, répond la marraine, elle lui eût servi une petite goutte de gnôle parfumée à l’éternel souvenir. Lorsqu’il revient une troisième fois, le Jeantou explique que si le dîner est prêt, il n’a pas dîné, mais que si la goutte est prête, il a dîné. Fureur de la marraine qui lui proposera, pour se remettre… un grand verre d’eau.
Ces histoires surgies de l’Auvergne éternelle, Henri Pourrat (1887-1959) en a collecté, auprès des anciens et des villageois… des milliers. Il les a reprises et mises en valeur avec un respect et un talent uniques. Puis il les a rassemblées dans pas moins de treize volumes de son Trésor des contes, publiés chez Gallimard entre 1948 et 1962. Il faut les lire et les savourer à petite dose. Tous ont le même caractère campagnard et français, tous éclatent de cet esprit paysan ironique, fin, madré, délicieux. Pourrat prend souvent le parti du simple dont la supériorité ne tient qu’au rire. À force de le visiter et de l'aimer, il connaissait l’âme de ce peuple, ses histoires, ses paysages, au point de donner un corps vivant à chacun de ses récits. Des histoires de veillées, recueillies au fil de ses périples solitaires, bâton en main, dans les sentiers et les fermes à l'entour de sa bonne ville d’Ambert (Puy-de-Dôme). Cet entomologiste de l’esprit auvergnat avait organisé ses journées sur le même schéma. Il écrivait le matin, marchait et interrogeait les habitants l’après-midi et lisait le soir.
Grand Prix de l'Académie française
Ses titres chantent à eux seuls le pays des Auvergnats, tout droit issu des Arvernes décrits par César dans La Guerre des Gaules, pays riche de racines, pauvre, âpre et gai à la fois. Piochés dans le treizième et dernier volume, les titres des histoires courtes ou plus longues de Pourrat donnent le ton : La Mule et les Poules, Étoile d'or et queue de mule, Les Trois Quenouilles de verre, Le Conscrit sur son départ, Saint Pierre, la femme et le diable ou encore La Belle Diablesse ont l’odeur des soirées au coin de l’âtre où le sapin éclate et bondit dans les jambes.
Mais le Trésor des contes d’Henri Pourrat dépasse largement le statut de monument de la mémoire régionale auvergnate. Comme celle de nombreux grands écrivains (de Mauriac à Maupassant ou La Varende), cette plume tout en drôlerie et sobriété s’appuie sur le particularisme d’une terre, sur la beauté rugueuse d’une vieille province, pour atteindre la vérité humaine universelle.
Car Henri Pourrat est un grand écrivain. Enfant malingre, fils de petits commerçants d’Ambert, il passe par le lycée Henri-IV à Paris et par l’Agro, avant de retourner en Auvergne pour cause de tuberculose. Influencé par Rousseau, Barrès ou Péguy, ami de l’écrivain Alexandre Vialatte, du poète Francis Jammes ou du graveur Henri Charlier, Pourrat ne sortira plus d'Auvergne et impose son talent avec la publication de Gaspard des montagnes, en plusieurs tomes, entre 1922 et 1931. Il y conte l’histoire d’Anne-Marie, cette jeune fille qui tranchera les doigts de l’homme venu réclamer son couteau, alors qu'il passait la main sous la porte.
La chèvre mal logée
Pourrat obtiendra, pour Gaspard des montagnes, le Grand Prix de l’Académie française en 1931. En 1941, alors qu’il soutient clairement le pouvoir du maréchal Pétain, son livre Vent de mars obtiendra le prix Goncourt. Il croit au retour à la terre du maréchal mais se méfie du socialisme, y compris sous sa variante nationale. Il ne s’aventurera plus sur le terrain politique, préférant raconter dans le parler dru emblématique de la montagne les facéties des Auvergnats (Contes des montagnes, Les Légendes d'Auvergne…), les vies des saints (Les Saints Patrons) ou les romans (Les Chasseurs de la nuit, La Belle mignonne). Pourrat laisse un trésor, un vrai, celui des campagnes que l’Europe assassine paisiblement avec la complicité de la France du commissaire européen verdo-macroniste Pascal Canfin.
En guise d’illustration de l’esprit de ce grand écrivain français, voici La chèvre mal logée (tome IV du Trésor des contes, page 147).
« II y avait une fois une bonne femme qui, devenue veuve, se retira dans une petite maison. Elle s'y installa, s'y mit sur le pied qu'il fallait et, à la première foire qui se tint à la ville, alla acheter une chèvre. Son curé la rencontra le soir comme elle ramenait sa bête, la tirant par la corde.
« Hé oui, M. le curé, une biquette pour me tenir une goutte de lait… Seulement, voilà ! Ma maison n'a pas trop d'aisances, vous savez bien…
- Alors, Nanon ?
- Alors, à la belle saison, j'attacherai ma biquette à un piquet dans le clos…
- Et l'hiver, où la logerez-vous ?
- Eh bien ma foi, l'hiver, je la logerai dans ma chambre.
- Mais Nanon, et l'odeur ?
- Ha, l'odeur, qu'est-ce que vous voulez : faudra bien qu'elle s'y habitue, la pauvre bête ! »
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4 commentaires
Ce livre a l’air très intéressant, cependant, concernant la mémoire de l’Auvergne,je crains bien que les auvergnats pour la plupart, aient oublié leur racines vu le score de Macron à Aurillac,75% en 2017 et 68% en 2022, et je viens d’apprendre sur Cnews que cette ville a été le cadre de violences urbaines dernièrement, Gergovie semble bien loin, alors quand j’entends,les auvergnats,les basques, les bretons et d’autres parler de leurs racines, culture,et traditions, ça me fait doucement rigoler,car pour vérifier leurs dires,je vais voir les résultats des élections et le pourcentage pour Macron en dit long dans ces régions. Alors,leur »fierté » régionale, je pense que la mienne de culture de France, dépasse la leur,car je sais pour qui je devrais me battre le cas échéant,mais eux dans leur majorité, j’en doute.
à Boxer : si pour bien connaître les Auvergnats, je peux vous assurer qu’ils sont fiers de leurs racines. Combien sont allés voter ? Je ne peux répondre. La droite, aujourd’hui, pour une bonne partie, ne vote plus car découragée devant les magouilles de « l’arc républicain ». Alors dans ces 75%, sans la droite, cela peut porter à confusion. Quoi qu’il en soit, Basques, Bretons et autres, enfin ceux qui sont de gauche auront à faire des choix parce que vu la violence qui se répand, leur tranquillité, toute relative, aura encore plus du plomb dans l’aile. Comme vous, je suis très attachée à la culture française et je suis toujours prête à la défendre.
Lélue 58, c’est bien ça le problème, ceux de « droite », n’ont pas été voter pour certains, favorisant ainsi l’élection des gauchistes,et les autres ont adopté le »Front républicain », résultat, on le connait, mais être fier de ses traditions n’est pas suffisant pour préserver un pays une région, encore faut-il tout faire pour empêcher les nuisibles d’accéder au pouvoir,ce qui a été loin d’être le cas.C’est factuel. Quand on prétend être fier de ses racines,on fait tout pour les garder,en toute occasion, là, désolé, c’est pas du tout ça.
Entre autres, si vous n’avez rien lu de Pourrat, je vous recommande tout spécialement ‘Gaspard des Montagnes » un chef-d’œuvre, vraiment !