[LIVRE] Avec sa nouvelle pièce, J.-P. Pelaez dit leurs quatre vérités aux bobos cultureux
On ne présente pas Jean-Pierre Pelaez, dramaturge, metteur en scène, acteur… Les lecteurs de BV le connaissent aussi comme commentateur de l’actualité théâtrale, qu’il leur parle d’un festival d’Avignon « super-bobo, super-maso » ou qu’il s’en prenne au talentueux mais conformiste Huster - en alexandrins. Avec Léo de Montpellier ou le Nouveau Cyrano (L’Harmattan), il s’en prend justement à la médiocrité du « monde de la culture », en alexandrins qui rappellent davantage, par leur combativité, Agrippa d’Aubigné qu’Alphonse de Lamartine. Et, pour le personnage, Edmond Rostand et son Cyrano, dont Léo de Montpellier est un héritier dans le genre chamboule-tout avec panache.
Le théâtre du vide
La scène commence à Montpellier, dans un théâtre public. Le public, justement, est choisi : du genre à se pâmer. L’un des spectateurs vante une représentation de La Flûte enchantée où « Le serpent est joué par un grand bulldozer/Qui défonce et détruit tout un camp de migrants ! » Le spectacle commence. Un acteur-auteur subventionné déclame sa nouvelle création. Enfin, nouvelle… énième variation sur la mort du théâtre. « Je porte le spectacle nouveau, sans répliques,/Trans-genre, transversal, trans-plein, trans-historique. » Un nouveau théâtre où il ne se passe ni ne se dit rien, et que va interrompre Léo. Déclenchant, chez le public, réprobation ou rires complices, il s’en prend à « un art officiel de projets culturels techno-ministériels » et dit son fait au créateur du théâtre du néant : « Tu n’es que servitude et néo-conformisme/Tu es un appendice aigu du boboïsme. »
Imaginez ce distique démultiplié en tirades, vous aurez une idée du souffle qui parcourt la pièce de Pelaez. À ce titre, saluons la scène 4 de l’acte I, où Léo fait une excellente reprise de la « tirade du nez », mais adaptée à l’accusation de « fachiste » qui ne manque pas d’être faite au trublion. Là où Cyrano déclinait le nez sous l’angle descriptif, gracieux, truculent, etc., ici, la reductio ad Hitlerum est abordée sur les modes « déductif », « tragique », etc. - ou « Clair-obscur : "Je vous dis que c’est la peste brune :/Ne la voyez-vous pas, le soir, au clair de lune ?" » Cette tirade est adressée au personnage de Perruquier, qui se présente ainsi : « Jean-Henri Perruquier, démocrate social/Et vice-président du conseil général/Chargé de la culture… » - à quoi répond immédiatement Léo : « Et parfait arriviste,/L’ensemble recouvrant un piètre socialiste ! »
Culture et politique
Il y a Perruquier, mais aussi le député Vilnius, car la politique et la culture ont partie liée, dans un système où les subventions sont la clef d’une culture au service de l’idéologie au pouvoir. Le député Vilnius a une femme qui ne laisse pas insensible Léo de Montpellier - car derrière ce bravache, il y a un tendre, épris de beauté théâtrale autant que féminine. Léo va poursuivre son action avec un « appel à la scission du peuple » qui consistera à se débarrasser des structures sclérosées. Du pur dégagisme, qui aboutit à un mouvement sécessionniste qui n’est pas sans faire penser aux gilets jaunes, aux Gueux… Chacun de son côté, Vilnius et Perruquier essayent de gagner Léo à son parti. Quel avenir, pour ce mouvement qui se revendique fièrement populiste ? Certes, « Il est impératif de déboboïser » est un beau slogan et un fier alexandrin, mais comment transcrire cela en politique ?
Souhaitons que la pièce passe un jour du livre à la scène. Il faudra, pour cela, qu’elle passe les barrages et les chausse-trapes que les « cultureux » ne manqueront de ménager sous ses pas, car dans ce texte, Jean-Pierre Pelaez fait d’eux une satire cruelle telle que, depuis Lauzier, ils n’en avaient pas subi. Or, ces renverseurs de tout et de rien sont de grands conservateurs de leurs acquis et de leurs places - Léo de Montpellier va s'en rendre compte à ses dépens.
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5 commentaires
Bien
« …Or, ces renverseurs de tout et de rien sont de grands conservateurs de leurs acquis et de leurs places.. »
J’adore…ce résumé en peu de mots
Moi aussi. C’est lapidaire. Excellent !
En matière de théâtre subventionné.. asterix le chaudron d’or..
Castigat ridendo mores : on corrige les mœurs par le rire. J’achète ! C’est trop truculent et tant pis pour ma bourse qui suit le niveau du moral des Français.