Les tournées Stars 80 ont vingt ans : les raisons d’un succès français
Il y a vingt ans, en 2006, nombre de Français étaient déjà nostalgiques de la musique des deux décennies précédentes. Si l’on compte bien, voilà à peu près quarante piges que ça dure, ce goût pour la musique d’autrefois. Certes, avant était forcément mieux, puisqu’on était plus jeune d’un bon paquet d’années. Après, la musique d’alors était-elle meilleure que l’actuelle ? À défaut de prétendre que c’était forcément mieux avant, admettons toutefois que c’est manifestement pire aujourd’hui. Autrement, les incessantes tournées Stars 80, passant des foires aux vins au Stade de France avec d’innombrables arrêts au Bercy parisien, ne connaîtraient pas un tel engouement. Et c'est d'ailleurs parti pour une nouvelle tournée en 2026.
La genèse d’un phénomène…
À l’origine de cette équipée en paillettes et boules à facettes, Olivier Kaefer et Hugues Gentelet, promoteurs improvisés et qui décident de redonner vigueur aux idoles de leur jeunesse. Nous sommes en 2006, donc, année durant laquelle ils lancent RFM Party 80. L’ADN de la chose est bien sûr franco-français. Après tout, « on est chez nous », comme dirait l’autre. D’où l’arrivée en fanfare de vedettes tricolores un brin fanées telles que François Feldman (Les Valses de Vienne), Jean-Pierre Mader (Macumba), Desireless (Voyage, voyage) ou Cookie Dingler (Femme libérée). Ou de duos passablement démonétisés : Début de soirée (Nuit de folie), Léopold Nord et vous (C’est l’amour) ou Peter et Sloane (Besoin de rien, envie de toi).
Pour autant, la France étant un « pays ouvert au monde », comme chacun sait, cette règle d’airain supporte quelques menues exceptions ; d’où la présence de Sabrina (Boys [Summertime Love]), chanteuse italienne sévèrement mamelue dont la plastique rebondie contribua beaucoup à l’éveil sensuel des adolescents de l’époque. Mais aussi celle de Jimmy Sommerville, chanteur surdoué des groupes Bronski Beat et The Communards, homosexuel militant, chéri par Elton John et sosie quasi officiel de notre William Sheller national. Il est vrai que l’homme est aussi un peu de chez nous, l’un de ses plus grands tubes demeurant Comment te dire adieu, écrit et composé par Serge Gainsbourg avant d’être immortalisé par l’immense Françoise Hardy. Plus étonnant encore, Murray Head, autre artiste anglais, mais francophile éminent, qui vient cachetonner à l’occasion lors de ces tournée RFM, ne serait-ce que pour nous faire profiter de Say It Ain’t So, tube fracassant en nos contrées mais fortuitement oublié en son pays d’origine.
L’histoire d’un tel come-back est si belle qu’elle méritait bien un film. C’est chose faite en 2012, avec Stars 80, de Frédéric Forestier, aidé par son producteur Thomas Langmann, fils du légendaire Claude Berri, lui aussi producteur. Avec près de deux millions d’entrées, le film est un succès, mais ne parvient pas à rembourser son budget. Un échec tout relatif, sachant qu’avec les années, Stars 80 deviendra culte. Ce, d’autant plus que l’année d’après, la SACEM annonce que la tournée RFM Party 80, rebaptisée Stars 80 par un fort compréhensible principe d’opportunité, est celle qui génère le plus de droits d’auteur, avec plus de 250.000 tickets vendus. Comme quoi…
Un film à redécouvrir…
Et ce film, au fait ? Tout simplement réjouissant, avec Richard Anconina et Patrick Timsit dans le rôle de nos deux héros. Il faut les voir à leurs débuts quand, grimés en Kiss, le groupe de rock ricain façon grand guignol, ils vont interpréter I Was Made for Lovin' You, le tube hard rock/disco de la formation en question, dans une prison, juste histoire de distraire les prisonniers. On saluera ensuite le bel exercice des célébrités venues y jouer leur propre rôle : Lio, Jeanne Mas et même Jean-Luc Lahaye, pas encore judiciairement rattrapé. Voilà un film qui fleure bon l’insouciance de jadis. Tout comme la musique qui y est célébrée. Bien sûr, il n’y avait pas que des chefs-d’œuvre, dans les années 80. La soupe était souvent au rendez-vous ; mais au moins était-elle généralement goûtue, surtout lorsque comparée à l’actuel et fade brouet à base d’Aya Nakamura avec des morceaux de Theodora dedans, sans même évoquer les couinements de mouton égorgé de Jul et Heuss l’Enfoiré.
Voilà probablement qui explique ce succès qui perdure, celui d’une nostalgie pas forcément réservée aux petits-enfants de l’après-guerre, mais aussi à leurs rejetons. Car le son eighties connaît actuellement un indéniable regain chez les jeunes. Celui des synthétiseurs et des boîtes à rythme d’antan, aussi. D’un point de vue strictement musical, on peut se montrer réservé sur la remise à l’honneur de cette horreur sonore. Il n’empêche que si ces tubes des années 80 n’avaient pas toujours la grâce des années précédentes, ils avaient encore un peu de tenue. C’était avant qu’on n'en finisse avec la règle du couplet et du refrain, après avoir abandonné celle de ce pont censé faire la jointure entre les deux précédents. C’était aussi avant qu’on n'en finisse avec les pieds et les alexandrins. Toute cette discipline, issue du fond des âges, se retrouvait dans la variété du siècle dernier, car encore maîtrisée par ceux qui composaient pour des artistes tels que Stone et Charden ou C. Jérôme, pour ne citer que les moins capés de la période.
Si Rome ne s’est pas faite en un jour, il lui a fallu plus d’une semaine pour sombrer. Tout cela prend du temps, dans les montées tout comme dans les dégringolades.
La musique populaire participe du même processus, se trouvant désormais à la fin d’un cycle nous entraînant toujours plus bas. D’où l’engouement persistant du grand public pour ces chansons des années 80, queue de comète d’un âge d’or disparu.
Et puis, ne soyons pas inutilement snobs, Les Bêtises de Sabine Paturel, participant régulièrement à ces tournées en forme de madeleine de Proust tout en menant de front une carrière d’actrice dans le théâtre de boulevard, était une chouette chanson.
« J’ai tout mangé le chocolat/J’ai tout fumé les Craven A/Et comme t’étais toujours pas là/J’ai tout vidé le Rhum-Coca/J’ai tout démonté tes tableaux/J’ai tout découpé tes rideaux/Tout déchiré tes belles photos/Que tu cachais dans ton bureau/Fallait pas m’quitter, tu vois/Il est beau, le résultat/Je fais rien que des bêtises/Des bêtises, quand t’es pas là. »
Le féminisme à visage humain, en quelque sorte.
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3 commentaires
Les jeunes trentenaires écoutent et fredonnent les musiques des années 70 et 80. Je ne me souviens pas avoir écouté celles de la jeunesse de mes parents…
Depuis « Memphis Tenessee » 1954 par l’immense Chuck crazy legs Berry, tout le reste c’est de la musique pour Prisunique. Peut être on doit sauver Bill Deraime, cela ne serait que justice.
J’ai l’impression que les gens n’en sont pas sortis de ces années là . Les années 80 , c’était encore l’insouciance . La fête où on n’est pas obliger de s’en mettre plein les narines pour se sentir bien . Les années 90 ont fait encore un peu illusion .
Mais j’écoute encore des chanteurs des années 70. Juvet , aujourd’hui , Sylvie Vartan et Christophe je les écoute encore . Et je les redécouvre parfois . La qualité du son étant bien meilleure . Francis Cabrel ,cela faisait longtemps que je ne l’avais entendu ,mais il a commencé dans la deuxième partie des années 70, le contraire du chanteur à paillettes et de boîtes de nuit avec boules à facettes .