« L’Église n’existe pas pour refléter les idées du monde » : le cardinal Sarah entre alerte et Espérance
Dans 2050, l’ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin propose une réflexion sur le devenir du catholicisme face à la sécularisation des sociétés occidentales. Il souligne les défis spirituels qui attendent les chrétiens et met en garde contre l’influence des idéologies contemporaines au sein de l’Église.
Aliénor de Pompignan. Vous vous projetez sur l’avenir de l’Église. Selon vous, quel sera le principal défi pour les catholiques, dans les vingt-cinq prochaines années ?
Cardinal Robert Sarah. Le principal défi ne sera pas d’ordre organisationnel ou institutionnel. Il sera spirituel. Le véritable combat qui attend les catholiques, dans les prochaines décennies, est celui de la fidélité à Dieu dans un monde qui apprend progressivement à vivre sans Lui.
Nous entrons dans une époque où la référence à Dieu disparaît silencieusement de la culture, des lois, de l’éducation et parfois même de la conscience des baptisés. Le danger n’est pas seulement l’hostilité envers la foi ; le danger est l’oubli de Dieu. Dans ce contexte, les catholiques devront redécouvrir ce que signifie être véritablement chrétien. La foi ne pourra plus être simplement une tradition sociale ou familiale. Elle devra redevenir un choix personnel, une rencontre vivante avec le Christ.
Les chrétiens de demain devront être des hommes et des femmes profondément enracinés dans la prière, dans la liturgie et dans l’enseignement de l’Église. C’est ainsi que la foi pourra continuer à éclairer le monde.
A. d. P. Vous écrivez que l’Église occidentale a parfois trop adopté certaines thématiques du monde moderne. Comment expliquez-vous que certaines idéologies aient pénétré les rangs de l’Église ?
Cal R. S. Chaque époque connaît ses tentations. La tentation de notre temps est de croire que l’Église doit se conformer à l’esprit du monde pour rester audible.
Certains pensent que pour être écoutée, l’Église doit reprendre les catégories intellectuelles dominantes, les préoccupations politiques du moment ou les idéologies contemporaines. Mais lorsque l’Église se laisse guider par ces logiques, elle risque de perdre sa propre voix.
L’Église n’existe pas pour refléter les idées du monde. Elle existe pour annoncer une vérité qui vient de Dieu. Cette vérité ne dépend pas des modes intellectuelles ni des changements culturels. Lorsque les pasteurs oublient que leur mission première est de transmettre fidèlement le dépôt de la foi, ils peuvent être tentés d’adapter le message chrétien aux sensibilités du moment. Or, l’Évangile ne nous appartient pas : nous en sommes seulement les serviteurs.
À ce sujet — Cardinal Sarah : « L’Occident est en grand péril »
A. d. P. Vous évoquez également ce que vous appelez un « athéisme de fait » : comment l’Église peut-elle répondre à cette forme d’indifférence religieuse diffuse qui traverse les sociétés occidentales et parfois même les communautés chrétiennes elles-mêmes ?
Cal R. S. L’athéisme déclaré est souvent un adversaire clair. Il provoque un débat, une confrontation intellectuelle et parfois même une recherche spirituelle. L’athéisme de fait est plus insidieux. Il consiste à affirmer que l’on croit en Dieu tout en organisant sa vie comme si Dieu n’existait pas. La prière disparaît, les sacrements deviennent secondaires, la foi cesse d’orienter les choix quotidiens.
C’est une forme d’indifférence religieuse qui anesthésie progressivement la vie spirituelle. Le danger est grand lorsque les chrétiens eux-mêmes se laissent absorber par les préoccupations matérielles au point de ne plus laisser de place à Dieu dans leur existence. La foi ne peut pas être simplement une conviction intellectuelle. Elle doit devenir une relation vivante avec Dieu.
La réponse ne peut pas être seulement organisationnelle ou médiatique. L’Église ne retrouvera pas sa force en multipliant les stratégies. La réponse est spirituelle : il faut remettre Dieu au centre. Cela signifie redonner à la liturgie toute sa profondeur, redécouvrir la prière silencieuse, encourager la vie sacramentelle et transmettre clairement la foi.
Le monde moderne est souvent saturé de paroles et d’images, mais il manque de silence et de contemplation. Lorsque l’Église offre des lieux où l’on peut rencontrer Dieu dans le silence et la prière, elle répond à une soif profonde du cœur humain. L’homme contemporain peut sembler indifférent à la religion. Mais au fond de lui demeure toujours une question essentielle : celle du sens de la vie.
A. d. P. L’Europe connaît une forte sécularisation, mais on observe aussi une hausse des baptêmes d’adultes. Comment interprétez-vous ce paradoxe ?
Cal R. S. Ce paradoxe révèle une vérité profonde sur l’homme. Même lorsque les sociétés deviennent sécularisées, le cœur humain demeure ouvert à Dieu. L’homme peut oublier Dieu pendant un temps, mais il ne peut pas effacer totalement la soif spirituelle qui habite son âme. La hausse des baptêmes d’adultes est un signe d’espérance. Elle montre que l’Évangile continue de toucher les consciences, même dans des sociétés très éloignées de la foi.
Ces nouveaux baptisés sont souvent animés d’un grand désir de vérité. Ils découvrent la foi non pas comme une habitude culturelle, mais comme une rencontre personnelle avec le Christ. Ils peuvent devenir un ferment de renouveau pour l’Église. Leur enthousiasme et leur foi naissante rappellent à tous les chrétiens que la foi n’est jamais une simple tradition : elle est toujours une rencontre vivante avec Dieu. Et c’est peut-être précisément dans les périodes où l’Église semble fragile que Dieu suscite les conversions les plus profondes.
Revoyez l'entretien que le cardinal Sarah avait donné à Gabrielle Cluzel, en avril 2019 :
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46 commentaires
Oui, il aurait fallu le cardinal SARAH comme Pape.
mais Léon XIV ne pourra que mieux faire en comparaison de François.
Est ce qu’on pourrait avoir un peu moins de catholicisme dans un journal qui s’appelle boulevard Voltaire.
Je vous rappelle quand même que Voltaire était laïc avant l’heure et mena un combat contre la toute puissance de l’église catholique et ses meurtres, notamment Callas et La Barre.
On n’est pas obligé de lire les articles se rapportant au catholicisme ‘Reney’. Les temps de l’Inquisition et ceux relevés dans votre commentaire ont bien changé. Une chose est certaine le catholicisme est moins à craindre aujourd’hui (d’ailleurs les chrétiens sont eux-mêmes en danger) que l’islam, religion conquérante, expansionniste et guerrière avec tous les troubles que cette religion occasionne dans le monde. Or, on parle et on écrit beaucoup sur cette dernière dans BVoltaire. Vous en plaindriez vous ?
Voltaire dont j’ai lu un peu sa littérature, et qui se demandait, en songeant au paradis, s’il y retrouverait son chat…et qu’il serait déjà content comme çà le cas échéant.
Vous n’êtes en aucun cas contraint de lire ce qui ne vous attire pas ,ne vous intéresse pas . Malgré certains actes et ,ou événements tragiques , bien sûr répréhensibles, la religion catholique est quand même moins dangereuse , elle fait moins de dégâts que l’écolosocialisme communiste LFI qui n’est autre que le poison du monde
Alain Proviste
L’Eglise ne fait plus de dégâts, même si elle en a fait beaucoup dans le passé
(Torquemada, colonies, etc), mais du fait de ces « erreurs passées », elle s’est
déconsidérée à jamais ! Si Jésus revenait sur Terre (fiction), aujourd’hui, il se
mettrait dans les rangs des pacifistes. Tous les grands criminels du monde
vont à l’église ou à la mosquée…
J’adhère totalement à toutes les paroles du Cardinal Sarah. L’Église a du travail pour mettre en œuvre tout cela Imaginez qu’avant les élections législatives, nous avons eu dans notre paroisse lors de la messe dominicale le conseil de ne pas voter pour les extrêmes…