Législatives partielles : en Haute-Savoie, l’union UDR-RN terrasse LR

Sanction de la ligne portée par LR ou contexte local ?
capture d'écran France 3
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Deux élections législatives avaient lieu, ce dimanche 25 janvier. Deux scrutins démontrant la bonne forme de l’alliance UDR-RN qui dépasse les clivages partisans.

En Haute-Savoie, les électeurs de la troisième circonscription étaient appelés aux urnes à la suite de la démission de la députée LR Christelle Petex. Lors du premier tour qui se déroulait ce dimanche 25 janvier, le succès de la liste UDR-RN menée par Antoine Valentin est spectaculaire. Avec 45,06 % des suffrages, il améliore son score de 5,4 points par rapport au premier tour des législatives de 2024.

Quels enseignements tirer d’un tel succès ? D’abord, la solidité d’une liste d’alliance des droites UDR-RN. Les électeurs traditionnels des Républicains ont voté massivement pour le candidat ciottiste, rejoignant ainsi ceux du mouvement de Marine Le Pen. On constate donc l’érosion impressionnante du score du mouvement que préside Bruno Retailleau. Avec le chiffre famélique de 15,2 %, le LR Christophe Fournier emmène son parti dans les abîmes, puisqu’il perd 17,1 % par rapport au scrutin précédent.

« Il ne faut en tirer aucune conséquence nationale »

À l’UDR, on constate que cette chute est le fruit des errances du parti que présidait Éric Ciotti il y a peu. « Les Républicains se décrédibilisent au rythme des revirements permanents de leur direction, analyse auprès de BV le député UDR Éric Michoux, l’électeur de droite est perdu, il n’y a plus de ligne directrice dans un parti dont la seule question qui vaille est "comment va-t-on sauver nos postes ?" » Pour l’élu de Saône-et-Loire, il s’agit d’un « message très fort » envoyé par les électeurs de droite qui font dans les urnes l'union des droites et ne cautionnent pas le soutien du parti LR à la politique socialiste du gouvernement. Un mélange LR-Macronie d’autant plus manifeste que le camp présidentiel ne présentait pas de candidat, laissant au candidat LR le soin de représenter le bloc central. La réussite du candidat RN est un message d’autant plus fort que, traditionnellement, les élections partielles ne sont pas des scrutins favorables au RN dont l’électorat se mobilise peu (31 % de participation à ce scrutin).

Chez Les Républicains, on relativise. Élu maire en 1986 (jusqu’en 2020) et député en 1992, le sénateur LR du Nord, Marc-Philippe Daubresse, s’appuie sur sa longue expérience. « Dans une partielle, ce qui compte, c’est plus la personnalité que l’étiquette », explique-t-il à BV. Il en veut pour preuve l’autre élection de ce même dimanche qui a vu le succès d’un ministre du gouvernement. En effet, dans le Loiret, les électeurs étaient appelés aux urnes : à la suite de la nomination de Stéphanie Rist au gouvernement, son suppléant a refusé de siéger à l’Assemblée nationale, provoquant une nouvelle élection. Au second tour qui se déroulait ce dimanche, le ministre de la Santé a obtenu 62,1 % des suffrages contre sa concurrente du RN, Tiffanie Rabault, qui réalise un score honorable de 37,9 %. Pour Marc-Philippe Daubresse, si la logique nationale s’imposait, le ministre aurait dû être sanctionné. Ainsi, en Haute-Savoie, terre dont il connaît bien le contexte local, nul doute que le scrutin a tourné en faveur « du maire le plus populaire », « il ne faut en tirer aucune conséquence nationale », conclut-il.

Un enfant du pays

Car l’ancrage local a joué, lors de cette élection. Appartenant à l’UDR, Antoine Valentin est un enfant du pays. Maire depuis 2020 de la petite commune de Saint-Jeoire (3.500 habitants), l'homme de 33 ans est engagé pour son territoire. Les habitants de sa commune ne s’y sont pas trompés : ils sont 75 % à l'avoir plébiscité. Mais l’investissement de cet élu local dépasse le cadre de son département. Antoine Valentin est en effet co-fondateur de l’institut Politicae, une structure destinée à accompagner les candidats au mandat de maire. La gauche s’est fait un devoir de clamer que cette association est financée par le milliardaire catholique Pierre-Édouard Stérin, dans le cadre de son projet Périclès. L’eurodéputé Raphaël Glucksmann venu soutenir son candidat avait déclaré ne pas vouloir « laisser monsieur Stérin et ses acolytes faire de cette circonscription un laboratoire de l'extrême droite ». Une parole qui prête à sourire, au regard des 13,5 % réalisés par le socialiste Anthony Penhouët (Place publique).

Malgré les déplacements de Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, le candidat LR est désavoué. Selon le sénateur Daubresse, « étant donné que les électeurs LR sont aux deux tiers favorables à une union des droites, les électeurs se sont prononcés dans un contexte local bien précis ». Il faut néanmoins noter la crédibilité manifeste du parti UDR. Cette élection le démontre, les électeurs ne rechignent pas à voter pour la formation alliée au Rassemblement national. « L’UDR est probablement l'un des meilleurs concepts créés depuis deux ans, constate un cadre LR auprès de BV, ils ont réussi à trouver un excellent créneau. Aujourd’hui, l’électorat classique, modéré et de droite n’a pas de difficulté à voter pour un candidat UDR-RN. »

Dans le Loiret, le score de la candidate RN est en hausse de 5 points. Ce qui est interprété, malgré la défaite, comme un succès par le RN. En Haute-Savoie, la performance d’Antoine Valentin est à confirmer lors du second tour, dimanche prochain. Il reste à démontrer que, dans une élection partielle où le tapage médiatico-politique en faveur d’un « front républicain » est faible, le candidat de l’union UDR-RN peut s’imposer.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Toutes les villes importantes et gagnables ont été données aux ciottistes. A Dijon, Horizons s’allie à Reconquête. Tout est paré pour que Bardella explose en vol et reconstruire l’UMP avec la droite de la macronie.

  2. Les LR risquent d’être très surpris. Une surprise très certainement amortie par les municipales mais qui sera flagrante à la présidentielle. Un parti en voie d’extinction. Ciotti a senti le vent venir. Son parti en profitera.

  3. Ce n’est qu’un début, Retailleau et Wauquiez vont récupérer les fruits de leur acharnement suicidaire, perso plus jambe vote pour ces gens là

  4. On comprend mieux pourquoi les pauvres LR encore én poste préfèrent soutenir la gauche au détriment des français, juste pour profiter le plus possible .
    Espérons qu’aucun de ces irresponsables ne sera réélus

  5. Bonjour.
    Quid de leurs votes en faveur de l’identification (numérique) obligatoire pour avoir le droit d’accéder aux réseaux sociaux ?…
    Merci.

  6. Le RN tombe dans le politiquement correct en interdisant à ses membres de participer à l’émission de Morandini.
    UDR, est un parti interessant et devrait s’unir avec Reconquête, ces deux partis sont plus proches que le RN. Ce dernier est plutôt décevant

    • « Tomber » disons plutôt qu’il y nage et depuis longtemps..avec ses reprises du langage macroniste « celleszetceux ,métiers en tension,vaccins qui protègent des cas graves,retournement de veste anti Trump,Groenland, Ukraine..Iran…etc etc..

  7. 70 % d’abstention lors de ces deux législatives partielles.
    Des scrutins où le corps électoral est réduit à la portion congrue sont-ils encore révélateurs, voire même légitimes ?

  8. Enfin des électeurs lucides et intelligents qui ont compris que LR n’étaient pas de leur côté, quand on voit ce qu’ils font et surtout ce qu’ils ne font pas à l’AN et au sénat, j’espère que c’est de bonne augure pour les prochaines municipales pour commencer

  9. En Savoie, c’est un candidat UDR qui est premier et non RN, et dans le Loiret, c’est un candidat RN qui est second. Les électeurs de droite préfèrent un candidat vraiment de droite face à l’ambiguïté idéologique du RN..

    • Question pertinente. J’habite dans le Loiret. La participation à ce scrutin a été de 30 %. Les communes appelées à voter sont traditionnellement fort conservatrices. On n’y a vraisemblablement pas trouvé ce qui aurait pu les motiver. J’espère que ce scrutin savoyard poussera RN et LR à continuer dans la voie de Ciotti, à charge pour le premier de ne pas faire les gros bras car ils ont autant besoin de l’un que l’autre. Quant à Wauquier il joue à merveille le rôle du dynamiteur interne.

  10. espérons que le 2ème tour confirmera, il faut sortir les LR qui ont toujours trahis leurs électeurs et continuent à le faire en s’alliant au PS comme dernièrement

    • Toujours trahir ses électeurs est inexact. Nous assistons seulement a la fin d’un groupe prestigieux. Comme celle les Radicaux puis Rad-Soc, dominants la 3°, incontournables sous la 4° pour terminer en béquille d’appoint politique ayant seulement conservé une assez bonne représentation locale.

  11. Oui pas d’affolement car selon la tradition, la France du second tour est un redoutable rouleau compresseur gauchiste. Valable pour toutes les consultations. Quand ils entendent RN ils votent massivement à gauche. C’est la France eternelle.

    • Le RN s’est dédiabolisé. Bravo MLP. Il lui reste à faire la preuve de ses aptitudes à gouverner en abandonnant en premier lieu son populisme. Bravo Bardella ? En attendant il lui faut conquérir des mairies pour qu’on puisse faire la comparaison avec les gestions « écologistes » mais aussi prendre conscience que l’homme utile en commission vient de chez Ciotti.

  12. Un exemple à suivre massivement lors des prochaines échéances…
    Une union des partis de droite qui s’assument pour bouter hors des affaires les LR, les verts, le PS et l’ultra gauche.

      • A ce jour les seuls vrais » souverainistes » sont philippot et asselineau. A la rigueur.,reconquête qui dit vouloir sortir de certains accords et commissions europeens…tous les autres ne veulent rien changer…RN compris…alors « patriotes »!….

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