[LE GÉNIE FRANÇAIS] La Fayette, héros suprême de l’indépendance américaine
Idéaliste, têtu, prêt à donner sa fortune et à sacrifier confort et prestige pour deux causes : la justice et la liberté. Voilà résumé le personnage de La Fayette. Sa vie est tellement extraordinaire qu’on a de la peine à croire qu’elle est vraie. Elle semble sortie tout droit d’un roman d’Alexandre Dumas ou de Victor Hugo.
Joseph Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, est né en 1757, en Auvergne, d’une vieille famille qui remonte à la chevalerie du XIe siècle, au château de Chavaniac, à 90 km au sud de Clermont-Ferrand. Dès l’enfance, il se montre précoce, talentueux, brillant, intelligent et sagace. Un prodige, un futur génie. On dirait, aujourd’hui, un HPI.
Jeunesse d’un surdoué
Dès l’âge de neuf ans, alors que sa région est terrorisée par la célèbre bête du Gévaudan qui a (ou ont) tué une centaine d’humains entre 1764 et 1767, il veut faire partie de l’expédition et des battues organisées pour traquer le monstre, qui sera finalement exterminé plus tard et apporté au roi à Versailles.
Le père de La Fayette meurt à la guerre et son grand-père le fait venir à Paris au collège du Plessis (actuel lycée Louis-le-Grand). Il suit, parallèlement, une formation d'élève-officier à la compagnie des mousquetaires noirs du roi. Il prend également les cours de l'Académie militaire de Versailles.
Un idéal de liberté et de justice
Joseph Gilbert est avide de connaissances et rêve de servir de grandes causes. Son éducation, imprégnée de l’esprit des Lumières, influence son idéal de liberté et de justice. Il a cette double chance de bénéficier d’excellents professeurs qui le passionnent et d’hériter d’une énorme fortune. Les deux vont servir son idéal, car c’est un des Français les plus riches du royaume. Mais l’argent ne le déforme pas. Au contraire. « Il doit servir à de nobles causes. »
À 13 ans, il s’engage dans l’armée. Les exploits militaires le motivent au point qu’à 17 ans, il refuse un brillant poste à la Cour qui lui est proposé grâce à son mariage avec Adrienne de Noailles, une parente de Louis XVI. Alors qu’il n’est qu’un jeune officier, il se passionne pour la cause des insurgés américains contre les colons anglais. Il organise donc en secret son départ pour le Nouveau Monde, contre la volonté du roi et de sa famille.
À ce sujet — [HISTOIRE] Le mystère de la bête du Gévaudan
Prêter main-forte aux Américains
En 1777, à 19 ans, alors qu’il aurait une belle carrière assurée à Versailles, La Fayette acquiert avec ses fonds un navire, embauche un équipage et part donc en cachette pour l’Amérique. Il écrit cependant régulièrement à sa femme, enceinte. Les correspondances témoignent de son enthousiasme pour la révolte américaine et de son affection « brûlante de tendresse » pour Adrienne.
Pendant le voyage, La Fayette apprend les bases de l'anglais ; il lui suffit d'une année pour le parler couramment. Lorsque le tout jeune marquis arrive en Amérique en 1777, il se présente au Congrès continental. On hésite à confier un commandement à un Français sans expérience du terrain américain. Finalement, il est nommé à vingt ans Major général. La Fayette fascine les Américains ; il paraît si déterminé qu’on l’envoie rejoindre George Washington, le commandant de l’Armée continentale qui deviendra le premier président des États-Unis.
Entre La Fayette et Washington, c’est le coup de foudre
La première rencontre est décisive : Washington, alors âgé de 45 ans, est frappé par l’ardeur et la sincérité du jeune général qui, de son côté, est immédiatement conquis par la dignité et le calme du général. Ce coup de foudre réciproque fera de La Fayette le fils adoptif de Washington pour toujours.
Washington l’invite pour l’instant à rejoindre son état-major : un privilège rare. Lors d’un combat, Gilbert est blessé à la jambe mais il refuse de quitter le champ de bataille. Washington veille personnellement à ce qu’il soit bien soigné.
Fin stratège, le général de La Fayette se révèle aussi excellent marin. Il joue un rôle important dans plusieurs batailles maritimes en mettant en œuvre des tactiques novatrices.
« C’est au bras de la noblesse de France que la démocratie américaine a fait son entrée dans le monde », dira le grand Paul Claudel, écrivain, diplomate et académicien.
Indépendance et retour triomphal
À la suite d’une permission de l’armée américaine, La Fayette rentre en France et en revient, cette fois, avec l’appui du roi, accompagné de plusieurs navires en ligne (à la pointe du progrès militaire) et quelques milliers de fantassins. N’oublions pas que la France possède alors la plus forte armée du monde. S’ensuit la bataille et la prise de Yorktown en 1781, l’exploit le plus connu de notre héros avec L’Hermione, frégate légendaire (reconstruite en 2014 et actuellement visible à Bayonne).
L’Angleterre accorde alors l’indépendance aux États-Unis. Retour triomphal à Paris et bal au Trianon où La Fayette dansera même avec la reine Marie-Antoinette. Et malgré ses opinions à la fois monarchistes et républicaines, Louis XVI le traite avec bienveillance.
Déclaration des droits de l’homme
Pour tenter de faire évoluer une monarchie absolue vers une monarchie plus libérale, le marquis rédige un premier projet de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Elle est inspirée de la Déclaration américaine écrite par James Madison, futur président des États-Unis.
En avance sur son temps, La Fayette aurait voulu pour la France une monarchie républicaine, comme le sera notre Cinquième République gaullienne.
Mais la Révolution de 1789 emporte tout. Le général sera dépassé et très mal placé pour défendre le roi quand le peuple de Paris marchera sur Versailles. Il parvient de justesse à sauver la reine. Suspecté par les monarchistes d’un côté, autant que par les révolutionnaires de l’autre, il doit fuir sous la Terreur, sans pouvoir empêcher que Louis XVI ne soit guillotiné. Il essaie alors de rejoindre l’armée prussienne, espérant rallier la monarchie. Mais l’Autriche voit en La Fayette un danger pour la stabilité monarchique. Il est capturé et traité comme un prisonnier de guerre. Il passe cinq dures années dans les cachots autrichiens, puis effectue un dernier voyage triomphal d’une année dans les grandes villes d’Amérique. Après quelques actions au service de la nation, il prend une retraite bien méritée dans son Auvergne natale jusqu’à sa mort en 1834.
Aux États-Unis, La Fayette demeure le héros français le plus aimé de la révolution américaine et des dizaines de villes, de parcs, de rues et d’écoles ont été baptisées en son honneur. Un siècle après La Fayette, le cadeau de la France, la statue de la Liberté, vient encore couronner cette amitié.
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28 commentaires
Voilà un portrait très idéalisé de La Fayette.
« Fin stratège », c’est lui faire trop d’honneur. La Fayette fut le Bernard-Henri Lévy de son époque et Louis XVI s’en méfiait. D’ailleurs lorsque le Roi décida d’intervenir aux côtés des « Insurgents » américains, ce n’est pas à La Fayette qu’il fit appel mais à Rochambeau, un général moins bling-bling mais beaucoup plus fiable pour commander le corps expéditionnaire de 6000 hommes.
Quant à la suite de l’Histoire, La Fayette s’y montra égal à lui-même, c’est à dire comme une girouette.
Il est vrai que Rochambeau a été oublié. Mais on a le droit de penser que Lafayette avait pu prendre du recul sur la politique française, grâce à son expérience de l’Amérique. Et qu’il était en avance sur son temps et en effet dépassé par les problèmes de l’époque et par la Révolution et la Terreur. Et par la bourgeoisie (et non le peuple) antichrétienne qui a pris le pouvoir, comme la Macronie d’aujourd’hui. Notre Constitution de 58 est bien à la fois monarchique et républicaine, car basée sur un pouvoir personnel (article 16) qui devait s’appuyait uniquement sur le peuple et n’avoir de comptes à rendre qu’à lui par les référendums. La gauche socialiste et le régime des partis étant de retour, ils ont cassé tout ça.
Platon proposait déjà une constitution mixte dans Les Lois, combinant monarchie (sagesse) et démocratie (liberté), abandonnant ainsi l’idée d’un État parfait dirigé uniquement par la sagesse.
En 1788, l’Armée émarge au budget pour 173 millions de livres, la cour pour 90 millions, les dépenses courantes pour 110 millions et le remboursement de la dette (capital + intérêts) pour 261 millions.
L’aide apportée aux « Insurgents » Nord Américains avait coûté au Royaume la bagatelle d’un milliard de livres, couverts par l’emprunt, ceci sans aucun retour sur investissements, les Etats-Unis ayant renoué leurs liens commerciaux avec l’Angleterre, sitôt leur indépendance proclamée.
Résultat : un budget en déficit de 161 millions de livres à la veille de la Révolution.
Les errements Nord Américains de Louis XVI, jusqu’en 1783, ont donc pesé très lourdement dans l’effondrement des finances du royaume et les conséquences néfastes qui en ont découlé..
«Laissez-nous Lafayette, on vous laisse la faillite!» (un Étatsuniens)
Je ne sais pas ce que l’auteur a voulu dire en parlant de « monarchie républicaine », puisque les deux termes sont antinomiques. Une république n’a pas de roi, par définition. La formule ne correspond en conséquence à aucune catégorie juridique ou constitutionnelle reconnue en science politique. Elle est plutôt interprétative (et critique). Elle désigne, en gros, une république, dans laquelle le président se prend pour un monarque. C’est vraiment ça que « Lafayette espérait pour la France » ? Et bien il serait content de savoir que nous avons une monarchie républicaine depuis 1958 ! :-)
(je vous renvoie à la caricature de Moisan pour le Canard enchaîné en 1965)
L’auteur a le droit de penser que Lafayette avait pu prendre du recul sur la politique française, grâce à son expérience de l’Amérique. Et qu’il était en avance sur son temps et en effet dépassé par les problèmes de l’époque et par la Révolution et la Terreur. Et par la bourgeoisie (et non le peuple) antichrétienne qui a pris le pouvoir, comme la Macronie d’aujourd’hui. Notre Constitution de 58 est bien à la fois monarchique et républicaine, car basée sur un pouvoir personnel (article 16) qui devait s’appuyait uniquement sur le peuple et n’avoir de comptes à rendre qu’à lui par les référendums. La gauche socialiste et le régime des partis étant de retour, ils ont cassé tout ça.
Platon proposait déjà une constitution mixte dans Les Lois, combinant monarchie (sagesse) et démocratie (liberté), abandonnant ainsi l’idée d’un État parfait dirigé uniquement par la sagesse.
Certes l’auteur peut dire tout ce qu’il veut. Mais factuellement parlant, je doute que Lafayette « espérait une monarchie républicaine pour la France ». Sauf erreur de ma part, cela ne correspond pas à la réalité. Lafayette était favorable à une monarchie parlementaire, sur le modèle britannique.
D’autre part, dire que la constitution de 58 est à la fois monarchique et républicaine n’a absolument sens. Il n’y a pas de roi en France. Une monarchie sans roi, n’est pas une monarchie. Vous affirmez que notre république est « à la fois monarchique et républicaine, car basée sur un pouvoir personnel ». Diriez-vous que les EU sont une monarchie républicaine parce que le pouvoir personnel du président est fort ? Non .Diriez-vous que le Royaume-Uni est une république parce que le pouvoir personnel du roi est faible ? Non. La Ve République est. une république. C’est une démocratie républicaine qui est à mi-chemin entre le régime présidentiel américain et le modèle parlementaire des autres démocraties européennes (où le chef de l’État a très peu de pouvoir, et qui ne sont pas nécessairement des républiques, soit dit en passant). Dire que la Ve République est monarchique relève de la caricature. C’est-à-dire une exagération de la réalité pour faire rire (et les caricatures représentant De Gaulle en Louis XIV sont nombreuses et très drôles). Mais il ne faudrait pas prendre la caricature pour la réalité.