Le Désespéré de Courbet au musée d’Orsay : un prêt consenti par… le Qatar !

Le chef-d'œuvre n’a malheureusement pas pu être conservé dans le patrimoine français.
tableau Courbet Le desespéré
Gustave Courbet, Public domain, via Wikimedia Commons

À partir de ce mardi 14 octobre, le célèbre autoportrait Le Désespéré, de Gustave Courbet, est exposé au musée d’Orsay. On découvre à cette occasion que ce célèbre tableau du peintre français peut être exposé grâce à... un prêt du Art Mill Museum de Doha pour au moins cinq ans ! L’œuvre n’avait plus été montrée au public français depuis 2007. Comment est-il sorti des frontières ? En 2007, le tableau appartenait à un propriétaire privé. Depuis, il a été vendu à Qatar Museums, l'organisme de développement des musées de l'émirat. Le prix et la date de la vente sont inconnus, mais les finances du ministère de la Culture n'ont sans doute pas permis le rachat de cette œuvre et sa conservation dans le patrimoine français.

Un bien culturel inestimable soumis à une autorisation d’exportation

C’est pourtant un des plus grands chefs-d’œuvre que Courbet ait donnés à la peinture française du XIXe siècle. Pour Paul Perrin, conservateur en chef du musée d’Orsay, ce tableau « est unique dans sa production d’autoportraits parce que c’est le plus halluciné, le plus fort en termes d’expression des émotions et des sentiments. C’est vraiment une démonstration de maîtrise picturale », explique-t-il à l’AFP. Cet autoportrait atypique est mondialement connu mais rarement exposé : sa valeur artistique incontestable est à la hauteur de son originalité. Cela en fait un objet d’art onéreux, et même hors de prix. D’après France Estimations, les grands chefs-d’œuvre de Gustave Courbet sont pour la plupart dans les musées et ne circulent pas sur le marché de l’art. Pour avoir une idée de la valeur financière du Désespéré, qui est considéré comme un chef-d’œuvre, il suffit de regarder le prix des tableaux de Courbet qui se vendent le plus cher sur ce marché : les peintures représentant un nu féminin. Rares, ces dernières « dépassent les 500.000 euros, voire le million d’euros, en vente aux enchères », précise France Estimations. On en déduit rapidement que l’autoportrait vaudrait des millions.

Or, pour que la France ne perde pas son patrimoine, tout objet culturel dépassant un certain seuil de valeur financière ne peut être vendu ou même prêté à l’étranger sans un certificat délivré par l’autorité administrative. Ce certificat permet d’attester que ce bien n’est pas un « trésor national » qui empêcherait sa sortie du territoire. Reprenant l’article L111-2 du Code du patrimoine, le ministère de la Culture explique, en effet, que « l'exportation temporaire ou définitive d'un bien culturel ayant un intérêt historique, artistique ou archéologique est soumise à autorisation, selon sa valeur et son ancienneté ». L’annexe 1 aux articles R. 111-1 précise que les tableaux et peintures ayant plus de cinquante ans d'âge et dont le prix est estimé à plus de 300.000 euros sont considérés comme des biens culturels.

Il y a donc fort à parier que l’autoportrait entre dans la catégorie des « biens culturels » et qu’il est soumis à une autorisation, pour pouvoir sortir du territoire français. Néanmoins, il semble rare que ces certificats soient refusés. En effet, la circulation des biens culturels permet la diffusion de la culture et les échanges entre les pays ne cessent de s’intensifier. D’après les chiffres du ministère de la Culture, les tableaux font partie des objets qui sont les plus exportés et les plus importés, avec principalement trois pays de destination, en 2022 : les États-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse, ces trois pays cumulant 77 % des sorties du territoire national. Mais comment éviter que le patrimoine ne s’envole définitivement dans des terres étrangères ?

Pour conserver, il faut payer

Pour les œuvres déjà vendues, les directeurs des musées s’adonnent à des négociations afin de pouvoir les exposer temporairement en France. C’est ce qu’a réussi à faire Sylvain Amic, ancien directeur du musée d’Orsay, qui avait signé la convention de prêt en avril 2025 avec la présidente de Qatar Museums, Sheikha Al Mayassa bint Hamad bin Khalifa Al Thani. Il est malheureusement décédé depuis et n'a pas pu voir le fruit de son travail.

L’autre solution, pour protéger une œuvre d’une sortie du territoire, c’est d’en faire un « trésor national », ces derniers étant considérés comme trop précieux pour qu’ils soient prêtés ou vendus à l’étranger de manière pérenne. Comment un bien devient-il trésor national ? France Info rappelle que la demande de certificat pour exporter une œuvre est examinée par des experts du patrimoine. Si ces derniers jugent que l'œuvre est trop importante et qu'elle ne doit pas quitter la France, ils saisissent la commission consultative, qui rend un avis. C’est ensuite au ministère de la Culture d’accepter ou de refuser le certificat d’export : s’il refuse, il a 30 mois pour faire une offre d'achat au propriétaire, qui peut la décliner. En revanche, si les experts estiment un prix et que l’État ne peut payer, le certificat est accordé. Cela coûte donc souvent cher de racheter une œuvre et seules quelques exceptions sont faites. Le Louvre et la BNF ont déjà fait appel au dons pour pouvoir financer de nouveaux « trésors français ». En 2024, Rachida Dati, alors ministre de la Culture, avait bloqué la vente à l’étranger d’un chef-d'œuvre d’Édouard Vuillard en refusant de donner à son propriétaire le certificat d’exportation. Il s’agissait d’un ensemble de six dessus-de-porte peint en 1892. Pour l’autoportrait de Courbet, on aurait espéré que le tableau appartienne déjà aux collections françaises : cela aurait été dans doute le cas si Courbet n’avait pas été obligé de vendre ses toiles à des particuliers afin de payer la somme que lui réclamait la Justice pour avoir appelé au déboulonnage de la colonne Vendôme durant la Commune de Paris en 1871.

Picture of Ombeline Marignane
Ombeline Marignane
Etudiante en journalisme.

Vos commentaires

20 commentaires

  1. Quand l’argent est plus fort que notre histoire, on en arrive à ces dérives! Les patriotes, souvent considérés à tort comme des ultras libéraux ont des priorités et le patrimoine n’est pas une monnaie d’échange.

  2. J’ai toujours été ulcérée par les ventes aux enchères qui dilapident notre patrimoine à l’étranger ! Combien de pièces rares, qu’elles sont petites ou grandes, ont ainsi quitté notre territoire ! Un scandale !

  3. Quel mauvais esprit se donnera la peine de communiquer aux Français l’ensemble des biens détenus chez nous par le Qatar ?

    • LA LISTE et longue et inconnue des français .Nos polytocards ont bradé la France depuis longtemps
      (1 genre de colonisation silencieuse )

  4. Echange de biens culturels je ne vois pas lesquels le Qatar peut échanger avec la France à part le Riyal Qatari

  5. La religion musulmane interdit la reproduction d’un être humain en peinture ou en sculpture. Il n’existe pas de peinture musulmane et on sait ce qui est arrivé aux statues bouddhistes en Afghanistan. Qu’est-ce que le Qatar a à voir avec la peinture?

  6. Entre nos dépenses culturelles ! ! , notre dette et son détenteur, et le Quatar ! ! Il me semble qu’il n’y a qu’un chemin.. Ce pays me semble t il détient le monde entier par leurs dettes ! ! ! Cherchez l’erreur ???

  7. Que reste-t-il de la France dans tous les sens de cette expression?
    Le prodigieux libre-service qu’elle représentait a attiré les appétits de tous les pays.
    Qui veut quelques milliers d’hectares de terres fertiles.La Chine?Servez-vous donc!
    Qui veut quelques fleurons technologiques industriels?Les USA?Prenez ce qui vous convient!
    Qui veut quelques chefs d’œuvre d’art pictural et autres, jusques et y compris des monuments et châteaux?(Oui,en effet,des manoirs ont été démontés pierre par pierre et reconstruits à l’étranger)?Servez-vous donc!
    Et quand il est possible de cramer et démolir nos édifices religieux,il ne faut pas se gêner car cela ne contrarie pas outre mesure nos dirigeants!
    « Tiens!Je vais te prêter l’immense tapisserie de Bayeux. »Tants pis s’il est quasiment impossible de la déplacer sans risque de l’abîmer irrémédiablement!
    Quand un Président qui crache sur l’histoire de France n’est pas à une vilénie près pour boursoufler son ego déjà démesuré,on en vient à ce genre de sottise!
    E t ce n’est,hélas,pas fini.

  8. Faites par curiosité un inventaire de ce que le Qatar possède en France. Le Qatar qui nous prête de l’argent pour cette dette de 3400 milliards qui va s’accroître de 360 milliards en 2026 à annoncé Le Figaro. Ben oui, pour payer la retraite à 60 ans des Francais.

  9. Le Qatar semble aimer beaucoup la France. Les dettes de Mr Courbet ne sont plus qu’un mauvais souvenirs qu’on avait oublié. En nous reposant sur le Qatar nous sommes assis sur un tas d’or et avec le gouvernement dirigé par Olivier Faure la distribution s’annonce alléchante. C’est juste un peu bête en ce beau mois d’octobre de prévoir une année blanche, alors que la France est appelée à voir la vie en rose, ou au moins à joliment se présenter pour continuer à attirer les investisseurs.
    Tous à nos pinceaux derrière Lecornu et la France reprendra du poil de la bête !

    Aux pinceaux citoyens! Posez vos divisions, peignons, peignons, qu’une couleur pure abreuve de pognon.

  10. Le Quatar a bien acheté le PSG, il peut bien d’offrir un tableau de maître. La France perd chaque jour davantage sa souveraineté…..

    • La Norvège est plus intelligente, elle garde « le cri » de Munch, qui ressemble curieusement au « deéespéré », mais en plus stylisé. Qui a copié l’autre ?

  11. La tribune de l’art a plusieurs reprise avait demandé au ministère de la culture.
    La liste des oeuvres ayant reçu un certificat d’exportation.
    Refus du ministère.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Mazarine Pingeot entend punir les manants de La Flèche qui n’ont pas bien voté

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois