Le Concile de Nicée : 1.700 ans d’un christianisme organisé
« Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre… » Ces mots résonnent depuis dix-sept siècles dans les églises chrétiennes du monde entier. Ils sont nés à Nicée, petite ville de Bithynie - aujourd’hui İznik, en Turquie, lors d’un concile convoqué par un empereur romain converti au christianisme : Constantin. En 2025, l’Église célèbre les 1.700 ans de ce premier concile œcuménique, événement fondateur qui a défini la foi chrétienne dans sa structure essentielle et qui continue d’influencer la liturgie, la théologie et même les relations œcuméniques contemporaines.
Le besoin d’unité
Au début du IVe siècle, dès lors que la foi chrétienne obtint la liberté et la fin des persécutions, avec l’édit de Milan en 313, un autre péril surgit : la division doctrinale. N’étant plus occupés à penser à leur survie, les premiers chrétiens pouvaient désormais consacrer plus de temps à réfléchir à leur foi, au Christ et à son message. Ainsi, de nombreux courants de pensée commencèrent à voir le jour, notamment celui d’un certain prêtre alexandrin : Arius. Ce dernier enseignait que le Christ n’était pas Dieu de toute éternité mais une créature élevée par Dieu, plus noble que toutes les autres, mais non consubstantielle au Père. Cette position, que l’on nommera bientôt arianisme, rencontra un certain succès, notamment auprès de certains évêques d’Orient, mais suscita également une violente opposition.
Conscient du danger de ces divisions pour l’unité de l’Église et, par ricochet, pour la stabilité de l’Empire, Constantin convoqua un concile général à Nicée, en 325. C’était une première : environ 300 évêques, venus de tout le monde chrétien connu, furent invités à se réunir sous l’égide impériale pour débattre et réfléchir sur les fondations de l’Église chrétienne.
La foi de Nicée
Au terme du concile se terminant, selon la tradition, le 25 juillet 325, ce dernier condamna l’arianisme et proclama le Credo de Nicée, qui affirmait clairement la pleine divinité du Christ : « engendré, non pas créé, de même nature que le Père ».
Le concile ne se contenta pas de ce seul point dogmatique. Il adopta également un calendrier unifié pour la célébration de Pâques, mit en place une première structure disciplinaire avec des canons, dont le III interdit notamment aux membres du clergé d'habiter avec des femmes, à moins qu'il ne s'agisse de membres de leur famille. Le concile de Nicée renforça l’autorité des grands sièges épiscopaux, notamment ceux de Rome, d’Alexandrie et d’Antioche.
Néanmoins, l’arianisme ne disparut pas pour autant et fut même soutenu, pendant plusieurs décennies, par certains empereurs. L’histoire de l’Église fut ensuite marquée par un long combat, mené par des figures nicéennes comme saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers ou les Pères cappadociens (Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse), pour défendre la foi de Nicée jusqu’à sa réaffirmation au concile de Constantinople en 381. Ce second concile développa également la doctrine de la Trinité.
Un héritage pour les siècles
Encore aujourd’hui, le Credo de Nicée-Constantinople est récité chaque dimanche par des centaines de millions de chrétiens, catholiques, orthodoxes et protestants. Il est l’un des rares textes véritablement œcuméniques, communs à la quasi-totalité des confessions issues des premiers grands conciles de l’Église. Sa solennité, sa rigueur doctrinale et sa sobriété en font un pilier théologique et liturgique, transmis sans discontinuer depuis le IVe siècle.
Pour cette raison, les 1.700 ans du concile revêtent une portée symbolique forte. Le pape Léon XIV a ainsi souligné, dans plusieurs interventions, son souhait de célébrer cet anniversaire à Nicée même, avec des représentants des Églises orientales et orthodoxes, dans un esprit de dialogue et de fidélité à cet héritage commun. À ce sujet, il s’est entretenu avec le patriarche de Constantinople Bartholomée, qui lui a proposé la date du 30 novembre, fête de saint André, apôtre du Christ.
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23 commentaires
A Max 85, les génocides et compagnie sont provoqués par l’orgueil et les passions humaines et pas par la Foi Chrétienne. Cette Foi qui a » Déplacé les montagnes », fait les paysages et la société, qui soigne et enseigne gratuitement en lieu et place des états défaillants autrefois et aujourd’hui même en de multiples endroits du monde. Si le monde était Chrétien il serait plus heureux et infiniment plus prospère. Un croyant Chretien sait peut être mieux parler de ce qu’il vit et partage
La chrétienté ,Parlons en
Rappelez vous simplement tous les génocides engendrés par cette « foi » en France et dans le monde
« mais suscita également une violente opposition. » Essentiellement, pour ne pas dire uniquement, du pape de Rome. Mais aussi de Constantin, car les chefs militaires impériaux, quasiment tous germaniques, étaient également arianiques et le sont demeurés jusqu’à la chute de l’empire. Détail qui compte : les arianistes élisaient leurs princes, danger insupportable pour le pape et l’empereur.
Comme quoi il y a déjà 1700 ans les prémices de la religion musulmane (le christ n’était pas dieu ) existaient déjà !
@Ben06
Je me permets de rectifier votre commentaire ci-dessous.
Pour les Orthodoxes, Dieu le Père est la source de la Divinité. La traduction des premières phrases qui concernent le Père et le Fils dans le Symbole de Foi en Grec et en Slavon est:
Je crois en le seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubsantiel au Père et par qui tout a été fait .
Les Paroles du Symbole de Foi orthodoxe qui mentionnent l’Esprit Saint sont les suivantes :
Et au Saint Esprit, le Seigneur, le vivificateur, qui procède du Père, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes.
Il est important de savoir que le mot « Filioque » qui dans le Credo catholique exprime que l’Esprit Saint procède du Père et du Fils, est une notion qui a été introduite en Espagne (Tolède 732) pour combattre l’arianisme des Wisigoths.
Cet ajout, qui est la cause du désaccord doctrinal initial entre les Catholiques et les Orthodoxes, fut imposé par Charlemagne dans tout l’empire d’Occident.
Saint Nicolas, saint Spiridon et saint Athanase étaient présents au concile de Nicée.
L’immense sainteté des grand saints capadociens, fut la pierre angulaire du second concile oeucuménique réuni par l’empereur Théodose à Constantinople en 381.
Il me semble important lorsqu’il s’agit de notre Foi chrétienne de tenir compte de la chronologie qui est de première importance pour comprendre les malheurs des divisions qui nous agitent jusqu’aujourd’hui.
Parler de Mahomet qui naquit au VIIème siècle et des Protestants qui apparaissent au XVIè siècle, élimine le pourquoi et les conséquences des crimes commis par les Croisés, les Arabes et les guerres de religion entre Catholiques et Protestants au fil des siècles.
Revenons à la Prière, reconnaissons nos imperfections. Notre Seigneur miséricordieux nous remettra sur le bon chemin.
Vous avez raison, la chronologie mais également l’ambition de certains sont à prendre en compte !
Le pape Léon XIV a ainsi souligné, dans plusieurs interventions, son souhait de célébrer cet anniversaire à Nicée même… L’a du boulot le pape !
sauf à se soumettre !
Qu’on l’admette ou non l’Eglise est un modèle de démocratie…et pour les Chrétiens, de décentralisation du pouvoir. La plus ancienne société « par action » du monde…
Sur le caractère démocratique de l’Église et sur la décentralisation du pouvoir, je vous invite à lire le récent « Vatican secret » de Loup Besmont de Sennevville, correspondant permanent du journa « La Croix ». Vous risquez d’être décu !
La grande chance de la chrétienté, c’est l’Eglise. Elle a permis de faire évoluer le dogme et la pratique religieuse au fil des siècles, pour que la chrétienté ne soit pas déphasée des valeurs contemporaines de l’époque.
Sans Eglise, seuls les textes fondateurs seraient la référence. On aboutirait ainsi à des rituels qui nous paraissent absurdes, comme dans les religions juives ou musulmane, où les rites et les préceptes me semblent souvent incompréhensibles, voire choquants.
Si vous pouviez préciser ce que vous appelez les « Valeurs contemporaines » ce serait Bien.
Pour le chrétien les seules valeurs sont celles enseignées par Notre seigneur Jésus Christ.
Parce que nous, chrétiens, nous n’avons pas observé l’enseignement du Christ, parce que nous n’avons pas su nous appuyer sur les Traditions qui sont l’expression de la Sagesse de nos peuples et de nos differentes cultures, nous nous sous sommes divisés.
Et ces divisions sont un contre exemple que nous devons nous efforcer d’éliminer !
A cette fin attachons nous à faire renaître le sens du Sacré et de la Prière dans nos églises.
Notre malheureux monde déchiré à tant besoin de Prière et de Charité.
Consubstantiel au père
C’est d’ailleurs le Credo que je préfère, plus explicite et engageant que celui su Symbole des Apôtres.
En réalité il a fallu plusieurs conciles pour définir le dogme mais celui de Nicée est le plus fondateur.
Le problème de la christiologie était ardu et toutes sortes de formules furent imaginées soit on tirait la personne du Christ vers son humanité soit vers sa déité . La question clé était d’abord l’apparence du Christ , notion capitale car tout est apparence chez lui : sa mort apparente car en fait il ressuscite puis son retour, la parousie qui est repoussée on ne sait quand . Comme Dieu il n’apparait pas et reste caché.
L’hindouisme n’était pas ignorée des Grecs influençant notamment Platon pour la métempsychose et bien sûr la notion de l’avatar du dieu qui prend la forme humaine pour apparaître aux hommes.
Pour simplifier, le Christ n’était qu’un avatar de Dieu et pas Dieu lui-même pour Arius . Sa théorie a eu du succès auprès des partisans surtout Orientaux attachés au monothéisme pur et dur comme le sont les Juifs et les musulmans . Le risque était d’abaisser le Christ comme un simple messager ( Mahomet en fera un prophète comme lui) .
A noter que les orthodoxes le reconnaissent comme Dieu mais avec une nuance pour le mettre en dessous de Dieu . Ils refusent la théorie du FILIOQUE , le Saint esprit procède de Dieu seul et pas du fils ( et du fils pour les catholiques).
Le concile de Nicée a eu recours à la philosophie grecque pour construire la sainte Trinité ( les hypostases : substance , attribut, accident d’Aristote pour simplifier). En plus pour marquer le coup il a fait de Marie la mère de Dieu , ce qui a beaucoup choqué les protestants.
Et donc , le christianisme est trinitaire ( le Saint Esprit ou souffle de Dieu permettait aux fidèles de se sentir proche de Dieu et du Christ en attendant la parousie). Newton notamment trouvait cela farfelu et tous ceux comme les francs maçons qui croient en l’esprit suprême du Monde désincarné.
Il est ainsi une vraie hérésie du monothéisme pur pour Juifs et Musulmans qui en sont ulcérés.
Blaise Pascal convenait que le christianisme était compliqué mais justement cela en faisait sa valeur inestimable répondant au 3ème ordre des valeurs après l’esprit , la matière et les corps , à savoir l’amour du prochain sans équivalent véritable dans les autres religions sauf la Bakti dans l’hindouisme.
Très intéressant.
Le plus important est ce que croie l’Homme (avec un H majuscule) !
C’est stupéfiant comme des fables sont parvenues à traverser les siècles.
Plus personne ne s’y intéresse aujourd’hui. On s’entretue toujours pour ça quand même !
400 ans tout pile, pas plus.
non, 1500 ANS !
Merci pour ce rappel historique
Cette célébration en commun avec d’autres églises nous dit d’où nous venons et à qui nous sommes rattachés.