Italie : les flammes du Vésuve ravivent le souvenir de Pompéi
En ce mois d’août 2025, le Vésuve, volcan légendaire dominant la baie de Naples, refait parler de lui. Cette fois, pourtant, ce n’est pas par un grondement souterrain ou une nuée ardente, mais par un vaste incendie qui dévore ses flancs, transformant, comme dans l’Aude, un paysage verdoyant en une terre de cendres.
Les ravages des flammes
Le 8 août 2025, un feu de forêt se déclare dans le parc national du Vésuve, près de Terzigno. Poussé par un vent soutenu et alimenté par une végétation sèche, l’incendie gagne rapidement du terrain. Le 10 août, douze équipes de pompiers, six avions Canadair™ et des renforts venus d’autres régions italiennes sont mobilisés pour aider, sous une chaleur caniculaire, à lutter contre le brasier qui s’étend peu à peu.
❌#Napoli, #incendio vegetazione al Parco Nazionale del #Vesuvio: nella clip le operazioni di spegnimento dei #vigilidelfuoco, impegnati con squadre a terra e #Canadair [#9agosto 12:30] pic.twitter.com/q1cpfVyCDI
— Vigili del Fuoco (@vigilidelfuoco) August 9, 2025
Par mesure de sécurité, toutes les randonnées sont suspendues et l’accès au volcan, visité par 620.000 personnes en 2024, est interdit. Une colonne de fumée inquiétante est visible depuis Naples et même depuis Pompéi, restée toutefois ouverte aux visiteurs.
Des centaines d’hectares de forêts, de vignobles, de cultures et de vergers ont déjà été réduits en cendres, entraînant de lourdes pertes agricoles et touristiques. Pour Coldiretti, la plus grande organisation agricole du pays, ces incendies représentent « une catastrophe énorme » frappant de plein fouet les terres agricoles d’une région célèbre pour son vin, ses abricots et ses tomates. Face à ce désastre, Francesco Ranieri, le maire de Terzigno, ne peut que suspecter un acte humain et criminel.
Cette vision d’un Vésuve en proie aux flammes n’est pas aussi sans rappeler que, deux millénaires plus tôt, c’est ce même géant qui plongea toute une région dans la nuit et la mort.
Une cité prospère
Fondée vers le VIIe av. J.-C. en Campanie, Pompéi prospère grâce à l’abondance du sol fertilisé par les anciens dépôts volcaniques du Vésuve. Strabon, au Ier siècle av. J.-C., le décrit alors comme « entièrement couvert de champs fertiles, sauf au sommet partiellement plat, mais totalement stérile et d'aspect cendreux ».
Comptoir commercial actif entre mer et terre, Pompéi compte des milliers d’habitants et s’enrichit du commerce du vin, du poisson et des herbes aromatiques. Sa prospérité fait même de l’ombrage à la puissante Rome. Cependant, la région est également sujette à des séismes qui, frappant en 62 et 70 ap. J.-C., endommagent sévèrement la cité. Pourtant, malgré ces catastrophes, nul ne suspecte le Vésuve d’être à l’origine de ces malheurs. En effet, le volcan, endormi depuis des siècles, est alors considéré comme une simple montagne devenue inoffensive.
Le jour du cataclysme
Mais un matin d’octobre 79, une secousse est ressentie. Considérée comme un phénomène banal, elle est vite oubliée par les habitants, qui poursuivent leurs activités. Cependant, à la mi-journée, le sommet du Vésuve explose. Un panache en forme de pin parasol s’élève alors à plus de 32 km, projetant des lapilli qui recouvrent la ville sous une couche de pierre ponce pouvant atteindre trois mètres. Sous le poids et le nombre de pierres, les toits des domus s’effondrent et les rues deviennent impraticables. Certains Pompéiens tentent de fuir en se protégeant la tête avec des coussins ou des bassines métalliques, d’autres préfèrent s’enfermer chez eux, croyant que cet orage de pierres passera.
Pendant ce temps, Pline l’Ancien, amiral de la flotte romaine à Misène, aperçoit le nuage volcanique. Animé par la curiosité scientifique et le sens du devoir, il décide de prendre la mer pour secourir des habitants. Son navire réussit alors à s’approcher de Stabies, mais il est pris dans une pluie de cendres et de gaz. Épuisé, Pline l’Ancien meurt asphyxié, laissant à son neveu, Pline le Jeune, le soin de relater l’événement pour la postérité.
La fin et l’oubli
Après une nuit d’enfer, un soleil matinal, voilé par la cendre, peine à éclairer une ville de Pompéi vivant ses derniers instants. En effet, une nuée ardente, mélange brûlant de gaz toxiques et de cendres, s’abat soudainement sur la ville et ses environs. La mort, instantanée pour les habitants, passe ainsi, telle une vague inarrêtable, de maison en maison. La cité disparaît sous plusieurs mètres de dépôts volcaniques et reste figée pendant près de dix-sept siècles.
En 1592, lors du creusement d’un canal, des vestiges sont découverts, mais le site est réenseveli. Au XVIIIe siècle, les premières fouilles méthodiques commencent, d’abord motivées par la recherche d’objets précieux destinés à enrichir les cabinets de curiosités de certains aristocrates et princes italiens. Peu à peu, l’appât du gain laisse place à une véritable soif de savoir, les scientifiques et les archéologues cherchant à connaître mieux l’histoire et les secrets de l’antique cité.
Au fil du temps, fresques, statues, objets du quotidien et corps moulés dans la cendre sont ainsi mis au jour et offrent un témoignage unique de la vie romaine dans l’Antiquité. Dès lors, Pompéi, figée dans l’instant de sa destruction, est devenue un lieu de mémoire, de recherche et de tourisme mondialement connu. Cependant, aujourd’hui encore, sur les hauteurs, l’auteur de cette tragédie, le Vésuve, veille sur ses victimes, tandis que sur ses versants enflammés se joue un nouveau drame.
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8 commentaires
En mai 2023, j’ai gravi les pentes du Vésuve jusqu’au sommet. Environ 2 km assez difficiles car pentus. Vue impressionnnante sur la région et plongeante dans le cratère. J’ai observé des fumeroles qui s’en échappent prouvant ainsi que le géant n’est qu’endormi et qu’une explosion est toujours possible.
Chaleur caniculaire ou non, la végétation sèche finit toujours par brûler. Plus on la laisse s’accumuler, plus l’incendie sera ravageur. Si on ne veut pas que cela brûle, il faut nettoyer (à la saison humide).
NB : la température d’inflammation du papier est de 240 °C. Elle n’est atteinte nulle part « naturellement », même à midi sous les tropiques.
Le Vésuve, l’Etna le Stromboli ( pas loin…) et surtout les Champs Phlégréens… une super « marmite », comme Yellowstone. Si ça pète, … barrons nous. ( Avant bien sûr!). Je n’aimerais pas vivre là en tout cas.
Barrons-nous, évidemment, mais où? Si les Champs Phlégréens pètent, il ne nous restera que la lune ou mars.
J’allais le dire alors j’ajoute les failles (Californie, Istambul etc.), les arcs insulaires/zones de subduction) etc. On a du temps sauf qu’ mais on ne le connait pas. Le secteur du Yellowstone « remuerait » tous les 400 000 ans mais la dernière fois ce sont les 2/3 des USA qui ont été recouverts de cendres…Dans la plupart des cas on ne pourra pas ‘se barrer » car les équilibres économiques mondiaux seraient irrémédiablement détruits. Mais n’oublions pas que c’est nous qui modifions le climat…
On ne peut pas grand chose contre la nature, mais on essaye d’en dissuader les habitants par un discours bien rodé des « escrologistes » de tout poil ! A quand le réveil des volcans du massif central, d’ardèche ou de l’hérault ?
Merci Mr. de Mascureau , je lis toujours vos chroniques , documentées et si bien rédigées , avec un infini plaisir . Merci de partager avec nous vos connaissances et votre culture .
Au mieux, l’homme peut espérer s’adapter, mais les grandes forces naturelles douchent vite nos prétentions dominatrices. Mais bon, les incendies sont la plupart du temps des actes criminels.