Invisible pendant un siècle, la lame du régicide Ravaillac ressurgit
À La Force, dans le département de la Dordogne (24), a eu lieu un événement peu banal : la présentation publique du poignard avec lequel François Ravaillac a assassiné le roi Henri IV, le 14 mai 1610. Cette lame régicide, véritable témoin d’un tournant majeur de l'Histoire de France, a longtemps été conservée à l’abri des regards. Pour la première fois, depuis 100 ans, elle fut offerte à la contemplation des Français pendant quelques jours.
On assassine un roi
François Ravaillac, né vers 1577 à Angoulême, affirme avoir reçu des visions mystiques l’incitant à agir pour défendre la foi catholique.

Par Crispin de Passe (1564 ?-1637), graveur. — Cette image provient de la bibliothèque en ligne Gallica sous l'identifiant ARK btv1b8401565f/f1, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=302319
Issu d’un milieu modeste et profondément marqué par une religiosité ardente, il nourrit un fanatisme qui le pousse à croire que Dieu lui confie une mission : punir un roi jugé trop conciliant envers les protestants. Il se persuade alors que le roi de France Henri IV, ancien huguenot converti au catholicisme, complote contre l’Église et que seul un geste extrême peut corriger l’ordre des choses.
Le 14 mai 1610, alors qu’Henri IV se rend de son palais du Louvre vers l’Arsenal, son carrosse est bloqué par une charrette en pleine rue de la Ferronnerie à Paris. Saisissant cette occasion, Ravaillac se précipite, monte sur le coche et porte deux coups de couteau fatals au roi. Ce dernier s’effondre presque aussitôt, gravement atteint, tandis que tous se jettent sur l’assassin pour l’arrêter.
Le meurtre provoque une onde de choc, dans le royaume. La régence de Marie de Médicis est proclamée, les interrogations sur un éventuel complot se multiplient et le procès du régicide s’ouvre rapidement. Ravaillac est condamné pour crime de lèse-majesté et exécuté le 27 mai 1610 après un supplice particulièrement brutal : son corps est torturé, écartelé et brûlé.
À ce sujet — Henri IV, le grand ami de François Bayrou

Arrêt du parlement de Paris condamnant à mort François Ravaillac, convaincu du crime de « lèse-majesté divine et humaine » le 27 mai 1610 - Cote : AD+148 - Date du document : 27 mai 1610. Page 118.
Le geste isolé d’un illuminé prive la France de celui qui avait mis fin aux guerre de Religion et que l’on surnommait déjà « le bon roi Henri ».
Une famille protectrice
Cependant, l’arme du crime ne disparaît pas avec son auteur. Cet objet entre en possession de la famille ducale Caumont dès le jour de l’assassinat du Vert Galant. Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force, accompagnait le roi lors de son voyage en carrosse : il récupéra l’arme.
La maison de Caumont est l’une des plus anciennes familles de la noblesse périgourdine, établie depuis le Moyen Âge. Fidèles serviteurs de la Couronne, les Caumont ont occupé de hautes charges militaires et politiques. Jacques Nompar, devenu maréchal de France, puis duc et pair en 1637, incarne cette fidélité indéfectible aux rois. Protestant modéré, converti lui aussi au catholicisme par raison d’État, il aura néanmoins servi avec ardeur les intérêts du fils de son défunt maître, Louis XIII, et décèdera à l’aube du règne du Roi-Soleil, en 1652, à l’âge vénérable de 93 ans.
La lame du régicide qu’il avait récupérée fut conservée dans son château de La Force, près de Bergerac, jusqu’à la Révolution française, en 1793. À cette époque, l’édifice, comme de nombreux biens nobiliaires, est malheureusement vendu et démantelé. Le poignard quitte alors le domaine et, durant plus de deux siècles, il ne revient pas sur les terres qui l’auront gardé précieusement.
Récemment, grâce à l’actuel duc de La Force, résidant dans la Sarthe, l’arme a été prêtée pour l’exposition « Les Caumont et La Force : une grande histoire », qui a pris fin ce 24 septembre. Pour Jean-Louis Fourcaud, commissaire de l'événement, le prêt du couteau était « exceptionnel » car « cela fait plus de 100 ans qu'il n'a pas été présenté au public ». Pour la première fois depuis 232 ans, le poignard retrouvait aussi le village périgourdin dont la mémoire demeure liée au destin des Caumont mais aussi à celui de la France.
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19 commentaires
Et si on parlait de la complicité de Marie de Médicis et de Bernard de Nogaret ? Ravaillac n’était qu’un instrument à moitié dingue !
C’était déjà une attaque au couteau… La baguette de pain a été inventée pour empêcher les hommes d’avoir toujours sur eux un couteau pour couper leur miche de pain….Sauf qu’aujourd’hui…
Aujourd’hui on marche encore à la baguette, en attendant que les sans dents doivent broyer du pain noir.
Ils sont présumés innocents.
Merci pour cet article instructif. Sans faire montre de goûts morbides, il aurait été intéressant d’illustrer l’article avec une photo du poignard… J’ajoute un mot à l’intention d’Atikva. En effet, j’ai été surprise de lire dans son commentaire que « … Catherine (de Médicis) a été bénéfique à la France »… S’il est vrai que Marie de Médicis ne fut pas l’épouse rêvée pour Henri IV, ni pour le royaume de France, il est prouvé que Catherine de Médicis fut l’instigatrice de la Saint-ßarthélémy, avec son fils Charles IX. Les livres de Pierre Merle, avec sa saga « Fortune de France » relatent admirablement – et sur le plan historique – ce que furent les guerres de religions en France, dressant les Français les uns contre les autres… Et la responsabilité indéniable de « la Médicis » pour la tuerie atroce de la Saint-Barthélémy !
Il y avait de bien plus fanatiques que Catherine de Médicis . Est elle vraiment l’instigatrice ou simplement n’a t’elle pu s’y opposer ?
Le supplice infligé a Ravaillac est le même que celui subi par Damien qui avait blessé légèrement Louis XV d un coup de canif.
Vous croyez qu’un canif ne vaut pas un couteau ?
Article passionnant pour l’élève qui garde le souvenir de cet évènement des décennies plus tard, sans avoir reçu connaissance de tous les détails tragiques annexes !! Ne serait-ce que le sort infligé à Ravaillac qui a « »exemplaire » » ! ! ! !
1610 est une des rares dates de l’Histoire que j’ai en mémoire ! ! ! ! Sans doute en lien avec son caractère atroce !!!!!
Je me demande si cela est intelligent cette exposition qui met en lumière le couteau. De quoi amener des idées supplémentaires à la situation actuelle où le couteau est roi.
Non, si l’exposition met en avant le sort qui est advenu à l’Assassin, » exécuté », c’est peu dire, une semaine après son crime ! ! ! !
Si nous avons un sentiment d’insécurité aujourd’hui, qu’aurait été ce sentiment au temps des guerres de religions ?
Il faut relativiser.
Cet assassinat à épargné à la France une guerre coûteuse et inutile contre les Pays-Bas espagnols. Henri IV était amoureux d’une princesse de Montmorency partie avec son époux dans le camp adverse. Henri IV voulait la récupérer. Son assassinat à empêché cette guerre. Henri IV fut un bon roi mais il est mort avant que ses pulsions sexuelles, célébres, ne ruinent la France.
Il a apporté la paix civile, la paix internationale, la prospérité. Le meilleur roi de France (et de loin) ; et d’aileurs un pur méridional !
« Le geste isolé d’un illuminé… » suscité en fait par le duc d’Epernon et Marie de Médicis, qui fut aussi néfaste au royaume de France que Madame Catherine lui fut bénéfique.
Bien vu. Richelieu remettra de l’ordre dans tout cela ……
Richelieu, certes, mais il n’aurait pu agir sans l’indéfectible soutien de Louis XIII – et le génial ministre l’a reonnu : « J’étais un zéro qui, en chiffre, signifie quelque chose quand il y a un nombre devant lui. »
Voilà ! le duc d’Epernon de Nogaret !
De même que des illuminés aujourd’hui s’en prennent aux églises ?
Probablement il n’y a rien de mieux que la religion pour « illuminer », et le fanatisme catholique peut rejoindre parfaitement celui des autres religions.