Interdiction de fumer sur les plages : la fronde des maires balnéaires

Depuis le 29 juin, l’extension des zones non-fumeurs provoque un rejet franc chez certains élus locaux.
©Sabina Kallari/Pexels
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Depuis ce dimanche 29 juin, certains lieux sont officiellement interdits à la cigarette. Une « extension » des espaces non fumeurs, selon le gouvernement, qui préfère éviter le terme de « nouvelle loi ». Si les abords des écoles touchés par cette interdiction font consensus, les parcs et les plages posent plus de difficultés, car la directive ressemble surtout à un signal politique envoyé depuis Paris, sans se soucier des réalités locales. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’une fronde discrète mais assumée soit née chez certains élus lassés d’être transformés en auxiliaires de la vertu.

Ni moyens ni envie

Puisqu’il ne s’agit pas d’une nouvelle loi, mais de l'élargissement d’un cadre existant, les communes n’ont qu’à s’adapter. À elles, donc, de financer l’impression des affichettes, d’organiser le contrôle et d’assumer les tensions qui pourraient en résulter. Selon les estimations du gouvernement, la mise en place de la signalétique coûterait 150.000 euros par commune sur deux ans. La décision est nationale, mais la charge est bel et bien locale.

Sur le terrain, les maires balnéaires ne s’y trompent pas. Faute de conviction, certains refusent d’obéir. À Névez, Dominique Guillou s’étrangle, dans les colonnes du Télégramme : « Je vais mobiliser mes deux policiers municipaux pour mettre des amendes à des gens en vacances ? J’hallucine ! » L’élu parle d’une « décision hors-sol, inapplicable », et ironise : « Même en le voulant, on ne peut pas surveiller tant d’espaces. Après, si l’État veut envoyer un escadron de gendarmerie… »

Sur l’île de Ré, la même exaspération domine. Lina Besnier, maire de La Flotte, l’affirme dans Le Phare de Ré : « La plage est un espace de liberté. Je ne donnerai pas la consigne à ma police municipale d’aller embêter les gens, même lors de ses rondes. » À Sainte-Marie-de-Ré, Gisèle Vergnon souligne à son tour, dans le quotidien local, l’absurdité de la tâche : « Mobiliser notre police municipale sur plus de sept kilomètres de plage me semble difficilement réalisable. » Alain Pochon, maire des Portes, est catégorique. Pour lui, « c’est mission impossible ».

Une police municipale déjà surchargée

Au-delà de l’impossibilité matérielle, c’est la priorité même de cette mobilisation qui exaspère. « La police municipale a plus important à faire », tacle Lina Besnier. Même constat à Névez, où Dominique Guillou rappelle qu’il a « d’autres priorités durant l’été dans [s]a commune touristique ». Alors que ces dernières gèrent déjà la sécurité, le stationnement, la circulation des camping-cars ou la propreté, on voudrait encore leur faire porter la dernière lubie sanitaire du moment.

Au micro de RMC, ce jeudi 30 juin, un policier municipal venait appuyer ces critiques : « On a du trafic, des émeutes et des agressions… et on nous pond ça. On a autre chose à faire que ça. » Et d'ajouter ce qu'affirment les maires en demi-teinte : « J’en ai marre, de taper sur le bon Français qui fume sa clope », alors qu'à côté, certains « foutent le bor*el ».

La chasse aux libertés ordinaires

« Une liberté de plus en extérieur » qui disparaît, dénonce encore Dominique Guillou, qui craint « un ras-le-bol face aux libertés qui se limitent ». Après les zones sans voitures, les zones sans barbecue, les zones sans bruit, voici les zones sans cigarette. L’espace public devient un territoire sous surveillance, sans plaisir ni liberté, mais avec l’État sur le dos. Pour le « ras-le-bol », ne vous en faites pas, il est déjà là.

L’absurde atteint son sommet quand les maires hostiles à la mesure tiennent tout de même à en marquer les contours. À Ars-en-Ré, on retire les cendriers pour signifier une interdiction que personne ne compte faire respecter. L’opération propreté vire ainsi à la farce. Et pendant que la réglementation s’empile, déconnectée des réalités, ce sont les élus de terrain qui doivent en assumer les conséquences.

Vos commentaires

81 commentaires

  1. Loi inapplicable, produit par une élite malade !. Le vrai problème n’est pas le tabac qui part en fumée mais les filtres dorés qui polluent le sable.

  2. Tempête dans un verre d’eau !
    Je n’aime pas les fumeurs, et leur fumée me dérange même sur les terrasses des cafés où immanquablement il faut qu’un individu allume sa clope en se mettant bien dans le vent !
    Maintenant si la police montre très peu de zèle pour les sanctionner, ça ne me dérange pas non plus… 
    Nos dirigeants, au nom de la santé publique ont à mon avis des décisions plus importantes et urgentes à prendre !

  3. Quand on a interdit le tabac dans les restaurants, beaucoup criaient au scandale. Plus personne ne souhaiterait revenir en arrière maintenant.
    J’habite à Mandelieu la Napoule et la plage est non fumeur depuis 3 ans. Et aucune contestation n’a été recensée.
    Avez-vous remarqué qu’étant attablé à une terrasse ou sur une plage autrefois, vous aviez systématiquement un fumeur qui grillait cigarette sur cigarette, et que sa fumée venait immanquablement vous agresser les narines ?
    Beaucoup approuvent cette mesure, dans quelques années, plus personne ne voudra revenir en arrière.

  4. Petite pensée émue pour les polices municipales , nationales et gendarmerie qui ont gagné le pompom …..essayons d’imaginer comment les FdO vont accomplir cette mission alors qu’on a jamais autant dealé , agressé, violé , rafalé , decapité , cambriolé , sabré le citoyen français partout ailleurs dans nos villes , villages dans les salles de spectacles, églises , hôpitaux , écoles
    Bruno Retailleau fait très fort du coup , les malfaiteurs en tremblent d’avance

  5. Je serais curieux de connaître le nombre de verbalisations sur un an. Ce sera peanuts et heureusement car les forces de l’ordre vont faire preuve de discernement. Le seul point positif c’est de donner un motif pour procéder à un contrôle d’identité (art. 78-2 al. 3 du code de procédure pénale)… à condition de cibler les nuisibles qui pourrissent la vie des honnêtes gens, donc pas Nicolas…

  6. Et oui c’est un scandale. La police a autre chose à faire que ça. Mais l’Etat s’en fout puisqu’il ne connaît pas la situation du pays qu’il dirige

Commentaires fermés.

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