Il y a 70 ans, les pogroms d’Istanbul et Izmir contre les Grecs chrétiens

En 2025, la Turquie d’Erdoğan refuse de reconnaître le génocide arménien et les pogroms de 1955.
Capture d'écran @posttenebras
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Il y a 70 ans, ces 6 et 7 septembre, éclataient des pogroms organisés par le gouvernement turc contre les minorités grecques et chrétiennes d’Istanbul et Izmir. Il s’agissait d’une manipulation montée par les cellules christianophobes de l’armée turque, selon l’enquête menée par les autorités turques elles-mêmes. Istanbul fut, durant mille ans, Constantinople, sur la rive européenne du Bosphore. La capitale du magnifique Empire romain d’Orient, sommet inégalé des arts et des sciences, tomba en 1453 aux mains des Ottomans qui la saccagèrent et martyrisèrent ses habitants. Mais il y demeurait, jusqu’en 1955, un forte minorité grecque.

Ignoble pogrom

Le 5 septembre 1955, une bombe explosait, en Grèce, au consulat turc de Thessalonique (où était né Mustafa Kemal). Cette bombe avait été posée par un agent provocateur turc, ainsi que cela sera démontré durant le procès. Dès le 6 septembre 1955, des dizaines de milliers d’émeutiers haineux sont acheminés en camions et déposés dans le quartier grec d’Istanbul, qui sera dévasté en toute impunité durant une douzaine d’heures : une opération d’épuration ethnique. Il s’ensuivra, certes, un grand procès contre les instigateurs, mais seulement six ans plus tard, notamment contre le Premier ministre turc alors aux affaires (Menderes), qui sera pendu.

Le pogrom est ignoble : seize Grecs et un Arménien (dont deux clercs) sont assassinés. Trente-deux Grecs sont sévèrement blessés, plusieurs dizaines de femmes grecques ainsi que des jeunes garçons violés. Des popes subissent des circoncisions forcées dont certains meurent.

Les biens grecs sont pillés et détruits : 4.348 magasins, 110 hôtels, 27 pharmacies, 23 écoles, 21 usines, 73 églises principalement grecques-orthodoxes, 2 monastères, les cimetières profanés, une synagogue, un millier de maisons appartenant à des Grecs sont détruites. Les violences ne s'arrêteront qu’après minuit, à la suite de l'intervention tardive de l'armée et de la proclamation de la loi martiale. Curieusement bien trop tard.

La population de Grecs chrétiens, chassée de chez elle, passera, en quelques semaines, de 135.000 à 4 ou 5.000. Les éléments juridiques d’un crime contre l’humanité sont donc bien réunis au sens de l'article 212-2 du Code pénal.

S’il faut commémorer cette horreur et s’incliner sur le sort des victimes dont certaines - et, bien sûr, leurs enfants - sont encore en vie, il faut aussi tirer les leçons de l’Histoire et des situations actuelles pour éclairer les choix d’avenir et nous préserver. Le grand Thucydide nous prévient dans son œuvre historique majeure (La Guerre du Péloponnèse) : « L’Histoire est un perpétuel recommencement. » Il faut « voir clair dans les événements passés et dans ceux qui, à l'avenir, du fait qu'ils mettront en jeu eux aussi des hommes, présenteront des similitudes ou des analogies ». Observons donc l’Histoire, rappelons-nous nos erreurs passées, tirons-en les leçons, « voyons clair », restons sur nos gardes, c’est notre devoir citoyen...

Les leçons de bon sens et de survie, pour aujourd'hui

Quoique alliée (via l’OTAN, ou ce qu’il en reste), la Turquie n’est pas et n’a jamais été une amie de l’Occident chrétien. Ni en Europe, ni au Moyen-Orient ; et désormais ni à Chypre, ni en Arménie, ni au Karabakh.

Bien peu de pays musulmans offrent simultanément les libertés (civiques et religieuses), la paix civile, la prospérité. Et dans les pays à forte minorité musulmane, bien qu’une partie significative des musulmans soient quiétistes et ne pensent qu’à s’assimiler, on observe des exemples de violences confessionnelles.

Enfin - pour balayer devant notre porte -, rappelons la collusion d’Aristide Briand avec Mustafa Kemal (le futur Atatürk). La France suspendit le traité de Sèvres (issu de l’accord Sykes-Picot) qui accordait un foyer national à vingt millions de Kurdes. Puis, durant la guerre gréco-turque (1919-1922), la France, sur ordre de Briand, aidera fortement l’ennemi turc contre l’allié grec (!) qui, volant de victoires en victoires, était sur le point de prendre Ankara et libérer Constantinople. Et, donc, de tenir les détroits si stratégiques. Briand, en mars 1921, signait un accord avec un incertain et fugace gouvernement kémaliste, puis un traité de paix la même année, et fournit à Mustafa Kemal quantité d’armes et matériels militaires. Grâce à Briand, l’armée turque finit par triompher des Grecs trahis : deux millions de Grecs de Smyrne et d’Anatolie durent alors fuir leurs terres immémoriales. Briand obtiendra plus tard le prix Nobel de la paix pour avoir établi une « paix » durable (sic) entre la France et l’Allemagne... en 1926.

En 2025, la Turquie d’Erdoğan refuse de reconnaître le génocide arménien et les pogroms de 1955. La Turquie a reçu de l’UE six milliards pour l’aide aux réfugiés de Syrie (dont beaucoup se sont infiltrés en Europe). Au titre de l’aide à sa pré-adhésion (sachant que l’adhésion n’aura pas lieu ...), elle a reçu aussi, de 2007 à 2020, près de dix milliards d'euros.

Étudiez le cas Briand (sa part d’ombre et de sottise) et le cas von der Leyen. Et relisons Thucydide.

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Henri Temple
Henri Temple est universitaire, juriste, théoricien de la Nation (auteur de :  Essai sur le concept de ‘’Nationisme’’, Sphairôs, 2024)

Vos commentaires

26 commentaires

  1. Bravo et merci de rappeler cette constante lamentable des elites de notre nation mourante .De cet imbécile de François Ier en passant par Napoléon III , gageons que Briand dut se prendre pour un fin stratège.
    La France républicaine, une fois de plus , prouvait son caractère fondamentalement anti chretienne comme cet acharné de Clemenceau qui refusa la paix séparée proposée par l’Autriche-Hongrie en 1917 !… Tout ce sang et ces trahisons sont en train de retomber sur nos têtes et celles de nos enfants . Non il n’y a pas de hasard et la cruauté de l’histoire avec un grand H sera à la hauteur de toutes nos turpitudes .

  2. Comment peut on imaginer un instant que la Turquie héritière du passé guerrier Ottoman peut être plus ou moins en accord avec l’Occident, impossible.
    Lui demander de reconnaitre une réalité incontournable en reconnaissant le génocide Arménie ils ne le peuvent.
    Plus récemment le haut Karabagh, l’invasion du nord de Chypre sans parler l’agression du bateau Français qui voulait contrôler un bateau de commerce se dirigeant vers la Libye sans parler de faits moins importants, çà fait beaucoup.

  3. la Turquie n’est pas et n’a jamais été une amie de l’Occident chrétien. Ni en Europe, ni au Moyen-Orient ET NE LE SERA JA-MAIS !

  4. Le mot « pogrom » devrait être réservé aux juifs qui sont les les plus grandes victimes de tous les temps et qui, à cet égard, doivent être traités de manière tout à fait particulière !

    •  » le mot « pogrom » devrait être réservé aux juifs » ? C’est tout ce que cela vous inspire ? Sauf que tout le monde utilise ce mot, devenu d’usage commun, pour toutes les violences de masse et massacres ethnico-religieuses.

  5. On voit là la différence entre un CHEF comme Erdogan, et les politiques demi-sel français. Même s’il a tort, pas question de se mettre à genoux et de battre sa coulpe.

  6. Nos pensées sont celles du monde. Des dignitaires musulmans se sont vantés d’avoir transformé la basilique Sainte- Sophie d’Istanbul qui était musée en mosquée. Nous n’entendons plus ce genre d’imbecilités de satisfaction depuis le tremblement de terre et ses 55.000 malheureuses victimes décédées et les autres meurtries

  7. Refus de reconnaitre le génocide des arméniens mais également des grecs pontiques et des assyro-chaldéens. L’intégralité de la Turquie était une terre chrétienne, là aussi on voit ce que sont devenus les régions islamisées

    • Tout comme l’Afrique du nord et particulièrement l’actuelle Algérie où Souk-Ahras anciennement Thagaste patrie de Saint Augustin.

  8. Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
    Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
    Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
    Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
    Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
    Un chœur dansant de jeunes filles.

    Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
    Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
    Courbait sa tête humiliée ;

    • Et la dernière strophe du poême de V. Hugo, l’enfant grec:
      Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
      Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
      Plus éclatant que les cymbales ?
      Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
      – Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
      Je veux de la poudre et des balles.

      • Des noms de rues en France, il y en a un paquet à débaptiser. On y trouve même des noms comme Staline ou autre Lénine !

  9. Une adhésion à l’UE qui n’aura pas lieu ? J’ai de gros doutes, hélas. L’entrisme islamique dans les hautes sphères politiques européennes est puissant. Sans parler de l’invasion migratoire et de la démographie, de l’aveuglement ou de la lâcheté des Européens… L’avenir de la civilisation judéo-chrétienne en Europe me semble séfieusement compromis.

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