Il y a 50 ans, Pol Pot entrait dans Phnom Penh. La gauche exultait.
Ils avaient soutenu Staline et, pour beaucoup, roulaient encore pour Moscou ; puis ils avaient eu sur leur table de chevet Le Petit Livre rouge de Mao, bible de l’intelligentsia française. Alors, en ce 17 avril 1975, c’était jour de liesse, à Saint-Germain-des-Prés : Phnom Penh venait de tomber aux mains des Khmers rouges. Le génocide qu’ils allaient perpétrer ferait près de deux millions de morts en seulement quatre ans.
Rappelons quelques chiffres, pour mémoire. Staline : sans doute 20 millions de morts, dont 6 à cause de la famine en Ukraine, entre 1931 et 1933. Mao Tsé-toung : 36 millions de morts par famine, entre 1958 et 1962. Pol Pot : entre 1,7 et 2 millions de Cambodgiens exterminés, entre 1975 et 1979, soit le quart de la population du pays.
Des révolutions couvées dans le giron de la France
En principe, on ne parle pas de soi, mais je vais le faire ici. En ce mois d’avril 1975, j’étais une jeune étudiante fraîchement arrivée à Paris. J’y avais, parmi d’autres, des amis cambodgiens que leurs familles avaient envoyés ici poursuivre des études entreprises au lycée français de Phnom-Penh. C’est sur ces familles que s’est abattue en priorité la folie des Khmers rouges et de leur chef, Saloth Sâr, alias Pol Pot, chef du Parti communiste du Kampuchéa.
Bénéficiaire d’une bourse du « colonisateur », Pol Pot était venu à Paris poursuivre des études médiocres à l’école Violet, entre 1949 et 1953. Il est d’ailleurs bon de rappeler ici, comme le faisait Le Parisien en 2015, que « ces stalino-maoïstes ont, pour la plupart, fait leurs classes à Paris, fascinés par Robespierre et la Commune ». Et des quelques « 250 étudiants cambodgiens qui ont bénéficié d'une bourse pour étudier en France après la Seconde Guerre mondiale, la plupart sont devenus cadres du régime khmer rouge ».
Fidèle à ses modèles soviétique et chinois, animé de la même folie paranoïaque, Pol Pot veut abolir la famille, la propriété privée et la religion. Comme Staline et Mao, il va instaurer par la force sa révolution paysanne. Tout ce que la société compte d’intellectuels – professeurs, médecins, ingénieurs, moines bouddhistes… – est immédiatement envoyé aux champs. La plupart des habitants de la capitale mourront d'épuisement en route vers les camps, les autres de faim, de maladie, sous la torture ou au rythme des exécutions sommaires.
À Paris, les nouvelles sont rares. Mes amis sont perdus, tentent d’arracher çà et là des bribes d’information qui contredisent les titres d’une presse enthousiaste. Des mois durant, ils espèreront l’arrivée d’un parent, d’un cousin, d’un frère qui auront pu échapper au massacre en payant au prix fort le passage des frontières. J’apprendrai, des années plus tard, que mon voisin, marchand de journaux si discret, était l’ancien patron de la police de Phnom Penh. Fin lettré, passé par les camps, torturé par le régime qui avait exterminé sa famille, il vivait en retrait et s’appliquait à une discrétion sans faille.
L’incurable cécité idéologique
Dans la chronique qu’elle consacrait sur Europe1, ce 17 avril, à ce sinistre anniversaire, Eugénie Bastié rappelait « le titre glorieux » de Libération, ce jour-là : « Le drapeau de la résistance flotte sur Phnom Penh ». Le Monde saluait, quant à lui, « un enthousiasme populaire évident », et L’Humanité célébrait « la victoire du peuple cambodgien ».
Pourtant, disait Eugénie Bastié, « on pouvait déjà savoir que derrière les grands idéaux communistes, les miradors et les goulags ne tardaient pas à surgir ». Et Soljenitsyne, invité quelques jours plus tard chez Pivot, « mettait en garde les intellectuels occidentaux contre la tentation de s’aveugler sur les méfaits du communisme ». Qu’à cela ne tienne,: on nous serinerait encore longtemps que tout cela n’est que le dévoiement d’une idéologie incontestable parce que fondamentalement généreuse.
Pas plus que les mues du PC après l’invasion de la Hongrie, en 1956, ou l’entrée des chars dans Prague en 1968, nos intellectuels français ont voulu voir ce qui se tramait au Cambodge. Le veulent-ils, aujourd’hui ? Pas davantage, et l’utopie prométhéenne qui les habitait n’a jamais faibli. « Faire du passé table rase », à n’importe quel prix, est un mot d’ordre qui connaît un regain de vigueur wokiste sur les bancs de l’Assemblée. La leçon n’a jamais été apprise, encore moins retenue. C’est ainsi qu’en 1979, l’année même où la dictature cambodgienne était renversée, une autre révolution avait lieu, à Téhéran cette fois, non pas menée par les communistes mais par les islamistes. Depuis le 10 octobre 1978, jour de son arrivée à Paris, les mêmes – les Sartre, Foucault, Beauvoir et consorts – se précipitaient à Neauphle-le-Château pour baiser le turban de l’ayatollah Khomeiny. La gauche antimondialiste et tiers-mondiste n’avait d’yeux que pour les mollahs, Sartre allant jusqu’à déclarer : « Je n’ai pas de religion, mais si je devais en choisir une, ce serait celle de Shariati », faisant référence au philosophe iranien 'Alî Sharî'atî, décédé en Angleterre en 1977.
Vingt ans plus tard, j’avais fait la connaissance de Habib Sharifi, un Iranien de grande culture, réfugié en France avec sa famille après la chute du chah. Il enseignait la littérature persane à la Sorbonne et travaillait à son premier ouvrage en langue française : Le Soufisme, mystique de l’Orient. La guerre en Tchétchénie faisait alors rage et je n’ai jamais oublié les mots de cet homme, affolé par l’atmosphère qui régnait ici : « Vous ne comprenez rien, vous ne voyez pas, disait-il. Réveillez vous, le danger, c’est l’islam ! »
Rien n’a changé, Mélenchon et ses affidés en apportent la preuve quotidienne : admirateurs de Robespierre, soutiens des révolutions sanguinaires et des dictatures rouges, aujourd’hui bras armé de l’islamisme, la gauche et ses extrêmes n'ont jamais rien regretté ni renié.
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53 commentaires
Excellent, Madame Delarue, merci !
Hélas, les lecteurs de B.V. ne sont pas majoritairement les jeunes disciples aux ordres des idéologistes à risques mortels de l’extrême gauche immigrationiste et raciste anti-blancs!!
Rien n’a changé
La gauche en général, et les communistes en particulier, ont toujours soutenu les forces susceptibles de détruire l’occident. Destruction qui est la condition préalable à l’avènement du monde nouveau qu’ils appellent de leurs vœux. Le problème c’est que ce monde nouveau idéal personne ne sait vraiment ce que c’est. Eux non plus d’ailleurs.
Excellent article, et nous avons les mêmes que Pol-pot en France, avec la même culture de mort qui les anime. Quand je dis que ce sont nos ennemis mortels,je pèse bien consciencieusement mes mots car ils le sont et sont aussi dangereux que le génocidaire cambodgien de cette époque sinistre et meurtrière. Et je reste persuadé que s’ils pouvaient en faire autant en France ils le feraient. Ces gens sont immondes.
Non les nazis et leurs imitateurs, Mao, Staline, Pol Pot n’étaient pas d’extrême droite, ils étaient tous fervents
défenseurs du collectivisme national socialiste.
Ami entends-tu ce vol noir des corbeaux sur nos plaines !?…
Ce chant m’imprègne serieusement
17 avril 1975 le journal de référence » le monde salue l arrivée des khmers rouge..
2025 le journal de reference « le monde » salue LFI et Cie..et comme il l écrit aujourd’hui » l’élite d’hier ( qui ensensait Pol Pot / Khomeini et Cie) à perdu ses privileges, s’est réinventé ( dans LFI) mais conservé une partie importante du pouvoir dans les grandes écoles ( Science Po) »
La caste universitaire et intellectuelle s’est systématiquement trompée sur l’évolution du monde et du tiers monde depuis 50 ans, cautionnant des massacres et des millions de morts pour leurs utopies sorbonnardes.
Pour eux ça va , merci, ils sont toujours là ,forts en gueule avec leurs théories foireuses, plus péremptoires que jamais .
je ne pense pas que la « caste universitaire » se soit trompée, elle applique ses théories, regardez par ex la commissaire rousseau !
Que veux faire la gauche actuel , surtout la plus extrême comme LFI et l’extrême gauche ,exactement la même chose que Mao et consorts ,abolir la famille, la propriété privée, la religion ; pour cela elle
s’accoquine avec l’islam , avec des racailles de toutes sorte pour tenter de déstabilisé ce pays.
Elle a pris le contrôle de l’information , de l’éducation afin de formater les esprits comme elle le désire.
Souvenez vous de la mise en garde de Raymond Aron lors de son séjour en Allemagne qui mettait en garde contre cette dictature naissante que Sartre avait encensée peu après. Tous ces gauchistes sont aveugles. Un peuple sans mémoire est condamné à revivre son histoire. Tragique et révoltant.
Sartre, qui s’est tenu tranquille pendant la deuxième guerre mondiale et qui prônait la violence en temps de paix, pas très courageux le bonhomme
La réalité c’est que le mal absolu fascine. Et il fascine de manière absolue. Les Sartre, Foucault, Beauvoir et consorts sortent tous du même moule, à savoir Normale Sup. Ils y ont appris l’art de donner un vernis intellectuel et scientifique à des idées monstrueuses et criminelles. Mais le fond de cette histoire c’est que ces esprits supérieurs pensent, en raison même de leur exceptionnelle intelligence, pouvoir s’extraire de concepts aussi fondamentaux pour la bonne marche du monde que le bien et le mal. Ils s’estiment au dessus de ça. De là découle le relativisme moral qui détruit la société Française depuis la Terreur et la Commune.
Excellemment résumé.
Le film de 1984 « la déchirure » ne doit pas être bien vu chez nos gauchistes radicaux…
Ce film est édifiant sur le génocide organisé par polpot, à voir ou à revoir pour comprendre les grandes valeurs du communisme révolutionnaire…
A voir également : « d’abord ils ont tué mon père «
Pour ceux que vous pointez l’idéologie tient lieu de colonne vertébrale. La remettre en question serait pour eux un anéantissement. La plupart en sont définitivement incapables.
Et les islamo gauchistes qui n’osent traiter tous ceux qui ne sont pas entièrement de leur avis de facho. Ça serait risible si ça ne faisait pas autant de dégâts
Ils n’ont jamais compris hier. Pourquoi comprendraient ils aujourd’hui ou demain ?
Bien au contraire ! Ils ont parfaitement compris ce qu’est l’idéologie qu’ils défendent. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils la défendent.
Et c’est pour ça qu’ils sont impardonnables.
Entièrement d’accord avec vous Ravi au lit,ces gens sont de véritables monstres sans excuses.
Absolument ! Cela s’applique parfaitement à une phrase lue il y a peu :
Mon Dieu, ne leur pardonnez pas, ils savent très bien ce qu’ils font.