[GUERRE EN IRAN] Le Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale : pour quoi faire ?

Renforcer les abords orientaux de l’UE : telle devrait être la mission du Charles-de-Gaulle, mais pas seulement...
Capture d'écran
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Le 3 mars, quatre jours après le déclenchement de la guerre en Iran, Emmanuel Macron a donné ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle de faire route vers la Méditerranée orientale depuis la mer Baltique où ce dernier participait à des exercices avec l’OTAN. Moins d’une semaine après, le groupe aéronaval français (GAN), c’est-à-dire non seulement le Charles-de-Gaulle, mais aussi les autres bâtiments chargés de sa sauvegarde (frégates multi-missions et sous-marins nucléaires d’attaque, notamment), doit atteindre prochainement la Méditerranée orientale où il rejoindra d’autres frégates et bâtiments européens (grecs, espagnols, italiens, britanniques et peut-être allemands et néerlandais) pour constituer un groupe aéronaval, non plus uniquement français, mais de fait européen.

Les Iraniens et le Hezbollah ont ciblé une base britannique à Chypre

En déclenchant ce conflit, le président Trump et le Premier ministre israélien Netanyahou ont décidé probablement - cela reste encore à préciser et à réaliser - de mettre fin à l’Iran des mollahs. Ces derniers, en réaction, ont étendu le champ de bataille, non seulement aux pays arabes du golfe Arabo-persique, mais aussi jusqu'à l’île de Chypre, membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004. À cet effet, la milice pro-iranienne du Hezbollah, mise en place par l’Iran au Liban depuis les débuts de la guerre Iran-Irak avec la complicité active des Syriens d’Hafez el-Assad, ont tiré deux drones en direction de la base britannique d’Akroriti, dans la nuit de dimanche à lundi de la semaine dernière. Ce tir de drones, de fabrication iranienne, depuis le nord du Liban a donc logiquement provoqué une réaction militaire européenne, à commencer par la Grèce qui en a profité pour envoyer à sa « petite sœur chypriote » une frégate anti-aérienne de manière à la protéger d’ultérieures frappes. Par la suite, la France a estimé à son tour, avec le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, auxquels se joindraient également les Pays-Bas et l’Allemagne, qu'il fallait renforcer les abords orientaux de l’Union européenne. Notre frégate multi-missions Languedoc a accosté à Chypre le 3 mars soir et, en milieu de semaine dernière, l’adjonction d’un porte-hélicoptères amphibie de la Marine nationale au groupement aéronaval a également été décidée. Il s'agit du Tonnerre, qui a quitté Toulon, son port d'attache, escorté d'une frégate La Fayette, ce vendredi 6 mars.

Préparation d’une ou plusieurs évacuations de ressortissants français et européens ?

Face aux frappes iraniennes sur les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie, l'Arabie saoudite, mais aussi et surtout sur le Liban, avec, en plus, dans ce pays, une action aéroterrestre israélienne provoquant indirectement de nombreux déplacements de populations, la France, comme le reste de l’Union européenne, reste confrontée à la perspective plausible d’une évacuation de ressortissants, non seulement des nationaux et des binationaux, mais aussi, probablement, de ressortissants de l'ensemble de l’Union européenne. D’où la présence de bâtiments de ces nations, y compris du Royaume-Uni, solidaire de cette entreprise multinationale. La France serait, sur le terrain, à la tête de cette opération très délicate. Un certain nombre de concitoyens français ont toutefois pu, quand c’était possible, partir de Dubaï et d’Oman entre deux alertes aériennes. 400.000 Français et binationaux se trouveraient ainsi bloqués dans les pays du Golfe, non seulement des touristes et des expatriés, mais aussi des militaires et leurs familles, comme à Abou Dabi (certaines, selon nos informations, ont d'ores et déjà rejoint la France). Nos quelques avions Rafale (probablement une petite vingtaine), bientôt renforcés par la vingtaine d’avions du Charles-de-Gaulle, participeraient déjà à des missions dans le ciel de nos alliés du Moyen-Orient avec lesquels nous avons, depuis la fin des années 90, pour certains, des accords de défense.

La protection des détroits

Le groupement aéronaval pourrait également se voir confier, dans une perspective plus ou moins lointaine, en liaison avec les cobelligérants américain et israélien, la protection des détroits d’Ormuz et, peut-être aussi, de Bab el-Mandeb pour rétablir la sécurité des liaisons commerciales entre le golfe Arabo-persique et le reste du monde. Les Houthis, qui se sont pour l’instant abstenus, pourraient également reprendre des tirs de harcèlement, à l’image de leurs mentors iraniens, sur les porte-containers ou pétroliers occidentaux, mais aussi asiatiques, qui voudraient circuler sur ces voies. Des « bulles de protection » aéronavales pourraient être ainsi fournies par ce même groupement aéronaval européen à forte participation française. Nos bases européennes et alliées de Djibouti pourraient aussi participer à cette opération. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la République de Djibouti héberge, à côté de la base aéronavale française, également une base américaine, une base allemande et, dernièrement, aussi, une base chinoise. La protection des voies maritimes où passent plus de 80 % des ravitaillements, non seulement en hydrocarbure, mais aussi en produits manufacturés entre l’Extrême-Orient, le Moyen-Orient et l’Europe, est en effet cruciale pour la bonne tenue du commerce mondial, sauf peut-être vers les États- Unis, au moins tant que persistera la menace de frappe iranienne ou des groupes terroristes alliés à l’Iran.

Une place à trouver dans le dispositif israélo-américain

Le rôle du groupement aéronaval interallié à forte dominante française n’a pas officiellement été précisé, tant que le déroulement de cette opération israélo-américaine ne lui aura pas fait une place. En effet, les opérations aériennes et navales exigent une planification et une conduite particulièrement rigoureuses où l’improvisation n’a pas sa place, comme l’a démontré l’accident, il y a six jours, qui aurait pu être tragique, lorsque la défense antiaérienne du Koweït a abattu « par erreur » trois avions de combat américains dont les pilotes ont pu heureusement s’éjecter à temps.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 10/03/2026 à 12:04.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Ce qui est inquiétant, c’est la possibilité pour macron de rester au pouvoir, dans le cas où ce conflit s’inscrirait dans la durée. Il faut être bien conscient qu’il ne manquera pas une telle occasion.

  2. La turquie membre de l’otan , qui sent le danger occidental. Déploie 6 avions F16 de fabrication américainel’ a Chypre nord occupé.
    Dites-vous l’ue en subventionnant la turquie indirectement paye l’armée turque .

      • pas que les libanais mais la France car la finule était présente au liban pour ça….mais n’s trictement rien fait….quand elle n’a pas « aidé » les terroristes à se maintenir

  3. Pour quoi faire ?
    C’est simple : pour faire de la figuration !
    Tel un Macron se débattant dans la diplomatie internationale… Une catastrophe !
    La France, la risée du monde !
    Ceci étant vrai pour la Grande-Bretagne et son Starmer !
    Si tout ça n’était pas aussi grave, ce serait presque rigolo !

  4. Macron a raison, grâce à tous nos bateaux en Méditerranée les Iraniens ne pourront plus envoyer de drones sur Chypre et ils ne pourront plus bloquer le détroit d’Ormuz car ils auront trop peur de notre puissance navale. Même si aujourd’hui on sait qu’un petit missile hypersonique peut couler un porte avion en cinq minutes. Les Américains le savent et c’est pourquoi ils n’attaquent pas la Chine!

  5. Manifestement il veut jouer au chef de guerre, seule motivation d’envoyer sa petite armada vers le mauvais endroit au lieu d’aider à réarmer l’armée libanaise; mais c’est trop lui demander une action raisonnée qui , plus discrète, ne lui allume pas trop les feux de la rampe.

  6. Le GAN offre un grand nombre de possibilités bien listées ci-dessus. En revanche il ne faut surtout pas mettre le pied à terre, comme suggéré ci-dessous, au Liban. Au nom de notre amitié séculaire nous y avons déjà perdu plus d’une centaine de nos soldats, c’est un bourbier inommable dans lequel amis et ennemis changent au grès des intérêts des différentes communautés. Je vois mal aussi comment nous pourrions nous insérer dans un dispositif israélo-US dans lequel nous ne serions ni invités ni tolérés. Contentons nous d’appuyer depuis la mer le dispositif qui est à terre et soyons prèts à évacuer, ce que nous savons très bien faire.

  7. Et répondre à la demande des autorités du Liban, notre allié depuis 927 ans ? Or celles-ci nous demandent d’aider l’armée libanaise à débarrasser le Liban et le monde du Hezbollah, milice islamiste terroriste irano-libanaise. Cela serait un retour de la France dans la zone et un possible repli des israelo-américains

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