Guerre au Moyen-Orient : un sous-officier français tué. Vers l’engrenage ?

Faut-il craindre de nouvelles attaques visant nos intérêts, nos militaires au Moyen-Orient ?
Capture d'écran Armée française
Capture d'écran Armée française

Ce vendredi matin, la France apprenait que l’adjudant-chef Frion, du 7e bataillon de chasseurs alpins, stationné à Varces (Isère), a été tué, jeudi soir, par une frappe de drones dans la région d’Erbil, au Kurdistan irakien (région autonome du nord de l'Irak). Six autres militaires français ont été blessés.

Toujours ce vendredi, sans revendiquer explicitement cette attaque, la milice irakienne chiite pro-iranienne Ashab al-Kahf a déclaré, sur Telegram : « Après l'arrivée du porte-avions français dans la zone d'opérations du Commandement central américain et son engagement dans les opérations, nous annonçons à partir de cette nuit que tous les intérêts français en Irak et dans la région seront pris pour cible. » On ne peut être plus clair. Alors, deux questions viennent immédiatement à l’esprit, après ces premiers morts et blessés français depuis que la guerre a été déclenchée par les États-Unis d’Amérique et Israël : que font des militaires français en Irak et y a-t-il un risque pour que la France soit entraînée dans un engrenage guerrier ?

Des militaires français en Irak

En effet, les Français le savent peu, mais nos armées sont engagées depuis 2014 dans cette région du Moyen-Orient, notamment en Irak, au sein d'une opération internationale anti-djihadiste baptisée Inherent Resolve (OIR), sous l’égide des Américains. Le volet français de cette opération s’appelle Chammal, du nom d’un vent du nord qui souffle sur l’Irak. Elle s’appuie juridiquement sur la résolution 2249 prise par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2015. Cette opération a pour but d’apporter soutien et conseil militaires aux forces irakiennes engagées contre Daech. Au total, ce sont environ six cents de nos militaires qui sont déployés dans la zone. Ils ne mènent pas de combat au sol mais apportent un soutien aérien aux Forces de sécurité irakiennes avec nos Rafale basés, notamment, aux Émirats arabes unis. On se souvient que, dans le cadre de cette opération, le 3 janvier dernier, des avions de chasse français et britanniques avaient bombardé un dépôt d’armes et d’explosifs de Daech au nord de Palmyre, en Syrie. Le second pilier de cette opération est une mission de conseil, de formation et d’entraînement des forces irakiennes. L’adjudant-chef Frion et les six autres militaires français blessés, selon les informations officielles communiquées par le ministère des Armées, conduisaient des actions de formation au profit de plusieurs unités irakiennes (en l’occurrence kurdes), en appui de la lutte contre le terrorisme.

Beaucoup de questions, peu de réponses

À l’heure où nous écrivons, nous sommes sans doute loin d’avoir les réponses aux nombreuses questions qui se posent après cette attaque mortelle dans une région où la situation est déjà très compliquée. (Faut-il rappeler que plus de 50 % de la population irakienne est chiite ?) Qui a vraiment frappé ? Qui était visé : les soldats français ou bien plus largement la coalition internationale basée à Erbil, voire les Kurdes ? Quel serait, alors, l’effet recherché de cette attaque ? Si les Français étaient spécifiquement visés, s’agit-il d’inciter la France à se retirer de la région ? Région au sens large : voir l'article d'Arnaud Florac du 1er mars dernier. On notera, d’ailleurs, qu’après cette attaque, qui a aussi touché les infrastructures du contingent italien, Rome a annoncé le retrait « temporaire » de ses 141 militaires déployés sur la base multinational d’Erbil. Le communiqué du groupe Ashab al-Kahf qui menace les intérêts français dans la zone augure-t-il de nouvelles frappes dans la région ? Tout cela reste encore confus.

Du reste, vendredi après-midi, Emmanuel Macron, lors de sa conférence de presse à l’occasion d’une énième visite à Paris du président ukrainien, est resté très prudent, dans sa déclaration : « Dès l’annonce de cette attaque, j’ai demandé à nos armées une analyse consolidée des faits, de leurs circonstances, et nous aurons dans les proches heures la totalité - je l’espère - de ces informations. » On peut, d'ailleurs, se demander si la sécurité de nos militaires, censés conduire des actions de formation et non de combat, était bien assurée. Dernière question, la principale, peut-être : faut-il craindre que la France ne soit entraînée dans un engrenage guerrier ? De prime abord, non. Emmanuel Macron a, en effet, rappelé le rôle défensif de nos troupes dans la région : que ce soit les forces participant à l’opération Chammal ou le groupe aéronaval autour du Charles-de-Gaulle déployé en Méditerranée orientale depuis quelques jours. Mais l'avenir nous le dira.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

73 commentaires

  1. Il faut dissocier l’opération Chammal de l’intervention de l’intervention U.S sur le sol iranien . Ces dernières 72hOO une frégate française a abattu plusieurs missiles américains, faute de communication entre les 2 « états majors » . Engager directement du MATERIEL et des soldats français, et plus encore DES AVIONS DE TYPE RAFALES dans une action offensive contre l’Iran, serait extrêmement risqué, ds la mesure où, non seulement nos moyens sont limités, mais plus encore par le fait qu’une partie de nos équipement st susceptibles de constituer, si ce n’est des « vitrines technologiques », tout du moins de « concurrencer » le matériel U.S . Ds la mesure où les américains ont engagé des F35, nos « meilleurs ennemis » feront tt pr que des Rafales se retrouvent au tapis en arguant du fait que le F35, plus furtif, aurait pu éviter tel ou tel missile ou « intercepteur  » ou projectile . Au nom de la guerre économique, il st capables de tout . Les français ont bien « aidé » le Tupolev TU44 à s’écraser les 3 juin1973 à Goussainville ( il y’avait un Mirage de l’armée de l’air à proximité et aussitôt après le crash les services secrets ont récupéré les débris et empêchés toute enquête) .

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