Gardien « mis KO » par un détenu : les prisons françaises au bord du gouffre 

Il a suffi de seulement deux secondes d'inattention pour que le détenu frappe le gardien au visage.
@Matthew Ansley/unsplash
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La prison française au bord du précipice. Ce 8 juillet, un surveillant du centre pénitentiaire de Liancourt (Oise) a été « mis KO sur le coup » par un détenu. Vers 8 heures 40, l’individu, placé à l’isolement, appelle à plusieurs reprises les agents. L’un d’eux finit par se rendre à proximité de sa cellule et ouvre la porte. Selon FO Justice, « le détenu s’est précipité violemment vers lui ». Le surveillant pénitentiaire tente alors de fermer la porte de la cellule, mais il reçoit un violent coup de pied. Le détenu profite de deux secondes d’inattention du gardien pour lui « asséner un coup de poing d’une extrême brutalité au visage ». Alertés, ses collègues interviennent rapidement pour maitriser l’individu et le placer en prévention. L’agent pénitentiaire s’en sort avec quelques contusions. Depuis plusieurs jours déjà les agents du centre pénitentiaire de Liancourt alertaient sur « le comportement instable du détenu et le risque élevé de passage à l’acte ». Malheureusement, les faits leur ont donné raison…

Surpopulation carcérale

Cette flambée de violence n’est pas sans lien avec la surpopulation carcérale française. Au 1er mai 2025, la barre des 83.000 détenus a été franchie, pour seulement 62.750 places. Désormais, une vingtaine de prisons se retrouvent donc avec une densité carcérale supérieure à 200 % : c’est notamment le cas des maisons d’arrêt du Puy-en-Velay (264 %), de Carcassonne (250 %) ou encore de Nîmes (246 %). Cette surpopulation carcérale est la conséquence d’une mauvaise gestion du nombre de places de prison. Emmanuel Macron, le premier, qui avait promis 15.000 places supplémentaires en 2017 n’en a fait construire que 4.500. Avant lui, Christiane Taubira, ministre de la Justice sous le quinquennat de François Hollande, n’a pas hésité à torpiller le plan Sarkozy qui prévoyait la construction de 24.000 places de prison.

Les conséquences de cette surpopulation ne sont pas des moindres. D’une part, les prisons deviennent le théâtre récurrent de violences entre détenus mais également à l’encontre des surveillants pénitentiaires. Ensuite, faute de places, la prison n’est plus l’unique réponse à la délinquance. Dans sa dernière circulaire, Gérald Darmanin préconise ainsi de requérir la prison ferme seulement pour les infractions les plus graves, à savoir les violences physiques, le trafic de stupéfiants ou encore les actes racistes et antisémites. Pour les autres faits, il faudrait donc privilégier les aménagements de peine (sous bracelet électronique notamment), surtout lors de la période estivale. Déjà aujourd’hui, 41% des condamnés à une peine de prison ferme ne mettent jamais les pieds en prison, selon une étude de l’Institut pour la Justice. Par ailleurs, face à la pression publique, l’aménagement des peines ne peut être une solution pérenne.

Absence de solutions convaincantes

Conscient de ce problème, Gérald Darmanin multiplie les propositions les plus insolites. Après avoir suggéré de transformer les EHPAD désaffectés en prison, les Garde des Sceaux a d’abord émis l’idée de louer des cellules allemandes ou espagnoles afin d’y installer certains de nos détenus. Une solution qui risque de tomber sous le coup de la Constitution qui interdit de déléguer des missions régaliennes. Le ministre de la Justice réfléchit également à envoyer les détenus étrangers européens purger leur peine dans leur pays d’origine. Mais là encore, cela nécessite un long travail en amont. Reste la solution des prisons en pré-fabriqué. Cette énième proposition, certes réaliste, ne suffit pas : la question du manque d’agents continue de se poser.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 11/07/2025 à 14:35.

Picture of Clémence de Longraye
Clémence de Longraye
Journaliste à BV

Vos commentaires

30 commentaires

  1. J’avais bien une solution mais bien sur les censeurs n’ont pas apprécié et pourtant….
    A savoir ce qu’on veut protéger , les prisonniers ou les gardiens ?
    Mon aide de vie qui est marocaine est effarée par ce qui se passe et le dit elle même, qu’au Maroc, ça ne se passe pas du tout comme ça, et que les zonzons ne sont pas le club med comme en France, elle est vraiment sidérée par ce qui se passe le laxisme de tout côté !

  2. Darmanin doit prendre exemple sur Trump avec ses prisons « Alligator Alcatraz » qui nécessite moitié moins de gardiens au minimum, la sécurité extérieurs étant assurée par des Alligators et Pitons de 3 a 5 metres. Il semblerait que ce soit plus dissuasif que la peine de mort.

  3. En France on marche sur la tête dans tous les secteurs, alors un détenu qui frappe un gardien n’a rien d’étonnant. Écoutons les islamo-gauchistes ils diront que c’est de la faute de la promiscuité des prisons françaises. Pauvres prisonniers mis là à cause des vilains policiers.
    Le pire dans tout celà c’est que nous avons des gouvernements qui écoute l’extrême gauche mais jamais les autres.
    Résultat, bordélisation générale.

  4. Cet agent pénitentiaire me semble avoir plus sa place comme moniteur de colonie de vacances que comme garde chiourme.
    Bien sûr,son syndicat va s’indigner et plaider le droit de retrait.
    Mais dans cette affaire chercher l’erreur?

Commentaires fermés.

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