Élie Semoun, l’humoriste affranchi de l’ancienne gauche
Invité sur Europe 1 par Pascal Praud, le 18 mars dernier, pour parler du film d’animation David dans lequel il double le roi Akhish dont Goliath est le soldat, l’humoriste Élie Semoun n’a pas mâché ses mots : « Nous ne pouvons plus rire de tout », « le second degré n’existe plus », déplore ainsi l’humoriste de 62 ans, qui se dit déçu par une gauche qui n’est plus celle de son enfance.
« Une époque d’injonctions »
Installé dans le paysage médiatique depuis plus de trente ans, Élie Semoun ne manque pas de cordes à son arc : acteur, réalisateur mais surtout humoriste, il fait partie de ces célébrités qui refusent la doxa, qui refusent de suivre le sens du vent. D’ailleurs, c’est bien la longévité de son succès, le fait que le public le connaisse et reconnaisse son humour, qui lui garantissent une certaine liberté de ton, comme il l’explique sur Europe1. Et pourtant, même lui déplore le politiquement correct qui censure aussi l’humour : « Je me plains un petit peu, comme un gros boomer que je suis, de cette époque où on ne peut plus rire de tout », explique-t-il à Pascal Praud, en ajoutant que « maintenant, on a une époque d’injonction. On est obligé de s'expliquer sur tout ce qu'on fait, de se justifier. On a des gens qui nous font la morale, des gens qui ne connaissent rien à l'humour, qui viennent nous dire "Faut pas rire de ci, faut pas rire de ça". » C’est d’ailleurs ce que l’humoriste déplorait déjà, en janvier dernier, auprès du Parisien : « On n’arrête pas de nous poser la question : "Peut-on rire de tout ?" Je disais toujours oui. Mais depuis quelques années, c’est non. Et ce n’est pas un discours à la Michel Sardou, du mec qui regrette son époque. Une chose sortie de son contexte peut créer un scandale. Il y a même des carrières qui sont en jeu pour un mot. C’est flippant. » Alors, un boomer peut-être, mais pas un passéiste et, d’ailleurs, la scène reste pour lui « le dernier endroit » où l’« on peut dire les choses ».
« Ce n’est pas la même gauche »
Il évoquait aussi, auprès du Parisien, son amitié avec Dieudonné, expliquant qu’« [il lui] di[t] tout le temps : "Qu’est-ce que tu es allé faire à mettre ton nez dans la politique ?" Aucun artiste ne devrait faire ça. Aucun. » Un avis plus tranché, sans doute, depuis 2022 quand lui-même a pris le risque de dévoiler son choix de voter Macron. Comment lui en vouloir ? Il le dit lui-même au micro d’Europe 1 : familialement, il est de la gauche sociale de Mitterrand, il était proche de Lionel Jospin et de Bertrand Delanoë. Et pourtant, il le dit lui-même : « Maintenant, je ne peux plus dire que je suis de gauche, clairement, parce que je ne me sens pas du tout représenté dans cette gauche-là. Ce n'est pas la gauche que mes parents adoraient. » Il faut bien le dire, pour un artiste, s’avouer déçu par la gauche peut être perçu comme une trahison à son milieu et représente une vraie prise de risque. Peut-être d’autant plus, d’ailleurs, quand c’est au micro d’Europe 1, cette station honnie de la bien-pensance et qu’il reconnaît, sans aucune honte, écouter lui-même.
Quête de sens et de spirituel
C’est qu’Élie Semoun fait partie de ces artistes auxquels il faut reconnaître une honnêteté intellectuelle et une vraie franchise. Cela fait des années, déjà, qu’il assume et revendique cette quête de sens et de vérité : en 2016, il expliquait à La Provence à quel point sa retraite de plusieurs jours à l’abbaye de Sénanque lui avait été bénéfique, « un bain intellectuel, spirituel, au milieu des moines cisterciens » qu’il recommandait à tous parce que « de temps en temps, on a besoin de profondeur, d'intelligence. Tout le monde devrait passer un moment dans ces endroits de recueillement, à Sénanque ou ailleurs. Plus que jamais, dans notre monde, on a besoin de trouver du sens, je crois. » D’ailleurs, en 2018, l’humoriste n’avait pas hésité à mettre sa notoriété au service de ce « joyau du Luberon » dont il fallait sauver le dôme, rapportait Le Figaro.
Est-ce une épidémie chez les humoristes, cette quête de sens et ce besoin de faire des retraites dans des monastères ? En tout cas, Élie Semoun n’est pas le seul puisque Gad Elmaleh expliquait, au micro de France Inter, le 29 mars, qu’après avoir lu le recueil collectif Trois jours et trois nuits, dirigé par Nicolas Diat, paru chez Fayard en 2022 et regroupant les expériences d’une quinzaine d’écrivains à l’abbaye de Lagrasse, lui-même s’y était rendu pour tenter l’expérience. Des planches à la clôture, du rire à la prière, il n’y aurait donc qu’un pas ?
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9 commentaires
Aucune personne censée ne peut être pour Mitterrand!! Il a instauré le droit du sol qui est un massacreur de pays. D’ailleurs en Europe la plupart des pays ne l’ont pas, donc il est possible de faire machine arrière et arrêter cette hérésie qui bouffe la France!!!
« Droit du sol » pour mitterrand … « rapprochement familial » pour VGE …
Les fameux « partis de gouvernance ! …
De la gauche sociale de Mitterand ? Encore un qui n’a rien compris .Faire du social avec l’argent des autres c’est très facile lorsqu’on ne donne pas le sien et qu’on s’en met plein les poches comme ce petit Président !
monsieur semour est « beau prince » ! …
Peut-être qu’il se dit qu’il a fait « son temps » ET SON ARGENT et que donc il n’a plus « besoin » de plaire à la « goooche du spectacle » ! ? …
Il a des « sorties » qui sont sûrement plus proches de la vraie vie et il est à un « croisement » de sa vie … ALORS il peut se permettre de faire et dire ce qu’il veut ! …
Je suis candidat à participer à « une table ronde » avec ce monsieur ! …
Pour ce qui est des « interviews » du « PRO macroniste » selon le vent, je veux bien aussi me mettre devant ce mielleux PRO européiste à outrance …
Se former ou se déformer, là est la question de la gauche mentale qui ne peut se résoudre infiniment à être socialiste non pratiquante.
Même Hollande a touché la réalité en faisant du scooter.
Quel courage Elie Semoun. N’oubliez pas de demander de refermer toutes les portes ouvertes qu’il vient de défoncer.
Je tiens à remercier chaleureusement Boulevard Voltaire pour la haute qualité des articles proposés : il y a quelques temps j’appris par l’excellent M. Gauthier que l’incontinence verbale moralisatrice vaguement fredonnée par les sexagénaires baveux d’Indochine était de la musique ; et aujourd’hui, grâce à la délicieuse et toujours pertinente Mlle Riquetti, qu’Élie Semoun est humoriste …
Merci BV pour cette information transgressive tant j’ai cru jusqu’à lors qu’un humoriste devait faire rire les autres et non lui même : merci !
C’est étrange cette manie, une fois fortune faite, de se doter d’une conscience et d’une morale. Un peu comme chez certaines vieilles personnes (dont je fais partie) de se rapprocher de la spiritualité. Une sorte d’investissement à peu de frais qui pourrait s’avérer rentable si le jugement dernier existe.
La peur d’un procès de la gauche à venir ?
La quête de sens chez les humoristes (les vrais, pas ceux de France Inter) n’est pas si surprenante, l’humour supposant de prendre un peu de distance et de hauteur par rapport au marécage ambiant.