[L’ÉTÉ BV] Au fait, qui sont les créanciers d’une France ultra-endettée ?

En fait, on ne sait pas...
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Cet article a été publié le 31/10/2024.

Les débats à l’Assemblée nationale autour du projet de loi de finances pour 2025 sont de plus en plus intéressants. Tout du moins pour ceux qui veulent bien s’y intéresser ! On commence à y poser des questions que, jusqu’alors, on ne se posait pas vraiment. Comme celle-ci, par exemple : qui sont les créanciers de la France ? En commission des finances de l’Assemblée, le député RN Matthias Renault, qui ne doit pas être complètement bas du front (à sa sortie de l’ENA, en 2015, il a prêté serment comme magistrat de chambre régionale des comptes), a évoqué cette question. Vaste question !

L'ampleur des dégâts

C’est vrai ça, avec 3.228,4 milliards de dette publique à la fin du deuxième trimestre 2024, contre 3.159,7 milliards à la fin du premier trimestre (soit près de 69 milliards de dette supplémentaire, le temps d'une saison), on se dit – peut-être naïvement – qu’on est en droit de savoir qui sont les créanciers de la France. Mais, semble-t-il, il paraît que la chose est plus compliquée qu’il n’y paraît. Il est vrai que tout devient compliqué, imbriqué dans ce vaste monde. C’est pour ça, d’ailleurs, qu’il nous fallait à la tête de l’État de véritables Mozart de la finance pour appréhender cette complexité décidément bien compliquée. À l’automne 2017, la fine équipe que l’on sait venant à peine de prendre la direction de l’orchestre, la dette « n'était que » de 1.700 milliards et la durée de vie moyenne de l’encours de cette dette était de 7 ans et 8 mois. Sept ans de malheur plus tard, cette dette frise les 3.300 milliards et la durée de vie moyenne de l’encours est passée à 9 ans et 2 mois… Par ailleurs, la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (iFRAP), dirigée par Agnès Verdier-Molinié, rappelle que si, en 2020, la charge de cette dette représentait 13,5 % du déficit de l'État, en 2023, elle est passée à 27,9 % et, en 2027, elle pourrait atteindre plus de 50 %... Dans ce contexte, savoir qui nous tient par les cordons de la bourse ne réduira sans doute pas la dette, mais permettrait, peut-être, de prendre un peu plus conscience de l'ampleur, sinon des dégâts, tout du moins du problème. Vous ne croyez-pas ?

Plus de 53 % de la dette française détenue à l'étranger

Bon, mais qui détient cette dette astronomique ? Selon Vie publique, site Web placé sous l’autorité du Premier ministre, plus de 53 % de la dette publique française seraient détenus par des investisseurs étrangers, principalement des fonds de pensions et des banques. Un chiffre qui se réfère notamment à un rapport parlementaire déposé le 29 mai dernier par le député RN Kévin Mauvieux, lui-même s’appuyant sur les données communiquées par la Banque de France. Ce rapport souligne que « la part des non-résidents est même beaucoup plus importante si l’on soustrait les montants détenus par la Banque de France au titre des opérations de politiques monétaire ». On arriverait alors au chiffre de 72 %, en 2023. Toujours selon ce rapport, « en termes comparés, la France apparaît comme l’un des pays de l’OCDE dont la dette est le plus fortement détenue par des non-résidents ». Effectivement, si l’Allemagne est à peu près au même niveau que la France, le Royaume-Uni et l’Italie oscillent autour de 30 % quand les États-Unis sont autour de 20 %. Ne parlons pas du Japon, qui est en dessous de 20 %. Cela, c’est pour les données dans les grandes largeurs.

Impossible de connaître nos créanciers ?

Maintenant, si l’on veut savoir qui sont les créanciers qui se cachent derrière ces chiffres, cela est quasiment impossible. Certes, la mondialisation et l’extrême rapidité des échanges financiers expliquent en partie cette difficulté. Mais à cela, il faut ajouter une ordonnance bien française prise en 2014 qui a exclu les personnes morales de droit public des règles qui permettent désormais aux entreprises d’identifier leurs obligataires. En clair, l’État, sous le quinquennat de Hollande, s’est volontairement privé de la possibilité d’identifier ses créanciers ! Et ce, pour des raisons de compétitivité. «  Une obligation de déclaration qui s’imposerait aux détenteurs de dette française, et uniquement à eux, nous ferait prendre un risque car ce serait un désavantage compétitif par rapport aux autres États […]. Les investisseurs n’aiment pas dévoiler leurs positions sur le marché, pour des raisons dont certaines me semblent légitimes  », avait, à l’époque, expliqué aux Échos l’Agence France Trésor, gestionnaire de la dette de l’État à Bercy et chargée de traiter avec une quinzaine de banques, spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) et jouant les intermédiaires auprès des marchés. Certes. Ce qui est certain, c’est qu’avec 3.300 milliards de dette, la position de la France sur le marché mondial est plus que dévoilée…

Ainsi, à la question « Qui sont les créanciers d’une France ultra-endettée ? », il convient donc de répondre : « On ne sait pas. » Comme chantait Jean Gabin, « Je sais qu'on ne sait jamais. » Mais, paraît-il, si l'on comprend bien nos Mozart de la finance, ce n'est pas grave de ne pas savoir. Alors, dormez en paix, braves gens...

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

127 commentaires

  1. Cher Monsieur
    Ne croyez vous pas que les plus gros créanciers du gouvernement français sont les français justement ?
    Quant aux autres , ils sont effectivement fonds de pension , banques , pays arabes et la Chine pour une part significative .

  2. Pas vraiment un grand mystère, étant donné l’orientation politique de ces dernières décennies : pays arabes, Chine.

  3. MM Renault et Mauvieux du RN semblent affûtés. Je vois M. Mauvieux à la tv mais jamais M. Renault. Lors des débats à LCP, on nous inflige LFI, PCF, En Marche, lR et Verts.

  4. Confirmation, s’il le fallait, de l’opacité endémique de l’Etat français, en particulier dans le domaine des finances publiques. Dans cet état d’esprit, le montant global de la dette est-il validé ? (de surcroît)

  5. Je suis étonné de lire que les banques investissent comme çà, dans des affaires menées par des gens perclus de dettes, incompétents en plus, et moi, je pense aux difficultés qui furent miennes quand j’ai demandé de l’argent à la banque pour ouvrir un boutique il y a bien longtemps il est vrai, sans dette, avec une maison, un salaire certain pour madame de l’époque, mes allocs certaines, pas facile. On ne sait plus qui est le joyeux donateur pour notre dette, bon, je dirais, puisqu »on ne sait pas, on ne paie pas, on n’a d’ailleurs pas les moyens et on dirait que c’est bon comme çà, on peut continuer longtemps…

  6. assez de discutions stériles………..!!! attendont le FMI pour mettre tout le monde d accord………CQFD

    • Excellente remarque.
      Ainsi Macron qui a accru la dette de 80% en 8 ans veut se représenter en 2032 et trouve des défenseurs. Il est vrai qu il n est pas de vices qui ne trouvent des défenseurs

  7. « pour vivre heureux..vivons caché »
    si on ne sait pas qui détient notre dette colossale……on sait au moins ce qui la provoque…..

  8. En l’ensemble des pays du monde.
    Dette publique : 100 000 milliards de $.
    Dette publique + privée : 324 000 milliards de dollars.
    Le monde vit à crédit, ce ne sera pas à terme sans conséquence, cela ne peut guère durer !
    Inversement, les créanciers :
    Créanciers privés (banques, fonds de pension, assurances) : ~65 % de la dette mondiale
    États créanciers : ~20 % (dont Chine, Etats pétroliers).
    Institutions internationales (FMI, Banque mondiale, etc.) : ~5 %
    Ménages directs (épargne obligataire) : ~10 %

    La cata lorsque tout s’effondrera !!!

  9. Le naufrage se précise… la poupe va se lever et la proue nous entrainer vers les abysses. Le FMI n’y pourra « rien », et NOUS allons « morfler » dans des niveaux qu’on n’imagine même pas !

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