Cinéma : Les Dimanches, le dernier succès espagnol enfin dans nos salles !
Jeunisme oblige, les films sur l’adolescence pullulent, au cinéma ; qu’il s’agisse de celle des « banlieues » pour laquelle nos cinéastes de gauche feignent de ressentir une forme de tendresse alors qu’ils en méprisent profondément les mœurs et l’imaginaire ; ou de celle des beaux quartiers au mode de vie bourgeois, libertaire et « progressiste »…
Une fois n’est pas coutume, le dernier film en date d’Alauda Ruiz de Azúa, cinéaste basque espagnol, nous montre la jeunesse sous un autre visage. Celui d’une lycéenne de dix-sept ans, réservée et bien éduquée, dont la quête de sens et de spiritualité la fait songer à rentrer dans les ordres.
Contre toute attente, Les Dimanches a fait un carton, en Espagne, au moment de sa sortie, où il a enregistré plus de 600.000 entrées, au grand désespoir d’une certaine presse de gauche (coucou, Libération !) qui a découvert avec effroi que l’horizon spirituel des jeunes n’était pas forcément une affaire de transidentité, de millénarisme écologique, de haine de l’État ou d’amour inconditionnel du migrant…
Naissance d’une vocation religieuse
Issue de la classe moyenne supérieure de Bilbao, Ainara fréquente un lycée catholique tenu par des religieux. Contrairement à nombre de ses camarades et amis qui ne pensent qu’à faire la fête et à vivre des « expériences » dans une complète insouciance, la jeune femme se sent depuis quelque temps appelée par Dieu. Un amour du divin à propos duquel elle peut échanger avec ses professeurs qui l’encouragent alors à entamer un processus de « discernement » dans un couvent des environs, pour éventuellement, à terme, prononcer ses vœux et devenir nonne. Une perspective d’avenir qui inquiète les proches d’Ainara, et en particulier sa tante Maite, qui souhaiteraient qu’elle s’inscrive à l’université et redoutent profondément de la voir renoncer au monde…
Le doute au cœur de la réflexion
La grande qualité du film d’Alauda Ruiz de Azúa est sans conteste d’avoir laissé la parole à chaque membre de la famille, à chaque point de vue. Athée revendiquée, la cinéaste s’interroge tout autant que ses personnages, tous magnifiquement interprétés (Patricia López Arnaiz en tête) : Ainara n’est-elle pas trop jeune, en effet, pour prendre des décisions qui engagent à ce point son avenir ? Elle qui a perdu sa mère il y a des années de cela n’est-elle pas en position de vulnérabilité, face aux religieuses qui, de fait, incarnent à ses yeux une autorité maternelle de substitution ? Et ces sentiments naissants pour un camarade de classe ne sont-ils pas le signe d’une désorientation totale, d’un doute quant au chemin à suivre ? La société actuelle, enfin, a-t-elle les moyens de répondre pleinement à la quête de sens de la jeunesse ?
Des liens de confiance
Moins neutre qu’elle veut bien l’affirmer en interview, la réalisatrice achève de se ranger du côté du père, un homme taiseux et observateur qui devine intuitivement que quelque chose d’insaisissable – qui ne peut totalement s’expliquer par la psychanalyse et les jeux de pouvoir – est à l’œuvre. Sans forcément adhérer avec enthousiasme à la foi et aux choix d’Ainara, le père et la cinéaste comprennent que le sectarisme anticlérical de la tante ne peut être plus éloigné de la vérité et que la jeune héroïne, bien plus fine et sujette au doute que cette dernière, possède les armes intellectuelles pour savoir précisément ce qu’elle fait. Plus qu’une ode à la tolérance, Les Dimanches est un récit sobre et élégant sur la confiance intrafamiliale.
4 étoiles sur 5
https://www.youtube.com/watch?v=JTU224MnTUM
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11 commentaires
Pour une seconde fois, je vais rompre ce silence que je me suis imposé depuis près d’une semaine au titre de ma participation au courrier des lecteurs parce que je viens de voir le film et je voudrais rester dans le sujet, sans me laisser distraire par l’actualité difficile que nous connaissons dans notre pays.
Tout d’abord, il est heureux que M. Marcellesi tienne une rubrique cinématographique avec autant de talent, et surtout avec la volonté de sortir des sentiers battus (pas seulement les films débiles façon Pixar, ou des films pseudo-fantastiques, souvent mêlés à de la violence gratuite en guise de « SF » et en recherche « d’effets spéciaux » (deux termes bien démodés aujourd’hui, mais je n’ai plus vingt ans…. sourire).
M. Marcellesi m’oblige à me dépêcher en « 48 heures chrono » (mieux qu’à La Redoute) pour aller voir les films nouveaux qu’il commente car j’habite une province « un peu éloignée (sourire à nouveau… mais à 30 km à la ronde de la « grande ville », il y a des petits cinémas qui se défendent bien pour présenter les nouveautés, mais toujours 48 heures chrono). Ce qui montre que j’ai confiance en son jugement, ce qui ne veut pas dire que je suis nécessairement d’accord avec la manière dont il présente les sujets.
Quoiqu’il en soit, il est devenu une référence, même si je fais « appel à la concurrence » et les critiques « rivaux se trouvent chez « à voir, à lire », « Critikat » et « le ciné-club de Caen ».
Cette présentation préalable étant faite, voici ce que je pense de ce film que j’ai, moi aussi, trouvé excellent, même si je noterais plutôt 3,5 sur 5, ce qui est pas mal si l’on considère « le standard de qualité » des films français d’aujourd’hui devenus glauques avec des vedettes qui ne sont plus que des savonnettes.
Là où je suis moins d’accord :
Si cette adolescente, jolie au demeurant (pas « la jeune femme » comme l’a fait remarquer à juste titre un lecteur qui a vu le film) est attirée par les ordres, je reste quand même surpris : elle ressemble plus à ces adolescentes que dépeint fort bien Maurice Pialat dans ses deux films « Passe ton bac d’abord » et « à nos amours », c’est-à-dire, indolente, qui suit le cours des choses, conditionnée par le souci de « consommer », y compris dans les relations personnelles avec des jeunes de son âge, manquant parfois de franchise dans son comportement (notamment avec celui que l’on présente comme son « petit ami » avec qui elle flirte comme on disait… avant !) et qui se laisse prendre par un sentiment religieux en prenant pour seul appui ce que lui disent des « encadrants » pour parler comme à l’Education nationale !
Tout de même, elle voudrait rentrer chez les Trappistines ; or, c’est l’un des ordres monastiques contemplatifs les plus durs car la règle y est très stricte, ce que rappelle, je crois, la maîtresse des novices ; ce qui signifie qu’il faut avoir un caractère bien trempé pour entrer dans cet ordre.
Sans doute, elle a 17 ans et à cet âge, rien n’empêche de songer à entrer dans les ordres ; seulement, on ne peut pas demander d’avoir à cet âge du caractère et c’est là le problème. Qu’on songe par exemple à Thérèse Martin entrée chez les carmélites (ordre très strict également) à l’âge de 15 ans ; à cet âge-là, Thérèse n’avait rien d’une indolente pour obtenir une dispense d’entrée qui n’était pas acquise d’avance.
Cela me laisse perplexe, mais je ne le reprocherai pas à la cinéaste qui dit ne pas avoir la foi.
Autre reproche : la tante de la jeune protagoniste n’est pas une anticléricale comme on l’a vu trop souvent en Espagne : dureté, sectarisme. Non, sûrement non. Cette tante a du caractère et elle croit bien faire en voulant protéger sa nièce d’un choix hasardeux et elle n’a pas tort : il n’est pas rare de rencontrer des candidats à la vie religieuse échouer parce qu’ils sont été mal dirigés ; ce n’est pas une critique, mais cela arrive. Cette tante est persuadée qu’il plus judicieux que sa nièce aborde la vie moderne plutôt que d’y échapper, y compris sont les aspects sentimentaux tels qu’on les trouve chez les adolescents. Cette tante a beaucoup de caractère ; elle veut du bien à sa nièce et de plus, elle aime son frère même si elle lui reproche de ne pas être très courageux et de s’appuyer sur elle, y compris sur le plan financier (d’où sa rage lorsque commencent les formalités d’ouverture de la succession de la grand mère). Je dirai même que la tante est le personnage que je préfère et qui me semble la mieux décrite.
La grand-mère est très bien filmée et elle a de la classe. Elle aussi aime sa petite-fille et elle veut la protéger.
En revanche, et là, je rejoint M. Marcellesi, le film décrit très bien ce que peuvent être des rapports interfamiliaux, sans superficialité, avec tous les heurts possibles, sans être satirique (mais pourquoi pas ? voir le film « Caterina va en ville » de l’Italien Paolo VIrzi), et avec beaucoup de profondeur (voir le film « faut-il aimer Mathilde ? » du Belge Edwin Baily, avec dans le rôle principal de Mathilde, la très talentueuse Dominique Blanc). Et c’est sans doute pour cette principale raison que les Espagnols y ont pris intérêt (mais l’intérêt pour ce qu’est la vocation religieuse aujourd’hui n’est pas absent).
Merci de nous avoir proposé ce choix de film, Monsieur Marcellesi.
pour repondre a Karlof ,parce qu’ils ont eu Isabelle la Catholique ,alors qu’en France nous avons Macron et Mélenchon pas les mêmes pointures
Dès lors que la presse gauchisante souhaite le mettre sous le tapis….je me précipite ! Je ne fus pas déçu par « Sacré -coeur ». J’ai passé l’ âge qu’on me dise ce que je dois faire ou lire….Et tout, et tout. Je sélectionne selon mes choix…Idem à BV ou Cnews…Qui incarnent ( à mes yeux) une véritable pluralité. Merci encore, au passage
Oui un très beau film sobre, non partisan, non militant.
Mais Monsieur Marcellesi, pourquoi qualifiez-vous de « jeune femme » une gamine de 17 ans qui n’est pas encore sortie de son univers ?
Ce n’est tout de même pas déja une vieille fille.
Plusieurs régions d’Espagne célèbrent annuellement pendant un grand week-end « Moros y Cristianos », où défilent sous des déguisements assez kitch, des centaines d’habitants commémorant les 7 siècles d’occupation musulmane. Cela se trouve facilement sur Youtube, mais on l’imagine plus difficilement chez nous…
Chez nous, avec 8 % d’immigrès, on s’inquiète pour notre civilisation occidentale, alors que les
Espagnols, après 7 siècles d’occupation musulmane ne sont pas devenus musulmans pour autant !
Alors, doit-on en rire … ou en pleurer ?
Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas été question des musulmans.
C’est une véritable obcession sur boulevard Voltaire qui revient même dans les commentaires d’articles semblant sans rapport avec l’islam .
Chez d’autres l’obsession est « l’Egalité « , impossible d’en sortir.
A voir. Si il passe dans mon secteur . Il y a des choix de distribution pas toujours très objectifs .Mais si cela a marché en Espagne Socialiste alors pourquoi pas en France ?
Très beau film
Tout à fait d’accord : vraiment un très beau film !