[CINÉMA] La Tour de glace, une relecture onirique d’Andersen
On a coutume, en France (et à juste titre), de déplorer le manque d’ambition esthétique de nos cinéastes et leur incapacité à composer des cadres riches et évocateurs. A contrario, certains réalisateurs français – ultra-minoritaires – ont tout misé sur l’image et le sensationnel au point de négliger l’écriture et le sens profond de leurs œuvres ; c’est le cas de Leos Carax, de Jan Kounen et, surtout, de Gaspar Noé.
Relativement équilibré, de ce point de vue, La Tour de glace, mis en scène par l’épouse de ce dernier, Lucile Hadžihalilović, propose une relecture originale du célèbre conte d’Andersen, La Reine des neiges. Lequel, faut-il le rappeler, ne date pas de la création des studios Disney…
La réalisatrice du surprenant Earwig, sorti en 2021, retrouve alors pour l’occasion Marion Cotillard, qu’elle avait dirigée une première fois en 2004 dans Innocence, à qui elle confie cette fois-ci le rôle de cette reine au cœur froid. Un choix qui sied étonnement bien à la comédienne…
Une quête affective
Situé dans les années 70, La Tour de glace nous raconte l’histoire de Jeanne, une jeune orpheline ingénue et timide, passionnée par le conte de La Reine des neiges, qui décide subitement de fuguer de son foyer en montagne. Cherchant un endroit où dormir, Jeanne se retrouve par hasard, une nuit, à dormir dans un studio de tournage déserté. À son réveil, elle s’aperçoit que le film en production est précisément une adaptation de son conte préféré. Un plateau qui évoque largement le cinéma des années 30-40 - celui de Jean Cocteau, en particulier.
De fil en aiguille, et tandis qu’elle éprouve une véritable fascination pour Cristina, la star qui incarne la reine des neiges, Jeanne se voit proposer la possibilité de rejoindre l’équipe de tournage. Alors s’instaure entre les deux femmes une relation complexe, la jeune orpheline ayant à la fois trouvé une mère de substitution et une version rêvée d’elle-même. Violente sera la désillusion…
Les périls de la jeunesse
Hypnotique, contemplatif et taiseux, le nouveau film de Lucile Hadžihalilović rappelle quelque part, dans son esthétique, un certain cinéma d’animation soviétique d’après-guerre (Le Petit Cheval bossu, La Petite Fleur écarlate, La Reine des neiges). Des images sombres, parfois sous-exposées, granuleuses et froides. Le tout au service d’un récit poétique et cruel sur les périls de la jeunesse et la confiance que l’on accorde parfois un peu trop vite aux mauvaises personnes. À deux doigts de la catastrophe, avec une scène de confrontation ultime entre Jeanne et Cristina, le film tourne en effet le dos aux lubies de notre époque et en appelle ouvertement à la préservation de l’innocence dans un monde devenu cynique et foncièrement vicié où les esprits pervers cherchent bien souvent à exercer un pouvoir sur les plus fragiles.
3 étoiles sur 5
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Un commentaire
Un film nul donc, si j’ai bien tout compris ?