[CINÉMA] La Disparition de Josef Mengele, un traitement formaliste de l’Histoire
Après son adaptation théâtrale, mise en scène en début d’année par Benoît Giros avec Mikaël Chirinian dans le rôle principal, La Disparition de Josef Mengele, roman du journaliste-écrivain Olivier Guez, paru en 2017 chez Grasset et lauréat du prix Renaudot, a droit aujourd’hui à sa transposition cinématographique.
Réalisé par le cinéaste russe Kirill Serebrennikov (La Femme de Tchaïkovski, Limonov), le film nous raconte la fuite en Amérique latine du célèbre médecin tortionnaire du camp d’Auschwitz, Josef Mengele, qui parvint jusqu’à la fin de sa vie à échapper à la Justice. Entre Buenos Aires et São Paulo, en passant par le Paraguay, le criminel de guerre vécut clandestinement, souvent sous de fausses identités, sans jamais être inquiété par les autorités locales. Sa seule crainte, tout au long de sa fuite, fut d’être retrouvé et capturé par le Mossad, comme Adolf Eichmann en 1960. C’est à cette époque, précisément, que Mengele se réfugia au Brésil où il rejoignit rapidement un couple d’expatriés hongrois, les Stammer, avant de s’installer seul, en 1974, dans un bungalow. Il mourut cinq ans après au large de Bertioga d’un accident vasculaire-cérébral tandis qu’il nageait paisiblement…
Le criminel impénitent
Coproduction franco-allemande, le film de Serebrennikov fut envisagé, confie le cinéaste, comme un projet en réaction aux propos négationnistes dont il est régulièrement témoin dans les cercles dits « intellectuels » qui remettent en question l’existence de l’Holocauste. Plutôt convenu dans sa démarche, le long-métrage nous montre que celui qui fut surnommé après-guerre « l’Ange de la mort » ne fit preuve, tout au long de son existence, d’aucun sentiment de culpabilité, d’aucun remords à l’égard de ses victimes. Contradictoire, Mengele réfutait à la fois le moindre crime et justifiait ceux-ci, tout en se défaussant sur les autres médecins du Reich qui avaient fait pire que lui, selon ses dires. Son propre fils, Rolf, venu lui rendre visite en 1977 pour l’interroger sur son passé, fut atterré par son déni, par son impénitence et sa haine toujours aussi vivace des Juifs, des gitans et des communistes.
La psychologie plutôt que l’Histoire…
Intéressant d’un point de vue historique, La Disparition de Josef Mengele présente cependant les défauts habituels du cinéma de Kirill Serebrennikov : très content de lui, le réalisateur se noie dans le formalisme, se complaît, et ce, jusqu’à détourner son sujet au bénéfice d’une œuvre vainement expressionniste. Un parti pris qui, naturellement, privilégie la psyché du criminel – mentant aux autres et se mentant à lui-même – au détriment de la traque en cours et des rebondissements de sa cavale, seul sujet qui nous intéressait réellement…
Maladroite, foutraque, la narration multiplie les changements d’époque, passant des années 50 aux années 70, puis repassant aux années 40, puis à nouveau 50 et 70, sans que l’on comprenne bien la pertinence du procédé, si ce n’est de surligner le fait que le personnage est humainement irrécupérable, toutes époques confondues. Ce yo-yo temporel nous empêche surtout, en définitive, de bien saisir les ruptures et l’évolution de sa cavale.
Enfin, Serebrennikov commet l’erreur intellectuelle de vouloir à tout prix montrer les camps, et de ne pas croire en la puissance du hors-champ ; La Zone d’intérêt, de Jonathan Glazer, avait fait preuve de plus de subtilité, non seulement sur le sujet de la monstration, mais également dans sa volonté ambitieuse de révéler l’humain derrière le bourreau.
3 étoiles sur 5
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































16 commentaires
Comme d’habitude vous donnez une note à ce film. Mais pourquoi ne pas avoir mis de note au documentaire Sacré cœur ?
Une vertu de ce genre de film est de montrer jusqu’à quel degré d’horreur peut aller une dictature d’extrême gauche. Les goulags sont dans la même veine. J’espère qu’on connaîtra un jour les horreurs des camps de concentration actuels en Corée du nord, par respect pour les victimes.
Mais on ne pourra pas dire « Je ne savais pas… ». Quel honte qu’il y ait un parti communiste légal en France. Et qu’il y ait aussi un parti nettement fascisant (vous savez, celui qui a un duce violent, intolérant, mégalomane, avec ses chemises noires antifas).
L’extrême gauche est épouvantable.
C’est vraiment terrible ce que les communistes ont fait à Auschwitz. Heureusement que le cinéma est là pour apprendre l’Histoire.
Nous n’avons pas vu le même film, c’est la magie du cinéma, me dires-vous. Si mengele avait été ce bloc d’une pièce que nous décrivez, le film aurait tourné court. Le tortionnaire est très vite habité par la peur. La trouille de ce savant fou est de finir les tripes à l’air, comme les cobayes juifs, soumis à son scalpel. Avoir le Mossad à ses trousses dans l’Argentine du tango de Carlos Gardel, c’est voir l’ombre de la danse macabre avancer à grands pas. Mengele, en contrpoint de sa radicalité caricaturale, de se colères sourdes, qui sont en fait son tremblement intérieur, trouve en son fils une antithèse qui lui fait face et qui est comme son surmoi vivant. Ici et là, des doutes percent en Mengele, comme l’origine de son nom ou le goût demeuré en lui de saisir les bribes d’une volupté dont son impotence ne peut jouir. Ce nazi met trop de zèle à l’être. Le fond du film est de nous faire voir l’humain d’un inhumain. Dans sa facture, Serebrennikov a abandonné son style « Limonov » mais pas son intérêt pour des êtres détruits par une idéologie mortifère, innée ou artificiellement entretenue. Ce que vous appelez son « yoyo » n’est aucunement fortuit, de même que la passage du noir à la couleur. Cela a un sens qui n’a rien de gratuit. Vous appelez « foutraque », une rapidité de montage efficace, qui n’a pas le temps de badiner par le menu. Les scènes de nains nus, sacrifiés à l’eugénisme, rappellent les elfes sombres, les gnomes peupant les profondeurs des terres germaniques. Une légende. Un expressionnisme. Quelque part la part de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir, insupportable à notre pureté génétique selon les canons nazis, des « Freaks » à la Tod Browning. Mais tout ce cirque n’en est pas un. Nous sommes dans les abysses de la monstruosité nazie travaillée par la trouille d’un homme en fuite.
Je remarque souvent dans vos critiques un goût (que je respecte) pour le documentaire que vous voulez étendre à tout le cinéma. Or ce film est une création élaborée à partir de documents d’archives. Il a une ambition créatrice artistique, une force kaléidoscopique qui veut aller plus loin que l’abécédaire linéaire narratif que vous semblez chérir. Si ce n’est pas un chef d’oeuvre, c’est en tout cas une oeuvre. Et d’une certaine hauteur. Ce souffle n’est pas si fréquent, qu’il faille qu’on le balei comme vous le faites.
» ce film est une création élaborée à partir de documents d’archives. Il a une ambition créatrice artistique ». La création « artistique » sur un tel personnage très peu pour moi. Il faut être de gauche et profondément tordu pour faire une « oeuvre » sur un tel sujet et aller au Festival de Cannes règne du n’importe quoi fétide de la gauche caviar !
Il faut encore remuer le passé! Que c’est barbant!
Bien d’accord avec vous !!..quand sortira-t-ton de cette deuxième guerre mondiale qui nous a culpabilisé au point de s’empêcher la moindre critique des étrangers et en nous laissant envahir par eux , surtout les arabes qui n ‘étaient pas férocement hostiles au régime hitlérien!!
Ce n’est pas demain la veille, pour une raison toute simple : tant que la gauche sera au pouvoir, on continuera d’évoquer Hitler, car cela évite de s’intéresser à Staline. Consultez les programmes TV : sur toutes les chaînes à disposition, il y en a au moins une chaque jour dont le reportage premium est consacré à Hitler. Ce n’est pas un hasard quand c’est la CGT qui choisit les programmes.
Ne faisons que de la science fiction.
Tous ensemble contre les martiens!
A force de remuer le passé il pourrait finir par se réveiller ? Pour profiter du temps présent ne gardons en mémoire que le bon vieux temps ?
J’ai jeté un coup d’oeil à la bande annonce de ce film. Je n’irai pas le voir. Typiquement le machin récompensé à Cannes. Faire du pseudo « esthétisant » pour montrer la psyche criminelle d’un monstre c’est typique du cinéma de gauche. Il n’y a aucune réflexion. Aucune explication sur le parcours de ce personnage.
Plutôt que de promouvoir un tel navet, il vaut mieux obliger les élèves de nos banlieues islamisées à regarder Shoah, Nuit et Brouillard, les films tournés par les Alliés sur la libération des camps, etc.
Bref il est temps d’enseigner ce qui doit l’être. Ce navet n’a aucune espèce d’interêt intellectuel ou philosophique.
Vous n’avez vu que la bande annonce, mais vous pouvez affirmer que c’est un navet sans réflexion ?
OUI !
mon grand pere colonal des douanes résistant polonais dénonce et interne avec toute sa famille au camp de gros rozen jumaux de Auschwitz a eu droit au bonne attention de l equipe medicale de cet ordure il repose dans une fosse dans ce camp
Mengele c’est le Mal Absolu.
Dommage que le Mossad n’ait pas réussi à lui mettre la main dessus… on aurait pu lui faire rendre des comptes !!!
Honneur à votre grand père qui est resté là bas…