C’était les corons !

À Lewarde, sur le site de la fosse Delloye, près de Douai, un vaste projet de restauration vient d’être lancé.
@Wikimedia commons
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Dans le bassin minier du Nord, l’Histoire se lit encore dans le paysage. Les terrils, les chevalements et les corons rappellent qu’ici, pendant plus d’un siècle, la France a vécu au rythme de l'extraction du charbon. Ce patrimoine industriel, vulnérable aux ravages du temps et aux éléments, nécessite aujourd’hui une attention particulière. C’est ainsi qu’à Lewarde, sur le site de la fosse Delloye, près de Douai, un vaste projet de restauration vient d’être lancé. Près de quatre millions d’euros sont mobilisés pour sauver plusieurs bâtiments emblématiques. Ce chantier ne concerne pas seulement des murs ou des charpentes : il s’agit de préserver la mémoire d’un territoire qui vote aujourd'hui massivement pour Marine Le Pen.

Des travaux pour sauver la mémoire

Car à Lewarde, la rouille est un ennemi mortel prêt à se délecter de la chair métallique des structures de l’ancienne mine. Le chevalement du puits n° 2 accuse des fissures de corrosion, ses joints métalliques sont rongés par la pluie et le gel. La passerelle du personnel, autrefois empruntée par des centaines d’ouvriers chaque jour, s’affaisse en raison de l’oxydation de ses supports. La lampisterie, qui accueillait les mineurs munis de leur lampe frontale avant la descente, subit aussi les affres des infiltrations d’eau que la couverture du toit n'arrive plus à arrêter.

Face à ces risques, la région Hauts-de-France, propriétaire du site, a engagé un chantier d’envergure d’une durée de trois ans. Le montant global du projet avoisine les quatre millions d’euros et une collecte nationale a été lancée par la Fondation du patrimoine pour impliquer le grand public. L’objectif est clair : consolider et sécuriser les édifices afin que les générations futures puissent continuer à comprendre ce qu’était la vie d’un bassin minier.

Ce projet s’inscrit également dans une démarche plus vaste. Depuis 2012, le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est référencé au patrimoine mondial de l’UNESCO : Lewarde en est l’un des piliers. Restaurer les bâtiments de la mine, ce n’est pas uniquement réparer ce qui menace de tomber, c’est donc permettre de transmettre l’histoire de l’exploitation du charbon, chapitre important de notre mémoire nationale.

La fosse Delloye, d’un site d’extraction à un musée de mémoire

L’histoire de la fosse Delloye débute au tournant du XXe siècle, lorsque le fonçage du puits est entrepris en 1911, mais la Première Guerre mondiale interrompt les travaux et ce n’est qu’après le conflit que les travaux peuvent enfin reprendre pour qu’en 1927, un premier puits entre en activité. Un second puits est ajouté en 1932, intensifiant ainsi la production.

Pendant des décennies, la fosse fait vivre de nombreuses familles au prix d’heures harassantes dans les tréfonds. Le site réussit, lors de son apogée en 1963, à extraire près de 440.000 tonnes de charbon en un an. Malheureusement, les veines s'épuisent, obligeant le site à fermer en 1971. La direction des Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais et son Secrétaire général Alexis Destruy, pressentant l’importance de la mémoire, décident alors de préserver le site.

Après des années de tractations et de préparations, en 1984, le Centre historique minier de la fosse Delloye ouvre ses portes. Plus de 160.000 visiteurs franchissent, aujourd’hui, chaque année les portes du musée, guidés par les récits d’anciens mineurs devenus passeurs d’histoire.

Mines et immigration

Préserver et raconter l’histoire des mines de France, c’est aussi raconter celle d’une immigration assimilée. Après la Première Guerre mondiale, les compagnies minières sortent exsangues du conflit. Les infrastructures sont détruites et la main-d’œuvre fait cruellement défaut. Pour relever ce secteur stratégique, la France conclut alors des accords avec plusieurs pays européens afin d’organiser et autoriser une immigration de travail. La Pologne, l’Italie ou encore la Tchécoslovaquie deviennent des viviers de recrutement. Des milliers d’hommes, dont près de 200.000 Polonais, quittent leur terre natale pour descendre dans les mines du Nord-Pas-de-Calais. Logés dans les corons, ces modestes habitations ouvrières, ils découvrent une existence rude, un labeur harassant, mais aussi une solidarité et une intégration efficaces.

Une étude publiée en 1949 par Raymond Poignant montre que, malgré une forte conscience identitaire chez les immigrés polonais, un processus d’assimilation naturel s’est rapidement enclenché, favorisé par la vie quotidienne aux côtés des Français, l’usage du français à l’école, la camaraderie au travail dans les galeries et la participation aux organisations syndicales ou sportives. Les enfants polonais adoptent vite le français comme langue d’usage, les cérémonies religieuses se déroulent dans les mêmes églises que celles des mineurs locaux et les mariages mixtes se multiplient au fil des générations. Ces immigrés, même empreints de nostalgie pour leur pays d’origine, acceptent alors volontiers les valeurs républicaines telles que la laïcité, l’école ou la langue française, et s’intégrent pleinement à la vie locale. Le socle religieux commun, bien souvent le catholicisme, renforce encore ces rapprochements et facilite une assimilation durable.

Les travaux engagés aujourd’hui à Lewarde rappellent que la sauvegarde du patrimoine minier dépasse la simple conservation de bâtiments. Ils permettent de maintenir vivante l’histoire industrielle du Nord, faite de charbon, d’efforts collectifs mais aussi d’une immigration européenne parfaitement assimilée, devenue partie intégrante de notre identité française.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

26 commentaires

  1. Ch’timi depuis 70 ans , j’ai forcément visiter le site de Lewarde et j’y ai appris encore pas mal, sur le monde de la mine . Le bassin minier qui globalement s’etend de Valenciennes à Bethune comme un arc qui délimite presque le Nord du Pas de Calais . Sa population laborieuse , ses habitations , ses traditions et sa religion . Autrefois sur l’A1 lorsque vous arriviez en revenant direction Lille , en Artois , vous aviez ce panneau le long de l’autoroute qui disait de mémoire « le Nord , Terre d’accueil et de travail «  Maintenant les fonctionnaires ont mis un panneau disant que vous arrivez au carrefour de l’Europe ….tout un programme qu’on impose aux pays pour leur faire oublier leurs racines …apparemment ça ne fonctionne pas dans les pays comme les fonctionnaires européens l’auraient souhaité

  2. « La région Hauts-de-France, propriétaire du site, a engagé un chantier d’envergure d’une durée de trois ans. Le montant global du projet avoisine les quatre millions d’euros. Il s’agit de préserver la mémoire d’un territoire qui vote aujourd’hui massivement pour Marine Le Pen. » Ceci expliquant cela. Mais quatre millions d’€ d’achats de votes, c’est pas donné.

  3. Faut rouvrir les mines… pour faire faire de l’exercice aux prisonniers . C’est bon pour la santé, au lieu de rester enfermé toul’temps…

  4. Les travailleurs étrangers venaient de leur propre gré et fuyaient généralement des conditions d’extrême pauvreté dans leur pays. De ce fait, pour ce qui s’adaptaient à leur nouveau pays, l’intégration se faisait au point qu’eux-mêmes, au pire leurs enfants, se disaient français et non pas polonais ou italiens. Ceux qui ne s’adaptaient pas repartaient chez eux. Là est toute la différence entre intégration et envahissement …

    • J’ai connu les polonais ,les belges , les yougoslaves qui allaient «   al’fosse , au carbon » de bons souvenirs , de belles soirées autour d’une de leurs danses , avec le placek , une vodka pour faire passer le gâteau ..mais le lendemain aux premières heures tout le monde était au boulot et a l’heure et en évoquant déjà le prochain week-end

  5. « Logés dans les corons, ces modestes habitations ouvrières » rappelons que dans ce début de 20ème siècle cela représentait malgré tout un progrès par rapport à ce que vivaient les paysans ou même les autres ouvriers. De même, les mineurs étaient les seuls, en plus d’être logés gratuitement, à être chauffés et soignés tout aussi gratuitement. C’était la contrepartie pour un travail physique mais surtout dangereux et, finalement, mortel pour beaucoup, d’accident ou de maladie.

  6. Les polonais que je connais, arrivés vers 1920, changent de prénom pour le franciser en arrivant en France.
    Tous les enfants ont un prénom appartenant au calendrier français et ils ont intérêt à obtenir des résultats à l’école pour ne pas travailler à la mine.

  7. Il ne faut pas dépenser l’argent publique a perpétuité pour témoigner : le cinéma le fait bien mieux à frais réduits et les bobines sont inusables. Une branche Polonaise de ma famille a vécu de la mine et mes ancêtres ont fini par s’incorporer au Pays. Les momies ne parlent pas.

  8. L’industrie Française transformée en musée !! C’est tout ce qui en reste !! Des vestiges qu’il faut « retaper » !! Les trente glorieuses , c’était avant !!

  9. Terrible de voir ces symboles finir au musée, destinés au « tourisme industriel », figés dans une inscription à l’UNESCO.
    Honte à tous ceux qui ont mis par terre, par idéologie, toute une classe de travailleurs, courageux et leurs outils de travail, avec lesquels s’imposait l’économie de notre pays…
    Tout ça pour ça…

  10. Le point le plus important de cet exemple d’assimilation intégration, reste la religion. De Gaulle avait parfaitement compris que l’huile et le vinaigre ne se mélangent pas. Le résultat est des plus flagrant aujourd’hui.

  11. Originaire d’un autre bassin minier, j’ai vu ce qu’a été l’intégration : camaraderie pas toujours, solidarité à la mine,au dessus de tout. La mine était un monde hostile et dangereux. J’étais à l’école avec des ritals des polaks,des tchèques des espagnols,deux d’entre eux sont médecins, deux architectes,et j’en passe. Il y avait des clans mais en apprenant à se connaître, les barrières sont tombées. Pourquoi cette haine entretenue autour des grandes villes de France ? Pourquoi cette détestation franchit -elle les générations?

  12. Un couple d’amis chers. Des bons ch’tis.

    Elle: grands-parents polonais, tous deux.
    Lui: grands-parents maternels polonais.

    Venus en France, dans les corons, pour extraire des entrailles de la terre, leur fierté d’appartenir à cette région, ce pays.

    Alors l’immigration de papier, ils ont un peu de mal à « l’intégrer ».

    • Des immigrés qui ont la même religion que nous sont plus facilement assimilables, assimilation ne veut pas dire reniement de notre culture d’origine

      • Je n’ai jamais prétendu qu’il fallait renier ses origines.

        Quant à ceux que je dénonce, c’est certain, ils ne la renient pas, ils nous l’imposent.

        Pour ce qui est de leur assimilation……

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